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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408125

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408125

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408125
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL REIBELL ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2024 et deux mémoires complémentaires enregistrés les 7 et 8 octobre 2024, M. et Mme D A, représentés par Me Rochefort, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel le maire adjoint, délégué à l'urbanisme, de Rambouillet a accordé à M. C un permis de construire n° PC 078 517 24R1007, en vue de l'extension d'une maison individuelle sur un terrain situé 4 avenue Georges Pompidou sur le territoire de cette commune, ainsi que de la décision du 11 juillet 2024 rejetant leur recours gracieux, dans l'attente du jugement au fond ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Rambouillet et de M. C la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

Ils sont bien intérêt à agir, dès lors que le gabarit de l'opération projetée dénature le bâti existant puisque le projet contesté n'est pas une simple extension mais une construction nouvelle, la surface de plancher initiale étant augmentée de plus de 100% et le sens de l'implantation du volume principal étant inversé pour se situer à présent sur la limite séparative ; de plus, la propriété est désormais emmurée par le projet, la privant de sa vue dégagée préexistante.

S'agissant de la condition d'urgence : elle est présumée satisfaite ; en outre, le projet est de grosse volumétrie, pour augmenter de plus de 100% la surface de plancher de la maison existante ; est notamment prévue sur la limite séparative des requérants une façade latérale, totalement aveugle de presque 10 mètres de haut, sur 13,49 mètres de long, et sans aucun traitement particulier.

S'agissant du doute sérieux :

- à titre liminaire, l'opération projetée ne saurait être qualifiée d'extension, mais présente le caractère d'une construction nouvelle ; le plan local d'urbanisme de Rambouillet ne donne pas de précision de surface, de sorte qu'il convient de se reporter aux critères jurisprudentiels pour qualifier l'opération projetée ; la légalité du permis de construire doit donc être appréciée au regard des prescriptions applicables aux constructions nouvelles, sinon au regard de celles applicables aux extensions ;

- en premier lieu, l'arrêté attaqué et la décision de rejet de recours gracieux méconnaissent les dispositions de l'article UD2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, dès lors que moins de quinze mètres séparent la construction projetée de l'espace boisé classé, et qu'elle n'est ni une extension ni une extension mesurée au sens de ces dispositions ;

- en deuxième lieu, l'arrêté attaqué portant permis de construire et la décision de rejet de recours gracieux méconnaissent " les dispositions de l'article UD 11, UD 7 du règlement du plan local d'urbanisme et l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme de manière cumulée " ; en effet, d'une part, les plans du permis accordé font apparaitre à l'existant une fenêtre sur le pignon sud, de sorte que le pignon sud du bâti existant méconnait " la règle des 6 mètres, et ne respecte pas dans tous les cas celle des 3 mètres " ; de plus, il ressort des déclarations du pétitionnaire et de l'étude de la matérialité des lieux que les distances d'implantation sont toutes inférieures à 3 mètres, au regard des limites séparatives nord et sud ; en l'état de l'existant et avant travaux, la maison ne respecte donc pas les marges de recul au regard des limites séparatives ; d'autre part, en cas d'extension et au regard de la limite nord, " le prolongement du volume existant du pignon au-delà des 7,97 mètres existant sur la limite séparative nord ne respecte pas les marges de recul de l'article UD7 au regard des prescriptions concernant les extensions, car le projet contesté ne permet pas d'assurer une meilleure intégration architecturale du projet d'ensemble " ; en outre, le pignon sud " ne peut pas être surélevé car il méconnait déjà à l'existant la marge des 6 mètres de l'article UD7 pour comporter une baie, et cette extension verticale aggrave la méconnaissance préexistante, alors que la surélévation de cette partie de la maison n'est pas rendue nécessaire pour une meilleure intégration architecturale " ; enfin, les façades sud et nord ne respectent pas l'article UD11 ni l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, car elles sont aveugles, sans aucun élément de façade ni de modénature ; le projet double le volume de la maison, et l'extension devient ainsi le corps principal du bâti existant, ce qui est antinomique avec une intégration harmonieuse de la partie surélevée par rapport à l'aspect et au volume extérieur de la construction ;

- en troisième lieu, les décisions en litige méconnaissent les dispositions de l'annexe 2 du règlement du plan local d'urbanisme, relatives aux normes applicables en matière de places de stationnement, ainsi que les dispositions de l'article UD3 du règlement du plan local d'urbanisme ; en l'espèce, en effet, les trois places de stationnement ne présentent pas une accessibilité suffisante ; l'arrêté en litige aurait dû prévoir des prescriptions spéciales pour sécuriser les manœuvres qui auront lieu sur la voie publique ; il existe une pente supérieure à 4% ;

- en quatrième lieu, l'autorisation accordée aggrave la méconnaissance préexistante de l'article UD 6 du règlement du plan local d'urbanisme ; en effet, " si le pétitionnaire déclare une marge de 5,02 mètres depuis la rue, à l'alignement, il ressort de l'étude de la matérialité des lieux que la marge de reculement prospect est de 4, 50 mètres environ " ; " comme la marge d'implantation par rapport à la rue est méconnue à l'existant, le permis de construire contesté méconnait l'article UD6, puisque dans la marge de retrait vers le Nord aggrave la méconnaissance de la règle, sans être nécessaire à une meilleure intégration architecturale du projet d'ensemble : l'extension peut se faire en surélévation sans empiéter plus encore et pour plus de 3 mètres de long dans la marge de recul/alignement " ;

- en cinquième lieu, l'arrêté contesté et la décision de rejet du recours gracieux méconnaissent l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, dès lors que la commune a commis une erreur manifeste d'appréciation en n'opposant pas le sursis à statuer à la demande du pétitionnaire, malgré la révision du plan local d'urbanisme en cours ; en effet, le PADD identifie la parcelle d'emprise de la construction en espace ouvert, imposant une protection des paysages urbains, l'armature urbaine typique et des cœurs d'ilôt ; en outre, les hauteurs sont minorées dans le nouveau règlement, ainsi que les règles d'implantation en limites séparatives.

