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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408001

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408001

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408001
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantRAYMOND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Raymond, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2024 par lequel le préfet des Yvelines a décidé son transfert aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient :

- que l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence, le signataire de la décision attaquée n'établissant ni sa compétence ni la délégation du préfet ;

- qu'il est insuffisamment motivé ;

- qu'il méconnaît l'article 4 du règlement 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il risque un traitement inhumain de la part des autorités espagnoles.

Le préfet des Yvelines, représenté par Me Hafdi, a produit des pièces enregistrées le 25 septembre 2024.

Il doit être regardé comme soutenant que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-642 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Gosselin pour se prononcer sur les litiges mentionnés aux articles L. 776-1, L. 776-2,

L. 771-1 à L. 777-3 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gosselin, magistrat désigné ;

- les observations de Me Hafdi qui conclut au rejet de la requête.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, de nationalité ivoirienne né le 22 septembre 1988 à Abidjan (Côte d'Ivoire), est entré irrégulièrement en France et y a présenté une demande d'asile le 16 mai 2024 ; la consultation des données de l'unité centrale Eurodac lors de l'instruction de cette demande a révélé qu'il avait franchi irrégulièrement la frontière espagnole en venant d'un pays tiers le 24 avril 2024. Les autorités espagnoles, saisies par le préfet des Yvelines le 28 mai 2024 d'une demande de reprise en charge de l'intéressé ont donné leur accord implicite pour la réadmission du requérant le 29 juillet 2024. Par arrêté du 5 septembre 2024, le préfet des Yvelines a décidé de remettre M. C aux autorités espagnoles, décision dont M. C demande l'annulation.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 3 de la loi de 1991 susvisé : " Sont admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle les personnes physiques de nationalité française et les ressortissants des Etats membres de la Communauté européenne. / Les personnes de nationalité étrangère résidant habituellement et régulièrement en France sont également admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle. /Toutefois, l'aide juridictionnelle peut être accordée à titre exceptionnel aux personnes ne remplissant pas les conditions fixées à l'alinéa précédent, lorsque leur situation apparaît particulièrement digne d'intérêt au regard de l'objet du litige ou des charges prévisibles du procès ".

3. M. C relevant de ces dispositions, il y a lieu de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D B, chef du bureau de l'asile, qui a reçu délégation de signature à cet effet du préfet des Yvelines par un arrêté du 17 juin 2024, régulièrement publié le jour même et donc accessible à tous. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté. Par ailleurs, il ne résulte d'aucune dispositions législative ou réglementaire que l'administration ait l'obligation de mentionner l'arrêté initial de délégation de signature. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté dans toutes ses branches

5. En deuxième lieu, les dispositions de l'article 18-1 de la directive précitées n° 604/3013 indiquent que : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : a) prendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 21, 22 et 29, le demandeur qui a introduit une demande dans un autre État membre".

6. Il résulte du texte même de la décision attaquée que M. C a bien introduit une demande d'asile dans un autre Etat que celui qu'il a rejoint en premier dans l'Union européenne. Par suite, les circonstances de sa reprise par les autorités espagnoles étant précisément détaillées et non contestées, la décision attaquée est suffisamment motivée et permet à l'intéressé de contester la légalité de celle-ci.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. () / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune (), contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives () à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

8. Il ressort des pièces du dossier que, lors de l'entretien individuel qui s'est tenu 12 juillet 2024, les documents d'information A et B, intitulés respectivement " Je suis sous procédure Dublin- qu'est-ce que cela signifie ' " et " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' ", qui lui étaient nécessaires pour bénéficier d'une information complète sur l'application du règlement du 26 juin 2013, ont été remis à M. C en français, langue que l'intéressé a déclaré comprendre. Ces éléments sont en outre corroborés par la circonstance que M. C a certifié sur l'honneur le même jour avoir reçu ces informations à la fin de son compte rendu, qu'il a signé. Au regard de l'ensemble de ces éléments, il y a lieu d'écarter le moyen.

9. En quatrième lieu, M. C soutient qu'il craint de subir des traitements inhumains en Espagne dès lors qu'il n'aurait pas été bien soigné.

10. Toutefois, l'intéressé n'apporte aucun élément établissant ni sa pathologie, ni la date de découverte de celle-ci ni encore l'insuffisance de soins médicaux de la part de l'Espagne. Ainsi, la décision n'est nullement entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. C.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Yvelines du 5 septembre 2024. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Yvelines.

Lu en audience publique le 2 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

C. Gosselin Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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