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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407730

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407730

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBISALU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire non communiqué, enregistrés les 8 septembre 2024 et 1er décembre 2024, M. B E, représenté par Me Bisalu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2024 par lequel le préfet du Val d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder au réexamen de sa situation administrative et de l'autoriser à séjourner en France au titre de l'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé et sa situation n'a pas été sérieusement examinée avec notamment un oubli de son patronyme ;

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente à défaut de production d'une délégation de signature régulière ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation car il vit avec sa compagne et deux enfants mineurs à sa charge ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation car sa vie est menacée au Congo, ce qui méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Val d'Oise a produit un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2024, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte européenne des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 décembre 2024 :

- le rapport de M. Fraisseix ;

- les observations de Me Bisalu, représentant M. E, présent ;

- le préfet du Val d'Oise n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, né le 2 août 1985, de nationalité congolaise, a été interpellé le 23 août 2024 pour des faits de violences volontaires aggravées en présence d'un mineur par personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et ce, en état d'ivresse et de détention non autorisée de produits stupéfiants. M. E a sollicité l'asile auprès des services de la préfecture de la Seine-et-Marne et sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 janvier 2018, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 avril 2019, le préfet de la Seine-et-Marne ayant prononcé à son encontre le 28 juin 2019 une décision portant obligation de quitter le territoire français, non exécutée. Par la présente requête, M. E demande au tribunal demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 août 2024 par lequel le préfet du Val d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme C A, chef de section, à l'effet de signer notamment les arrêtés d'assignation à résidence. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 611-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 612-10, et la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, l'arrêté mentionne les circonstances de fait propres à la situation du requérant, notamment son identité, les conditions de son entrée et de son maintien sur le territoire français, la circonstance que son comportement représente une menace pour l'ordre public, et précise, en outre, sa situation privée et familiale. Enfin, si l'arrêté querellé ne mentionne pas l'entièreté du patronyme du requérant, il est constant qu'aucune ambiguïté ne saurait toutefois affecter la détermination de l'identité de ce dernier. Par conséquent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la motivation de l'arrêté attaqué serait insuffisante. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Si M. E fait valoir qu'il est en concubinage avec Mme D, outre qu'il n'établit par aucune pièce probante versée aux débats le caractère régulier du séjour de cette dernière sur le territoire national, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été interpellé le 23 août 2024 pour des faits de violences volontaires aggravées en présence d'un mineur par personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et ce, en état d'ivresse et de détention non autorisée de produits stupéfiants. Si M. E entend soutenir qu'il participe à l'entretien et à l'éducation des deux enfants mineurs de sa concubine, il ne l'établit pas davantage. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, pas davantage celle de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. E.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Si M. E, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 janvier 2018, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 avril 2019, soutient qu'il encourt des risques graves en cas de retour au Congo, il n'établit toutefois pas la réalité des craintes alléguées et des risques auxquels il serait personnellement exposé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté comme manquant en fait.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français et le signalant dans le système d'information Schengen présentées par M. E, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais d'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet du Val d'Oise.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

Mme Marc, première conseillère,

M. Fraisseix, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

P. Fraisseix

Le président,

signé

P. Ouardes

La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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