Par un mémoire, enregistré le 4 octobre 2024, M. B C, représenté par Me Gaenzhirt, conclut au rejet de la requête, à la condamnation de M. et Mme A à la somme de 5 000 euros pour procédure abusive et à la condamnation de ces derniers à la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il oppose, à titre principal, l'irrecevabilité de la requête pour défaut d'intérêt à agir des requérants. Il soutient, à titre subsidiaire, que les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne sont pas réunies.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, la commune de Rambouillet, représenté par Me Ansquer, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A la somme de 4000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que la somme de 13 euros au titre des frais de plaidoirie.

Elle oppose, à titre principal, l'irrecevabilité de la requête pour défaut d'intérêt à agir et soutient que les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne sont pas réunies.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête par laquelle M. et Mme A demandent l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Marc, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 8 octobre 2024 en présence de

Mme Gilbert, greffière, Mme Marc a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Rochefort, représentant M. et Mme A, qui persiste en ses conclusions et moyens, et soutient en outre que la configuration de la parcelle étant en forme de V, toute une partie de la construction projetée implantée en façade nord doit être regardée en réalité comme implantée en fond de parcelle et non en limite séparative latérale, ce qui est illégal ; elle insiste par ailleurs sur le caractère totalement disproportionné de l'opération projetée, en particulier du pignon implanté en limite séparative, et rappelle que les conclusions indemnitaires ne sont pas recevables devant le juge des référés ;

- les observations de Me Montigny, substituant Me Ansquer, pour la commune de Rambouillet, qui persiste en ses conclusions et moyens ;

- et les observations de Me Gaentzhirt, représentant M. C, qui persiste en ses conclusions et moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 12 heures 30.

Considérant ce qui suit :

1. Le maire adjoint, délégué à l'urbanisme, de la commune de Rambouillet a accordé à M. C, par un arrêté du 22 avril 2024, un permis de construire ayant pour objet l'extension d'une maison individuelle et la modification de la clôture sur rue, sur un terrain situé 4 avenue Georges Pompidou sur le territoire de cette commune. M. et Mme A, voisins immédiats du terrain d'assiette de l'opération projetée, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette autorisation de construire ainsi que de la décision portant rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".

3. Lorsque le règlement d'un plan local d'urbanisme ne précise pas, comme il lui est loisible de le faire, si la notion d'extension d'une construction existante, lorsqu'il s'y réfère, comporte une limitation quant aux dimensions d'une telle extension, celle-ci doit, en principe, s'entendre d'un agrandissement de la construction existante présentant, outre un lien physique et fonctionnel avec elle, des dimensions inférieures à celle-ci.

4. Il résulte de l'instruction que l'autorisation accordée a pour objet l'extension et la surélévation d'une maison d'habitation, d'une surface de plancher initiale existante avant travaux de 87 m², par la création de 92,51 m² de surface supplémentaire, d'une hauteur au faîtage de 9,20 mètres, implantée en façade nord en limite séparative latérale et, en façade sud, en retrait de ladite limite.

5. En l'état de l'instruction, et quelle que soit la nature de l'opération projetée, extension d'une construction existante ou construction nouvelle, aucun des moyens, tels qu'exposés et récapitulés ci-dessus dans l'ensemble des visas de la présente ordonnance, n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté du maire adjoint de la commune de Rambouillet du 22 avril 2024 et de la décision portant rejet du recours gracieux formé par M. et Mme A.

6. Par suite, l'une des conditions exigées par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas satisfaite, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 22 avril 2024 du maire adjoint de la commune de Rambouillet et de la décision portant rejet du recours gracieux formé par M. et Mme A doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner ni la condition tenant à l'urgence ni davantage l'intérêt pour agir de M. et Mme A.

Sur les conclusions, présentées par M. C, tendant à la condamnation des requérants au versement de dommages-intérêts pour procédure abusive :

7. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui ne peut prendre que des mesures provisoires, de se prononcer sur de telles conclusions qui sont manifestement irrecevables.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Compte-tenu de ce qui précède, la commune de Rambouillet et M. C ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes. Il n'y a donc pas lieu de mettre à leur charge la somme que demandent M. et Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. et Mme A la somme de 500 euros à verser, d'une part, à la commune de Rambouillet et à verser, d'autre part, à M. C, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur le droit de plaidoirie :

9. Aux termes de l'article R. 652-27 du code de la sécurité sociale : " Le droit de plaidoirie est dû à l'avocat pour chaque plaidoirie faite aux audiences dont la liste est fixée par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice. A défaut de plaidoirie, est considéré comme ayant plaidé l'avocat représentant la partie à l'audience.". Et aux termes de l'article R. 652-28 de ce code : " Le montant du droit de plaidoirie est fixé à 13 euros ". Le conseil de la commune de Rambouillet ayant été présent à l'audience, il y a lieu de faire droit à ses conclusions tendant à ce qu'une somme de 13 euros soit mise à la charge de M. et Mme A au titre du droit de plaidoirie.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : M. et Mme A verseront la somme de 500 euros à la commune de Rambouillet et la somme de 500 euros à M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. et Mme A verseront la somme de 13 euros à la commune de Rambouillet au titre des articles R. 652-27 et R. 652-28 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : Les conclusions présentées par M. C tendant au versement de dommages-intérêts sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme D A, à la commune de Rambouillet et à M. B C.

Fait à Versailles, le 11 octobre 2024.

La juge des référés,

signé

E. Marc

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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