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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407508

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407508

lundi 23 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407508
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantAUCHER-FAGBEMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée 30 août 2024, Mme C, représentée par Me Aucher, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler les décisions, contenues dans l'arrêté du 31 juillet 2024, par lesquelles le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler les décisions, contenues dans l'arrêté du 31 juillet 2024, par lesquelles le préfet des Yvelines l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de ce jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- elle sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

Par une ordonnance du 10 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Des pièces complémentaires produites par Mme B, enregistrées le 10 décembre 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, n'ont pas été communiquées.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de M. Le Vaillant, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 2 septembre 1968, déclare être entrée en France le 2 mai 2001. Sa demande de protection internationale présentée le 3 mai 2001 a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 23 mai 2002. Son recours contre cette décision a été rejeté par la commission de recours des réfugiés le 27 mars 2003. Par un arrêté du 6 février 2004, l'autorité préfectorale a prononcé sa reconduite à la frontière. Le 2 mai 2019, Mme B a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais respectivement articles L. 423-23 et L. 435-1 du même code. Par un arrêté du 30 avril 2021, l'autorité préfectorale a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français. Par le jugement n° 2104955 du 23 septembre 2021, le tribunal a annulé cet arrêté et enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme B. Par un arrêté du 31 juillet 2024, après avoir recueilli l'avis de la commission du titre de séjour, le préfet des Yvelines a rejeté la demande de titre de séjour de Mme B, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande au tribunal, à titre principal, d'annuler les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français et, à titre subsidiaire, d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1, L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application à Mme B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à cette dernière, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.

Sur le refus de séjour :

3. En premier lieu, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que Mme B aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () "

5. Mme B soutient qu'elle réside en France depuis plus de vingt ans, qu'elle y exerce une activité professionnelle et qu'elle y a fixé le centre de ses intérêts personnels. Cependant, d'une part, si elle peut être regardée, eu égard aux motifs du jugement du tribunal n° 2104955, comme ayant à tout le moins résidé habituellement en France pendant dix ans entre 2009 et 2019, elle ne fait par ailleurs état, avant la clôture de l'instruction, d'aucun élément de nature à établir la réalité de sa présence en France et, à plus forte raison, les conditions de son séjour, depuis lors. S'il est constant qu'elle exerce une activité salariée depuis l'année 2019, celle-ci ne serait, selon les termes de l'arrêté attaqué, qu'une activité à temps partiel. Or la requérante n'a produit, avant la clôture de l'instruction, aucun contrat de travail ni aucun bulletin de paie, de nature à apprécier la réalité et la consistance de cette activité. Enfin, si Mme B soutient disposer d'attaches personnelles en France, elle ne fait état d'aucun élément précis et circonstancié de nature à établir la réalité de cette allégation. Par ailleurs, elle ne conteste pas disposer d'attaches familiales dans son pays d'origine, à savoir trois enfants majeurs. Enfin, saisie eu égard au fait que Mme B résidait de manière habituelle en France depuis plus de dix ans, la commission du titre de séjour a émis un avis défavorable à sa régularisation. Dans ces conditions, en ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour, le préfet des Yvelines n'a pas porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. En outre, la situation qui vient d'être mentionnée ne saurait être regardée comme constitutive de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à justifier l'admission au séjour de Mme B. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision litigieuse sur la situation de la requérante, doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français et le pays de destination :

6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, les moyens, dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sur la situation de la requérante, doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 31 juillet 2024, par lesquelles le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,

M. Lutz, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

A. Le Vaillant

Le président,

Signé

O. MaunyLa greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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