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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408304

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408304

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408304
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL SYMCHOWICZ WEISSBERG ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 septembre et le 24 octobre 2024, la commune de Montgeron, représentée par Me Lauret, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion de Mme B A du logement n°14 qu'elle occupe sans droit ni titre à l'école Ferdinand Buisson, allée Maurice Bouchor à Montgeron sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement ;

2°) de mettre à la charge de Mme A la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-le juge administratif est compétent car le logement, situé dans l'école élémentaire Ferdinand Buisson, fait partie du domaine public ; le logement se trouve au 1er étage d'un bâtiment accueillant au rez-de-chaussée des salles de classe ; il n'y a pas eu de déclassement du domaine public ;

-l'occupation du logement est irrégulière ; elle a informé Mme A de sa décision de résilier la convention par courrier en recommandé avec accusé de réception notifiée le 28 mars 2023 à compter du 30 juin 2023 ; la résiliation est définitive ; il y a urgence à reloger le gardien de la salle Astral dans le logement de fonction en cause, seul situé à proximité de la salle ; le logement actuel du gardien doit être détruit ; un autre agent disposant d'un logement pour nécessité de service a besoin d'un logement de type F4 la mesure est utile pour faire cesser l'occupation et ne peut faire l'objet d'une contestation sérieuse ; l'intéressée a reconnu le bien- fondé de cette démarche par courriers des 10 et 25 avril 2024 ; la mesure ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ; elle n'a pas d'obligation de relogement ; le délai de 6 mois réclamé pour quitter le logement est excessif et un délai d'un mois est raisonnable.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2024, Mme A, représentée par Me Deschamps, conclut au rejet de la requête et à titre subsidiaire à ce qu'un délai de 6 mois lui soit accordé.

Elle fait valoir que :

-le juge administratif n'est pas compétent, les logements en cause n'étant pas affectés au service public car ne servant pas au logement d'enseignants de l'école ;

-elle n'a refusé les logements que pour de bons motifs ;

-la condition d'urgence n'est pas remplie ; aucune relance ne lui a été adressée avant la procédure de référé ; sa convention a été résiliée pour reloger un agent qui a quitté le service de gardiennage ; le projet d'acquisition en VEFA du 121b au 123 avenue de la République est incertain et la date de mise en œuvre n'est pas justifiée ; elle est particulièrement visée ;

-la condition de l'utilité n'est pas remplie car le projet invoqué n'est pas certain ; la commune n'apporte pas d'élément sur la situation du gardien de l'Astral, du gardien résidant 48 avenue de la République et des logements F2 et F3 de l'école ;

-elle peut bénéficier d'un délai de grâce de 6 mois, au titre de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la dignité de la personne humaine.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général de la propriété des personnes publiques ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Mauny, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de l'audience publique, tenue le 25 octobre en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, M. Mauny a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Boillot, représentant la commune de Montgeron, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui précise que le logement en cause relève du domaine public, que la requérante se maintient illégalement dans les lieux depuis le 28 mars 2023 en dépit de 5 propositions de relogement alors que deux gardiens doivent être relogés, et qu'un délai d'un mois pour quitter les lieux est suffisant, avec une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

-les observations de Mme A qui précise qu'elle sait qu'elle doit quitter les lieux mais qu'aucune proposition de relogement correcte ne lui a été faite ; que la dernière proposition de logement qui lui a été faite, dans un immeuble neuf, est trop éloignée de son lieu de travail ; qu'elle n'a formulé de demande de logement social le 13 septembre 2024 car elle ne pensait pas pouvoir y prétendre.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience , le 25 octobre 2024 à 11h45.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, fonctionnaire de la commune de Montgeron depuis 1987, nommée au grade de rédacteur principal de 1ère classe le 10 mai 2019, s'est vu consentir par la commune de Montgeron un droit d'occupation à titre précaire d'un logement n°14 de type F4 à l'école Fernand Buisson, allée Maurice Bouchor, par une convention d'occupation du domaine public du 24 novembre 2014. Cette convention, applicable à compter du 18 décembre 2014 a fait l'objet de renouvellements annuels tacites. Par une décision notifiée le 28 mars 2023, le maire de Montgeron a résilié cette convention en donnant congé à Mme A pour le 30 juin 2023. Mme A s'étant maintenue dans les lieux, la commune demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme B A du logement n°14 qu'elle occupe sans droit ni titre à l'école Ferdinand Buisson, allée Maurice Bouchor à Montgeron sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement.

