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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408407

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408407

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408407
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELAS FIDUCIAL LEGAL BY LAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 29 septembre 2024 et 14 octobre 2024, la société ESE France SA, représentée par Me Dehu, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler la décision de rejet du 19 septembre 2024 ;

2°) à titre principal d'annuler la procédure de passation du lot 1 du marché public relatif à la fourniture et gestion du parc de bacs de la communauté d'agglomération de Versailles Grand Parc, d'enquêtes en porte-à-porte des producteurs de déchets et d'opérations massives suite aux enquêtes à titre subsidiaire, d'enjoindre à la communauté d'agglomération précitée, si elle entend conclure le marché, de reprendre la procédure de passation du lot en question ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de Versailles Grand Parc une somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que :

- elle a obtenu pour le sous-critère 3 du critère " Prix " la note de 0/35 contre 35/35 pour la société attributaire CONTENUR et si elle avait obtenu ne serait-ce qu'une note de 26,02/35 ou plus elle aurait remporté le marché ; la méthode de notation retenue n'a pas permis de sélectionner l'offre économiquement la plus avantageuse et elle a un intérêt à agir ;

- le pouvoir adjudicateur a manqué à ses obligations de publicité et de mise en concurrence en ce que la lettre de rejet, y compris complétée par le courrier du 27 septembre 2024, ne comporte aucun élément d'explication concernant sa note de 0/35 attribuée pour le sous-critère 3 du prix en méconnaissance de l'article R. 2181-2 du code de la commande publique ;

- la procédure de passation a méconnu les obligations de publicité et de mise en concurrence notamment en ce qui concerne le sous-critère 3 " Prestations d'enquêtes et d'opérations massives TECO " en ce qu'elle a neutralisé les autres critères et sous critères dites techniques, environnemental et prix ce qui a eu pour effet de ne pas sélectionner l'offre économiquement la plus avantageuse ; rien ne justifie un tel écart de note avec la société CONTENUR ; alors qu'elle est mieux-disante en matière technique, environnementale et de prix de fourniture, elle a été classée en seconde position en raison d'une note de 0 non explicitée et d'une neutralisation des critères ;

- la procédure de passation a méconnu les obligations de publicité et de mise en concurrence en ce que les prestations distinctes ont été incluses en un seul lot 1 ; le lot 1 n'a en effet pas été alloti alors qu'il portait sur deux prestations totalement différentes, la fourniture de bacs d'un côté et des prestations d'enquête de l'autre, ce qui a restreint la concurrence en méconnaissance des articles L. 3 et L. 2113-10 du code précité ; la communauté d'agglomération de Versailles Grand Parc n'explique pas pourquoi elle n'a pas formalisé un troisième lot en violation de l'article L. 2113-11 de ce code ; en cas d'allotissement, les sociétés candidates aux lots 1 et 2 se seraient également portées candidates sur 3 lots ;

- la société CONTENUR a remis une offre anormalement basse qui est doit être regardée comme irrégulière ; la communauté d'agglomération de Versailles Grand Parc a manqué à sas obligations en ne mettant pas en œuvre les moyens afin de détecter une éventuelle offre anormalement basse ce qui ne lui a pas permis d'opérer les vérifications obligatoires ; cette offre anormalement basse compromet la bonne exécution du marché ;

- la procédure querellée est intervenue en violation du principe de transparence et du règlement de la consultation en notant 8 lignes de prix liées à des prestations de fourniture à deux reprises dans deux sous critères différents et dont l'objet de l'un est étranger à des prestations de fourniture.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2024, la communauté d'agglomération de Versailles Grand Parc, représentée par Me Alonso Garcia, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a adressé à la société requérante un courrier de rejet le 19 septembre 2024 et un courrier de précision le 27 septembre suivant ; le premier courrier donnait des informations sur son classement, l'identité de l'attributaire pressenti, les notes des deux sociétés sur l'ensemble des critères et des sous-critères ; le second courrier délivrait une analyse de l'offre technique et de ses faiblesses méthodologiques, une analyse de l'offre technique de la société CONTENUR, une analyse des engagements environnementaux des deux sociétés, les montants de l'offre de la société attributaire, des informations concernant les demandes de précisions faites aux soumissionnaires afin de comprendre des écarts de prix ; la méthode de notation ne doit pas obligatoirement être communiquée ; les seuls éléments que peut transmettre un pouvoir adjudicateur concernant le critère financier d'un marché sont les prix des deux candidats ; concernant le troisième sous critère " Prix ", la société requérante est en possession du prix proposé par la société CONTENUR depuis le courrier du 27 septembre 2024 ;

