jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2408168 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | TOURE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 19 septembre 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lyon a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de M A C.
Par cette requête, enregistrée le 16 septembre 2024 au tribunal administratif de Lyon, M. C demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an à compter de l'exécution de la mesure d'éloignement dont il est l'objet en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'annuler la décision lui faisant obligation de quitter le territoire, de lui accorder un délai de départ volontaire, et fixant le pays de renvoi qui lui a été notifiée le 19 septembre 2024 ;
3°) de lui offrir l'assistance d'un interprète en langue turque lors de l'audience.
Il soutient que :
-les décisions attaquées sont insuffisamment motivées en droit et en fait et ne justifient pas de la compétence de leurs auteurs ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle ; les faits allégués par le service ne sauraient caractériser un risque de fuite ;
- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est illégale en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors notamment qu'il n'a jamais fait parler de lui défavorablement depuis son arrivée en France il y a quatre années, maîtrise la langue française, et témoigne d'une réelle volonté d'intégration ;
-l'ensemble des décisions attaquées méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme H pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L.921-1 et L.921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L.922-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 :
- le rapport de Mme H,
- les observations de Me Touré, avocat désigné d'office représentant M. C, présent, assisté de Mme F, interprète, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre que le requérant est sur le point d'engager une nouvelle instance auprès du juge de l'asile sur le fondement de nouveaux éléments.
- la préfète de l'Ain n'étant ni présente ni représentée,
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M C, ressortissant turc né le 1er janvier 1984 est entré en France selon ses déclarations le 2 janvier 2022 et a sollicité l'asile le 24 janvier suivant. L'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande par une décision du 10 juin 2022 notifiée le 9 juillet 2022. Faute pour le requérant d'avoir exercé un recours dans les délais impartis, le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours par une décision du 30 septembre 2022 notifiée le 10 octobre suivant, à laquelle il s'est soustrait. M. C a ultérieurement été interpellé le 10 septembre 2024 sans être à même de justifier d'un titre de séjour. Par un arrêté du 10 septembre 2024, dont M C demande l'annulation, la préfète de l'Ain lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction, en application de l'article L.612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
2. En premier lieu, par un arrêté du 16 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Ain le même jour, la préfète de ce département a donné délégation de signature à M. E B, attaché d'administration de l'État, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G D, attaché d'administration de l'État, directeur de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, à l'effet de signer, notamment " toute décision mentionnée aux livres II, III, VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions portant assignation à résidence sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-1, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, le requérant n'établit ni même n'allègue que M. D n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté portant interdiction de retour contesté manque en fait et ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".
4. En l'espèce, la demande d'asile de M. C a été définitivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 10 juin 2022 dont il n'a pas relevé appel dans les délais impartis. En outre, il ne justifie pas être titulaire d'un titre de séjour. Par suite, à la date de la décision du préfet de Seine-et-Marne, il entrait dans le champ d'application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit, et en tout état de cause, que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision en date du 30 septembre 2022 du préfet de Seine-et-Marne lui faisant obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours est entachée d'une erreur de droit.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Si M. C soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire prise par le préfet de Seine-et-Marne porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et souffre d'une erreur manifeste d'appréciation, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré en France à l'âge de 37 ans et que son épouse et ses quatre enfants auxquels il fait parvenir de l'argent résident en Turquie, tandis qu'aucun membre de famille proche nécessitant son soutien n'est présent sur le territoire. Par suite, la décision du préfet de Seine-et-Marne ne peut, en tout état de cause, être regardée comme ayant méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ni comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
8. En l'espèce, M. C s'est maintenu irrégulièrement sur le sol français au-delà de la durée de trente jours de départ volontaire qui lui avait été impartie par le préfet de Seine-et-Marne. Par suite, la préfète de l'Ain a pu légalement édicter à son encontre une interdiction de retour en application des dispositions susvisées de l'article 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si M. C fait état de circonstances humanitaires s'y opposant et de l'engagement de nouvelles démarches en vue de la réouverture de son dossier auprès des instances de l'asile, sa situation tant familiale que professionnelle sur le sol français ne saurait, pour les motifs énoncés au point 6 du présent jugement, être regardée comme caractérisant de telles circonstances. En outre, les éléments non traduits qu'il verse au dossier en séance et relatifs à la situation de sa famille en Turquie n'apparaissent pas davantage de nature à être regardés comme des circonstances humanitaires au sens et pour l'application des dispositions précitées. Enfin, et pour les mêmes motifs, la préfète de l'Ain a pu sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation fixer à un an la durée de l'interdiction.
9. En cinquième lieu, ne peut qu'être écarté, comme sans influence sur la légalité de la décision attaquée, le moyen tiré de ce que le requérant ne présente aucun risque de fuite dès lors que ne s'étant pas conformé à l'obligation qui lui était faite de quitter le territoire, la préfète de l'Ain lui a légalement interdit le retour sur le sol français.
10. En cinquième lieu, si M C soutient que les décisions attaquées ont méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne produit au soutien de sa requête aucun document nouveau qui tendrait à apporter la preuve d'autres faits que ceux qui étaient allégués devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de nature à justifier une appréciation différente de celle déjà portée sur les conséquences qu'aurait pour sa situation personnelle le retour en Turquie.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la préfète de l'Ain et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. H Le greffier,
Signé
J. Ileboudo
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026