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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407571

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407571

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11u
Avocat requérantCHARTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 3 et 10 septembre 2024, M. A B, alors détenu à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis et représenté par Me Said, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de dix ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait dès lors que l'accord franco-algérien ne trouve pas à s'appliquer à son cas du fait qu'il n'est pas ressortissant algérien mais tunisien ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il dispose d'attaches familiales en France et d'une promesse d'embauche lui permettant une insertion professionnelle en France ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions du 6° de l'article L.511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2024, la préfète de l'Essonne a conclu au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens opposés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte européenne des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 septembre 2024 qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière d'audience :

- le rapport de M. Fraisseix ;

- les observations de Me Said, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et soutient en outre que le requérant n'a fait l'objet que de trois condamnations et que les quatorze signalements ne correspondent pas à des condamnations ; par ailleurs, le préfet a visé l'accord franco-algérien alors qu'il est de nationalité tunisienne ; il dispose d'une promesse d'embauche et son épouse a sollicité la levée de l'interdiction d'entrer en contact ;

- les observations de M. B ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 14 juin 1991, a été condamné le 24 novembre 2023 par le tribunal correctionnel de Paris à dix-huit mois d'emprisonnement, interdiction de paraître au domicile de la victime et d'entrer en relation avec la victime pendant trois ans pour transport non autorisé de stupéfiant, détention non autorisée de stupéfiants, acquisition non autorisée de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, usage illicite de stupéfiants et menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Il avait été préalablement condamné par le tribunal correctionnel de Paris le 2 janvier 2013 à quatre mois d'emprisonnement pour rébellion, outrage à un agent d'un exploitant de réseau de transport public de personnes, détention non autorisée de stupéfiants et soustraction à l'exécution d'une mesure de reconduite à la frontière, par le tribunal correctionnel de Marseille le 29novembre 2017 à un an d'emprisonnement pour violence sans incapacité sur un mineur de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime, récidive, violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et par le tribunal correctionnel de Bobigny le 20 décembre 2017 à deux mois d'emprisonnement pour refus, par le conducteur d'un véhicule, d'obtempérer à une sommation de s'arrêter dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité. Enfin, le requérant a précédemment fait l'objet de mesures d'éloignement du préfet des Bouches-du-Rhône le 23 février 2016 et de la préfète de l'Essonne le 27 mars 2018 ainsi que d'une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans, prononcée par le tribunal correctionnel de Paris le 2 janvier 2013. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de dix ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ".

3. Si M. B fait valoir que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il indique qu'il ne satisfaisait pas aux conditions requises pour prétendre à la régularisation de sa situation administrative au titre des dispositions de l'accord franco-algérien, alors qu'il est ressortissant tunisien, l'intéressé n'allège toutefois pas la méconnaissance des dispositions de l'accord franco-tunisien et ne justifie en outre pas de garanties de représentation dans la mesure où il ne justifie pas d'un domicile stable en France. Il ressort par ailleurs des termes de l'arrêté contesté, qui vise l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, que la décision portant obligation de quitter le territoire repose également sur la circonstance que le requérant est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour, ce qui n'est pas contesté par ce dernier. En l'espèce, l'arrêté attaqué trouve son fondement légal dans les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Dans ces conditions, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur de fait.

4. En deuxième lieu, M. B ne justifie pas par les seules pièces versées au dossier résider de manière habituelle et continue sur le territoire français. S'il se prévaut en outre de la présence en France de ses parents, son frère et sa sœur, titulaires d'une carte de résident en cours de validité, il n'est toutefois pas établi, ni même soutenu, qu'ils entretiendraient des liens d'une particulière intensité ni que sa présence auprès d'eux serait indispensable. S'il se prévaut également de la présence en France de sa fille née en France selon l'acte de naissance versé au dossier par le requérant, il n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant. En plus, il ne fait pas valoir que sa fille mineure ne serait pas en mesure de le suivre en cas d'éloignement ou qu'elle ne serait pas légalement admissible dans le pays dont son père est ressortissant. Par ailleurs, s'il établit avoir exercé une activité professionnelle en qualité d'employé polyvalent pour une première société entre avril 2021 et février 2022, et qu'il dispose d'une promesse d'embauche pour une deuxième société, cette insertion professionnelle demeure très récente et au demeurant sans couvert d'une autorisation de travail. En outre, si l'intéressé allègue qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné le 24 novembre 2023 par le tribunal correctionnel de Paris à dix-huit mois d'emprisonnement, interdiction de paraître au domicile de la victime et d'entrer en relation avec celle-ci pendant trois ans pour transport non autorisé de stupéfiant, détention non autorisée de stupéfiants, acquisition non autorisée de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, usage illicite de stupéfiants et menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Il avait préalablement été condamné par le tribunal correctionnel de Paris le 2 janvier 2013 à quatre mois d'emprisonnement pour rébellion, outrage à un agent d'un exploitant de réseau de transport public de personnes, détention non autorisée de stupéfiants et soustraction à l'exécution d'une mesure de reconduite à la frontière, par le tribunal correctionnel de Marseille le 29 novembre 2017 à un an d'emprisonnement pour violence sans incapacité sur un mineur de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime, récidive, violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et par le tribunal correctionnel de Bobigny le 20 décembre 2017 à deux mois d'emprisonnement pour refus, par le conducteur d'un véhicule, d'obtempérer à une sommation de s'arrêter dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité. Enfin, le requérant a précédemment fait l'objet de mesures d'éloignement du préfet des Bouches-du-Rhône le 23 février 2016 et de la préfète de l'Essonne le 27 mars 2018 et d'une interdiction du territoire français de trois ans, prononcée par le tribunal correctionnel de Paris le 2 janvier 2013. Enfin, M. B soutient que la préfète a méconnu les dispositions du 6° de l'article L.511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions ont été abrogées par l'ordonnance n°2020-1733 du 16 décembre 2020, soit avant la date d'édiction de l'arrêté contesté par le requérant. Dans ces conditions, la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur de droit ni porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnaît, par suite, pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

6. En dernier lieu, le requérant ne démontrant pas l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à demander l'annulation, pour ce motif, de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de 10 ans.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Essonne du 12 août 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

P. Fraisseix

La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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