Sur la demande d'expulsion :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de ces dispositions d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse

3. En premier lieu, il est constant que le logement occupé par Mme A est situé dans l'enceinte de l'école élémentaire Fernand Buisson, au premier étage d'un bâtiment accueillant des salles de classe en rez-de-chaussée. Ainsi, quand bien-même le logement disposerait d'une entrée distincte, il n'est pas manifestement insusceptible d'être qualifié de dépendance du domaine public. L'exception d'incompétence soulevée par Mme A doit donc être écartée.

4. En second lieu, il est constant que Mme A n'a pas contesté la décision de résiliation qui lui a été notifiée le 28 mars 2023. Elle est donc occupant sans droit ni titre dudit logement depuis le 1er juillet 2023 et reconnait d'ailleurs devoir le quitter. Il résulte par ailleurs de l'instruction qu'elle n'exerce pas de fonctions justifiant l'octroi d'un logement pour nécessité absolue de service. La demande de la commune ne se heurte donc à aucune contestation sérieuse. Mme A soutient que les conditions d'urgence et d'utilité ne sont pas remplies car aucune relance ne lui a été adressée avant la procédure de référé et que la nécessité de reloger un agent n'est pas établie. Il résulte toutefois de l'instruction, d'une part, que Mme A a eu de nombreux échanges avec les services de la commune au sujet de son logement et a notamment été reçue le 3 avril 2024 par le directeur général des services. Elle a refusé six propositions de logements formulées par le département ou la commune depuis le mois de janvier 2024, que ces personnes publiques n'étaient d'ailleurs pas tenues de formuler. D'autre part, si elle soutient que la réalisation d'un programme immobilier, impliquant la vente d'un immeuble dans lequel est logé le gardien de la salle de spectacles l'Astral est logé avec sa famille pour nécessité absolue de service, n'est pas certaine, les éléments apportés par la commune établissent l'existence d'un tel projet et il n'est pas contesté que le logement de type F4, qu'elle occupe seule, est situé à côté de ladite salle de spectacle. Ainsi, et alors que Mme A n'apparaît pas fondée à se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du principe de dignité de la personne humaine au regard de sa situation personnelle et financière telle qu'elle résulte de l'instruction et de son maintien sans droit ni titre dans les lieux depuis le 1er juillet 2023 en dépit des efforts de relogement de la commune, la mesure demandée présente un caractère d'urgence eu égard aux besoins de relogement de gardiens invoqués par la commune. Par ailleurs, si Mme A sollicite l'octroi d'un délai de 6 mois supplémentaires, il résulte de ce qui précède qu'elle a connaissance de l'obligation de quitter le logement depuis le mois de mars 2023, qu'elle ne justifie pas de difficultés financières et qu'elle a refusé six propositions de relogement depuis le 1er janvier 2024 et il résulte de ses propres écritures qu'elle aurait d'ores et déjà préparé son déménagement. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à Mme A de libérer, dans un délai de 45 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement n°14 qu'elle occupe sans droit ni titre dans l'école Fernand Buisson, allée Maurice Bouchor. Il y a lieu en outre, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de quitter les lieux d'une astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de

Mme A la somme demandée par la commune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme B A de libérer dans un délai de 45 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement n°14 qu'elle occupe sans droit ni titre situé l'école Fernand Buisson,allée Maurice Bouchor, à Montgeron, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Montgeron et à

Mme B A.

Fait à Versailles, le 4 novembre 2024

Le juge des référés,

signé

Olivier Mauny

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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