- la méthode de notation appliquée ne conduit ni à neutraliser la pondération des critères, ni à porter atteinte à leur portée ; cette méthode consistait pour le critère " Prix " à comparer les offres de prix les moins chers avec l'offre de chacun des soumissionnaires en suivant une formule mathématique ; concernant le sous-critère n° 3 " Prestations d'enquête et d'opérations massives TECO ", l'offre de la société requérante était plus de deux fois supérieure à celle de la société CONTENUR et sa note était donc négative sur ce sous-critère en application de la formule mathématique, la note ayant été ramenée à 0 ; concernant les deux autres sous-critères, les notes obtenues sont plus proches ; la méthode de notation permet donc d'attribuer la meilleure note à l'offre économiquement la mieux-disante ;

- le code de la commande publique prévoit que l'acheteur peut décider de ne pas allotir un marché lorsque la dévolution en lots séparés risque de rendre techniquement difficile ou financièrement plus coûteuse l'exécution des prestations ; le lot n° 1 comprenait des prestations de fourniture de bacs et de gestion de ces deniers mais également des prestations d'enquête en porte-à-porte et il était difficile techniquement et financièrement de dissocier ces deux prestations ; il est logique au regard des prestations attendues par le titulaire qu'un seul et unique marché soit conclu et la décision de non allotir est issue d'un retour d'expérience du marché précédent ;

- elle n'a commis aucun manquement à ses obligations de publicité et de mise en concurrence car elle a sollicité la société CONTENUR afin de recevoir des explications complémentaires sur certains prix qui lui semblaient très bas ; son offre n'est que de 28% inférieure à la moyenne des offres des deux autres candidats.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 et 14 octobre 2024, la société CONTENUR, représentée par Me Midol-Monnet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le courrier du 19 septembre 2024 a permis à la requérante de disposer d'une information suffisante au sens de l'article R. 2181-3 du code de la commande publique ; les éléments complémentaires du 27 septembre 2024 ont communiqué le détail des appréciations portées par l'acheteur pour tous les critères et sous-critères d'évaluation des offres ;

- la méthode de notation des offres n'a pas neutralisé un ou plusieurs critères d'analyse des offres ni conduit à attribuer un marché à une société n'ayant pas présenté l'offre économiquement la plus avantageuse ; cette méthode est l'une des méthodes préconisées par la direction des affaires juridiques de Bercy pour départager les offres ; l'écart de note concernant le sous-critère n° 3 est justifié par l'acheteur public ;

- le précédent marché dont était titulaire la requérante et qui avait fait l'objet d'allotissement différent a posé des problèmes d'exécution ;

- la procédure de détection prévue par l'article L. 2152-6 du code de la commande publique a été mis en œuvre et elle a répondu aux demandes formulées ; ses justifications ont permis de considérer que son offre n'était pas anormalement basse.

Par un mémoire distinct enregistré le 11 octobre 2024, présenté en application des articles R. 611-30 et R. 412-2-1 du code de justice administrative, la société CONTENUR, représentée par Me Midol-Monnet, conclut aux mêmes fins et transmet au tribunal, en lui demandant, dès lors qu'il est couvert par le secret des affaires, de le soustraire au principe du contradictoire, le mémoire technique et organisationnel.

Par un mémoire distinct enregistré le 14 octobre 2024, présenté en application des articles R. 611-30 et R. 412-2-1 du code de justice administrative, la société ESE France SA, représentée par Me Dehu, conclut aux mêmes fins et transmet au tribunal, en lui demandant, dès lors qu'il est couvert par le secret des affaires, de le soustraire au principe du contradictoire, le mémoire technique et organisationnel.

La requête et le mémoire complémentaire ont été communiqués à la communauté d'agglomération de Versailles Grand Par cet à la société CONTENUR, attributaire du marché, sauf les documents couverts par le secret des affaires.

