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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408043

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408043

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11u
Avocat requérantGUINNEPAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2412947 du 17 septembre 2024, la première vice-présidente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis le dossier de la requête de M. C au tribunal administratif de Versailles en application des articles R.776-15 et R. 776-16 du code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée au tribunal administratif de Versailles le 17 septembre 2024 et par un mémoire complémentaire enregistré le 18 septembre 2024, M. D C, actuellement retenu au centre de rétention de Plaisir, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou à tout autre préfet compétent, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- cette décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est irrégulière dans la mesure où elle est fondée sur une mesure d'éloignement qui est elle-même illégale ;

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale des lors qu'elle est également fondée sur une mesure d'éloignement elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est illégale, car elle est fondée sur les décisions d'obligation de quitter le territoire français et de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire qui sont illégales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Marc pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-4 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 septembre 2024, tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de Mme Marc, qui, ayant pris connaissance du dossier d'escorte lequel comporte une copie du passeport de l'intéressé avec un visa Schengen court séjour daté de 2018, relève d'office la substitution, à la base légale retenue par le préfet des Hauts-de-Seine, celle du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les observations de Me Guinnepain, avocate désignée d'office, représentant M. C, présent, assisté par Mme F, interprète en langue arabe, qui persiste en ses conclusions et moyens ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une pièce, présentée par M. C et enregistrée postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant algérien, né le 15 août 1997, est entré en France en 2018. Par un arrêté en date du 7 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B A, sous-préfète, chargée de mission auprès du préfet des Hauts-de-Seine, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté n° 2024-22 du 19 avril 2024, publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L.611-1, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, l'arrêté mentionne les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, notamment son identité et sa date d'arrivée en France, ainsi que sa situation familiale. En outre, est mentionnée la circonstance qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine. Au demeurant, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir. Enfin, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C avant d'édicter l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté litigieux, comme celui tiré du défaut d'examen, doivent être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. C soutient qu'il est entré en France en 2018 et qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française, Mme E, avec laquelle il a eu deux enfants, de nationalité française, nés en 2023 et 2024. Si le requérant fait valoir qu'il est hébergé chez le père de sa compagne, il ne verse au dossier aucun élément ni commencement de preuve d'une quelconque vie commune avec cette dernière, alors que l'attestation d'hébergement dont il se prévaut est postérieure à l'arrêté en litige et que les copies des actes de naissance des enfants versés au dossier mentionnent une adresse différente pour M. C et Mme E. En outre, il ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation des enfants. De plus, la production lors de l'audience d'une confirmation de pré-dépôt d'une demande de titre de séjour le 10 juin 2024 ne fait pas par elle-même obstacle à ce qu'il fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Enfin, il ne conteste pas la mention de l'arrêté en litige selon laquelle il est connu au fichier des antécédents judiciaires pour des faits d'agression sexuelle. Dans ces conditions, en obligeant M. C à quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris cette décision et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Et en tout état de cause, et également pour les mêmes motifs, cette décision ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En second lieu, si le requérant soutient qu'il peut se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité de parent d'enfant français, il ne verse au dossier, ainsi que cela a été dit, aucune preuve ni aucun élément de nature à établir qu'il contribuerait, fut-ce au regard de ses seuls moyens, à l'entretien et à l'éducation de ses jeunes enfants. Par suite, et tel qu'il est invoqué, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi :

7. Il résulte, d'une part, de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

8. Pour les mêmes motifs, d'autre part, que ceux exposés au point 5, la décision fixant le pays de renvoi n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit donc être écarté ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. Il résulte, d'une part, de ce qui a été exposé précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

10. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ; (). " Aux termes, enfin, de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

11. Pour refuser d'assortir la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. C d'un délai de départ volontaire, le préfet des Hauts-de-Seine s'est notamment fondé sur les dispositions du 2° de l'article L. 612-3. La seule circonstance que le requérant verse au dossier une confirmation de pré-dépôt d'une demande de titre de séjour ne justifie pas à elle seule qu'il ait effectué l'ensemble des démarches nécessaires aux fins de déposer un dossier complet. Au demeurant, cette demande a été effectuée plus de six ans après son entrée sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Il résulte, d'une part, de ce qui a été précédemment exposé que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

13. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

14. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

15. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés au point 5, la décision en litige portant interdiction de retour pour une durée d'un an n'est pas entachée d'erreur d'appréciation. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction sous astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Jugement lu le 24 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E. Marc Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2408043

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