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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408099

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408099

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGAGEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 et 25 septembre 2024 au tribunal administratif de Versailles, M. C A, représenté par Me Gagey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2024 par lequel le préfet de Police lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, qui sera versée à Me Gagey sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, ou, à défaut, dans l'hypothèse où cette aide ne lui serait pas accordée, de condamner l'État à lui verser cette même somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la décision attaquée souffre d'un défaut de motivation en ce qu'elle est stéréotypée et se borne à cocher des cases ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit à être préalablement entendu consacré par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'il disposait d'éléments de nature à influer sur son sens, et, notamment, de la présence sur le territoire de l'ensemble de ses attaches, dont sa partenaire et ses deux enfants ;

-elle a été prise sans examen particulier de sa situation en ce qu'elle ne fait pas état de sa demande de titre de séjour ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il réside avec ses enfants français depuis leur naissance et subvient à leurs besoins et éducation, qu'il se maintient en France de façon stable et continue, a conclu un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française le 5 décembre 2022, et possède l'ensemble de ses attaches amicales sur le territoire ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants ;

- elle est prise en violation des articles L. 612-6 et L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne rapporte pas la preuve de l'existence d'une décision lui refusant un délai de départ volontaire ou lui octroyant un tel délai qui lui aurait été notifiée ;

- sa situation est de nature à caractériser des circonstances humanitaires au sens des articles précités.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2024, le préfet de Police conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L.921-1 et L.921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L.922-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue octobre 2024, a été entendu le rapport de Mme B, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M A, ressortissant congolais né le 28 février 1988 à Brazzaville, est entré en France selon ses déclarations le 7 mars 2020 et a sollicité le bénéfice d'une protection internationale le 29 juillet 2020. Sa demande d'asile a été successivement rejetée les 23 février et 22 juillet 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par une décision du 13 octobre 2022 dont il a reçu notification le 25 octobre suivant, le préfet du Doubs lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. M. A a été interpellé le 17 août 2024 sans être en mesure de justifier des démarches entreprises en vue de la régularisation de sa situation. Par une décision du 18 août 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de Police lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, et notamment sa soustraction à la mesure d'éloignement en date du 13 octobre 2022 prise par le préfet du Doubs ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour lui interdire le retour sur le territoire national pendant une durée de douze mois. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet, qui n'était pas tenu de faire état de la pré-demande de titre de séjour déposée par l'intéressé le 17 mai 2024, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de lui interdire le retour sur le sol français.

3. En deuxième lieu, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition dressé le 17 août 2024 que M. A a été invité à faire état de sa situation administrative et familiale ainsi que de ses ressources et à présenter toute observation sur sa situation. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu et de la méconnaissance de l'article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L.612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " et , d'autre part, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français " .

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision en date du 13 octobre 2022 du préfet du Doubs produite par le préfet de Police, qu'il a été fait obligation à M. A de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, mesure à laquelle l'intéressé s'est soustrait. Si M. A fait état de naissance de deux enfants nés en 2022 et 2024 de son union avec une ressortissante française avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité, il ne verse au dossier aucun élément suffisant de nature à établir le caractère sérieux du lien entretenu avec sa partenaire ainsi que les conditions dans lesquelles il pourvoit de manière effective à l'éducation et l'entretien de ses enfants. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé ne conteste pas ses déclarations mentionnées dans l'arrêté du 13 octobre 2022 du préfet du Doubs selon lesquelles il est le père de deux enfants résidant au Congo, M. A ne peut être tenu pour justifiant de circonstances humanitaires s'opposant à l'interdiction de retour prononcée à son encontre par l'arrêté en litige. Pour les mêmes motifs, ledit arrêté n'est entaché ni d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ni d'une erreur manifeste d'appréciation. De même, pour les mêmes motifs, il ne méconnaît pas les stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, en ce comprises celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. B Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de Police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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