mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2408279 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | RIOLACCI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Hennon, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2024, notifié le 24 juillet 2024, par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pris une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance (MICAS) lui faisant interdiction de se déplacer en dehors du territoire du département de l'Essonne et obligation de se présenter une fois par jour, à 15 heures, à la brigade de gendarmerie de Gif-sur-Yvette, pour une durée de trois mois ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté contesté en tant que la période de trois mois de la MICAS s'étend au-delà de la durée des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris, et en tant qu'il ne lui permet pas de se rendre régulièrement et librement à ses diverses consultations médicales ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté méconnait l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 1er octobre 2024, le ministre de l'intérieur a produit une copie de l'original de l'arrêté attaqué. Il n'a pas été communiqué au requérant en application de l'article L. 773-9 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 25 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 octobre 2024 à 12 heures.
Par une décision du 8 octobre 2024 la présidente du tribunal, en application de l'article R. 741-14 du code de justice administrative, a prescrit que les noms des magistrats et de l'agent de greffe seraient occultés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme X, présidente-rapporteure,
- les conclusions de Mme Y, rapporteure publique,
- et les observations de Me Hennon, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par l'arrêté attaqué, en date du 23 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a, en application des articles L. 228-1 et L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, interdit à M. A B de se déplacer en dehors du territoire de département de l'Essonne, lui a fait obligation de se présenter quotidiennement à 15 heures, y compris les dimanches, jours fériés ou chômés, à la brigade de gendarmerie de Gif-sur-Yvette, de confirmer et justifier son lieu d'habitation auprès de cette brigade et, en cas de changement de son lieu d'habitation, de déclarer et justifier sa nouvelle adresse.
2. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre. " Aux termes de l'article L. 228-2 du même code : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de :/ 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; / 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; / 3° Déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation. () ".
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué :
En ce qui concerne la légalité externe :
3. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. /Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 773-9 du code de justice administrative : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 sont adaptées à celles de la protection de la sécurité des auteurs des décisions mentionnées au second alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Lorsque dans le cadre d'un recours contre l'une de ces décisions, le moyen tiré de la méconnaissance des formalités prescrites par le même article L. 212-1 ou de l'incompétence de l'auteur de l'acte est invoqué par le requérant ou si le juge entend relever d'office ce dernier moyen, l'original de la décision ainsi que la justification de la compétence du signataire sont communiqués par l'administration à la juridiction qui statue sans soumettre les éléments qui lui ont été communiqués au débat contradictoire ni indiquer l'identité du signataire dans sa décision ".
4. En l'espèce, l'arrêté en cause étant intervenu pour des motifs liés à la prévention des actes de terrorisme, cette mesure est au nombre de celles qui, en application des dispositions citées ci-dessus, peuvent faire l'objet d'une notification régulière sous la forme d'une ampliation anonyme. Dans ces conditions, M. B ne peut utilement contester sa régularité au motif que la décision qui lui a été notifiée ne comportait notamment pas l'identité de son signataire prévue par les dispositions du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.
5. Au demeurant, le ministre de l'intérieur a produit devant le tribunal, dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article L. 773-9 du code de justice administrative, l'original de l'arrêté en litige revêtu de l'ensemble des mentions requises par le premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, et notamment l'identité et la signature de son auteur, lequel disposait d'une délégation pour le signer au nom du ministre. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
6. Lorsqu'il examine, dans le cadre du contrôle de proportionnalité, la légalité d'une mesure portant atteinte aux droits fondamentaux des personnes, le juge de l'excès de pouvoir examine successivement si la mesure en cause est adaptée, nécessaire et proportionnée à la finalité qu'elle poursuit. Il résulte de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure cité au point 2 du présent jugement que les mesures qu'il prévoit doivent être prises aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme et sont subordonnées à deux conditions cumulatives, la première tenant à la menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics résultant du comportement de l'intéressé, la seconde aux relations qu'il entretient avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou, de façon alternative, au soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné, le 24 octobre 2023, par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pour avoir incendié l'entrée arrière de l'ambassade d'Iran, située dans le 16ème arrondissement de Paris, à l'aide de pneumatiques et de combustible. Malgré cette condamnation, il s'est introduit, le 19 avril 2024, dans l'enceinte du consulat d'Iran, également situé dans le 16ème arrondissement de Paris, vêtu d'un gilet comportant sept grenades factices, en déclarant vouloir "tout faire sauter". Il a été condamné à dix mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pour ces derniers faits. En outre, le requérant a exprimé son intention de passer à des actions plus directes, et l'expertise psychiatrique réalisée après l'incendie a révélé chez le requérant un trait paranoïaque ainsi qu'une pensée rigide et défensive, faisant craindre un risque de récidive. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son comportement ne constitue pas une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics.
8. D'autre part, le requérant a revendiqué l'incendie de l'ambassade d'Iran sur des sites internet liés à des mouvements d'opposition au régime iranien à tendance monarchiste et s'inscrivant dans une mouvance royaliste. Il a également publié sur les réseaux sociaux des photographies de lui arborant un drapeau israélien à la veille d'une manifestation contre le régime iranien. Par suite, alors même que l'intéressé n'a jamais été poursuivi pénalement du chef d'actes de terrorisme, il résulte de tous ces éléments que, compte tenu notamment du contexte de menace terroriste particulièrement élevée sur le territoire en raison notamment du conflit israélo-palestinien, c'est à bon droit que l'autorité administrative a estimé que M. B devait être regardé comme adhérant et diffusant des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes, quand bien même les thèses défendues par le requérant ne semblent pas se confondre avec les thèses des organisations terroristes extérieures en représailles à la séquence d'autodafés du Coran perpétrée en Europe du nord.
9. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation partielle de l'arrêté attaqué :
10. En premier lieu, eu égard, au comportement du requérant décrit aux points 7 et 8 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant que la période de trois mois de la mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance (MICAS) s'étend au-delà de la durée des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris.
11. En second lieu, il est constant que le requérant a été informé de son droit de demander une réévaluation de la MICAS, notamment au regard de ses obligations familiales et professionnelles, une telle faculté étant également ouverte pour des raisons médicales. D'ailleurs, il est constant que M. B a bénéficié de sauf-conduits pour se rendre à ses rendez-vous médicaux en dehors du département de l'Essonne. Par suite, M. B, n'établissant pas par les documents médicaux qu'il produits, que l'obligation de pointage quotidien à la gendarmerie serait incompatible avec son état de santé, n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il ne lui permet pas de se rendre régulièrement et librement à ses diverses consultations médicales.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient
Mme X, présidente- rapporteure,
Mme V, première conseillère,
M. W, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
La présidente-rapporteure,
signé
XL'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
V
La greffière,
signé
Z
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026