Une note en délibéré présentée par la communauté d'agglomération de Versailles Grand Parc a été enregistrée le 14 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué M. Fraisseix, premier conseiller, en application des articles L. 551-1 et L. 551-5 du code de justice administrative, pour statuer sur les référés précontractuels.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 14 octobre 2024 à 14 heures, en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, M. Fraisseix a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Dehu, représentant la communauté d'agglomération de Versailles Grand Parc, qui reprend ses écritures et soutient en outre que l'explication chiffrée aboutit à 23 euros l'enquête alors que le coût moyen devrait être entre 26 à 28 euros au regard de la complexité de la prestation ; la procédure d'offre anormalement basse aurait ainsi dû être mise en œuvre ; en outre le lot 1 aurait dû être alloti ; 8 lignes de prix ont été notées à deux reprises dans deux sous-critères distincts dans le lot 1 ; en revanche, la formule de notation apparait cohérente ;

- les observations de Me Guarino, représentant la communauté d'agglomération de Versailles Grand Parc, qui reprend ses écritures et qui fait valoir que l'allotissement n'était pas opportun en raison du lien étroit entre les prestations d'enquête et de fournitures de bacs ainsi qu'en raison du retour d'expérience ; par ailleurs, elle a posé des questions et demandé des précisions sur des points techniques et financiers et a ainsi obtenu tous les éléments nécessaires à une juste appréciation ; 8 prix n'ont pas été notés deux fois car s'il s'agit des mêmes bacs il ne s'agit pas des mêmes prestations ;

- et les observations de Me Dord, représentant la société CONTENUR, qui reprend ses écritures et qui soutient que l'allotissement n'était pas possible en raison des contraintes techniques particulières et du retour d'expérience ; le courrier qu'elle a reçu correspond aux exigences de l'article L. 2152-6 du code de la commande publique et en tout état de cause une offre inférieure de 28% ne suffit pas à la faire apparaitre comme anormalement basse.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14 heures 45.

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis d'appel public n° 24-36698 à la concurrence, publié le 27 mars 2024 au bulletin officiel des annonces des marchés publics, la communauté d'agglomération de Versailles Grand Parc a lancé une consultation suivant la procédure d'appel d'offres ouvert intitulé " Fourniture et gestion du parc de bacs de la communauté d'agglomération de Versailles Grand Parc, d'enquêtes en porte-à-porte des producteurs de déchets et d'opérations massives suite aux enquêtes ". Par quatre courriers du 19 septembre 2024, la communauté d'agglomération de Versailles Grand Parc a informé la société ESE France SA du rejet de sa candidature pour l'attribution du lot n° 1 pour une note totale de 68,06/100 contre 79,77/100 pour la société CONTENUR attributaire du marché.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. () Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ". L'article L. 551-10 de ce code prévoit que : " Les personnes habilitées à engager les recours prévus aux articles L. 551-1 et L. 551-5 sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat ou à entrer au capital de la société d'économie mixte à opération unique et qui sont susceptibles d'être lésées par le manquement invoqué, ainsi que le représentant de l'Etat dans le cas où le contrat doit être conclu par une collectivité territoriale, un groupement de collectivités territoriales ou un établissement public local. () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au juge du référé précontractuel de se prononcer sur les manquements aux règles de publicité et de mise en concurrence incombant à l'acheteur, invoqués à l'occasion de la passation d'un contrat. En vertu de ces mêmes dispositions, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements de l'acheteur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient dès lors au juge du référé précontractuel de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auxquels ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant une entreprise concurrente.

4. Un candidat dont la candidature ou l'offre est irrégulière n'est pas susceptible d'être lésé par les manquements qu'il invoque sauf si cette irrégularité est le résultat du manquement qu'il dénonce. Dans le cadre du contrôle de pleine juridiction exercé par le juge en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, celui-ci vérifie en particulier les motifs de l'exclusion d'un candidat de la procédure d'attribution d'un marché.

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2181-1 du code de la commande publique, applicable aux marchés passés selon une procédure adaptée : " Dès qu'il a fait son choix, l'acheteur le communique aux candidats et aux soumissionnaires dont la candidature ou l'offre n'a pas été retenue ". Aux termes de l'article R. 2181-2 du même code : " Tout candidat ou soumissionnaire dont la candidature ou l'offre a été rejetée peut obtenir les motifs de ce rejet dans un délai de quinze jours à compter de la réception de sa demande à l'acheteur. / Lorsque l'offre de ce soumissionnaire n'était ni inappropriée, ni irrégulière, ni inacceptable, l'acheteur lui communique en outre les caractéristiques et avantages de l'offre retenue ainsi que le nom de l'attributaire du marché ".

