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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408293

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408293

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11u
Avocat requérantHARMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2024, M. C A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, et lui a interdit la circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Il ne présente aucun moyen au soutien de ses conclusions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

La présidente du tribunal a désigné Mme Marc, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er octobre 2024 qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :

- le rapport de Mme Marc ;

- les observations de Me Harmand, avocat désigné d'office, représentant M. A B, présent, qui fait valoir qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, qu'il travaille et que sa famille, en particulier ses parents et ses deux enfants mineurs, sont présents sur le territoire français ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant portugais né le 28 septembre 1982, est entré sur le territoire français en 2005. Par un arrêté du 23 septembre 2024, la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, et lui a interdit la circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. A B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que M. A B a été condamné le 20 mars 2024 par le tribunal correctionnel de Melun à une peine de trente mois d'emprisonnement, pour des faits d'agression sexuelle par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, harcèlement d'une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité sans incapacité, dégradation des conditions de vie entrainant une altération de la santé, assortie d'une obligation de suivi socio-judiciaire pendant trois ans. En outre, l'intéressé a fait l'objet de plusieurs signalements le 8 février 2022 pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le 6 septembre 2021 pour vol simple et le 27 septembre 2019 pour des faits de harcèlement d'une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité, en présence d'un mineur, dégradation des conditions de vie altérant la santé et dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui. Par suite, et alors même qu'il résiderait en France depuis 2005, qu'il y serait inséré professionnellement, et qu'il est père de deux enfants de seize et dix ans résidant en France, eu égard à la menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société que représente le requérant, le moyen tiré de ce que la préfète de l'Essonne a commis une erreur d'appréciation en considérant que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bienêtre économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. En l'espèce, si M. A B a soutenu, lors de l'audience, être père de deux enfants, de dix et seize ans, il ne justifie ni de sa contribution effective à leur éducation et à leur entretien ni des liens qu'il entretiendrait avec eux. En outre, s'il soutient travailler en France, il ne justifie par aucun élément de la réalité, l'ancienneté et la stabilité de cette activité professionnelle. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui a été dit au point 3, la préfète de l'Essonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en édictant l'acte attaqué. Elle n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 23 septembre 2024 de la préfète de l'Essonne est illégal. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

La magistrate désignée,

signé

E. Marc La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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