6. Il résulte de l'instruction que la société ESE France SA a reçu de la communauté d'agglomération de Versailles Grand Parc un courrier de rejet le 19 septembre 2024 ainsi qu'un second courrier de précision le 27 septembre suivant. Le premier courrier lui délivrait des informations quant à son classement, ainsi que l'identité de l'attributaire pressenti, les notes des deux sociétés sur l'ensemble des critères et des sous-critères. Le second courrier délivrait quant à lui une analyse de l'offre technique et de ses faiblesses méthodologiques, une analyse de l'offre technique de la société CONTENUR, une analyse des engagements environnementaux des deux sociétés, les montants de l'offre de la société attributaire ainsi que des informations concernant les demandes de précisions faites aux soumissionnaires afin de comprendre des écarts de prix. En outre, contrairement à ce que fait valoir la société requérante, la communauté d'agglomération de Versailles Grand Parc n'était pas tenue de communiquer la méthode de notation pour satisfaire à l'obligation d'information prévue par les dispositions précitées de l'article R. 2181-2 du code de la commande publique. Enfin, concernant plus particulièrement le troisième sous critère " Prix ", la société requérante est en possession du prix proposé par la société CONTENUR depuis le courrier du 27 septembre 2024. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la communauté d'agglomération de Versailles Grand Parc a manqué à ses obligations de publicité et de mise en concurrence en ne motivant pas suffisamment la décision de rejet de son offre ou en méconnaissant son obligation d'information.

7. En deuxième lieu, le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que le pouvoir adjudicateur, qui n'y est pas tenu, aurait rendu publique, dans l'avis d'appel à concurrence ou les documents de la consultation, une telle méthode de notation. En effectuant, pour évaluer le montant des offres qui lui sont présentées, une "simulation" consistant à multiplier les prix unitaires proposés par les candidats par le nombre d'interventions envisagées, un pouvoir adjudicateur n'a pas recours à un sous-critère, mais à une simple méthode de notation des offres destinée à les évaluer au regard du critère du prix. Il ne manque pas à ses obligations de mise en concurrence à la triple condition que la simulation corresponde à l'objet du marché, que le choix du contenu de la simulation n'ait pas pour effet d'en privilégier un aspect particulier de telle sorte que le critère du prix s'en trouverait dénaturé et que le montant des offres proposées par chaque candidat soit reconstitué en recourant à la même simulation. Enfin, le pouvoir adjudicateur ne peut, lorsqu'il choisit d'évaluer les offres par plusieurs critères pondérés, recourir à des méthodes de notation conduisant à l'attribution, pour un ou plusieurs critères, de notes négatives. Une telle note, en se soustrayant aux notes obtenues sur les autres critères dans le calcul de la note globale, serait en effet susceptible de fausser la pondération relative des critères initialement définie et communiquée aux candidats.

8. Il résulte de l'instruction que la méthode de notation appliquée par la communauté d'agglomération de Versailles ne conduit ni à neutraliser la pondération des critères, ni à porter atteinte à leur portée. En l'espèce, cette méthode consistait pour le critère " Prix " à comparer les offres de prix les moins chers avec l'offre de chacun des soumissionnaires en suivant une formule mathématique. Contrairement à ce que soutient la société requérante, la communauté d'agglomération de Versailles pouvait, sans méconnaitre le principe d'égalité entre les candidats ni les obligations de publicité et de mise en concurrence, choisir une méthode de notation qui, s'agissant de l'évaluation du critère technique, permettait une différenciation des notes attribuées aux candidats, notamment par l'attribution automatique de la note maximale au candidat ayant présenté la meilleure offre. Concernant le sous-critère n° 3 " Prestations d'enquête et d'opérations massives TECO ", l'offre de la société requérante était plus de deux fois supérieure à celle de la société CONTENUR et sa note était donc négative sur ce sous-critère en application de la formule mathématique, la note ayant été ramenée à 0. En outre, le sous critère n° 3 n'a pas pour effet de neutraliser le critère du prix notamment en ce qu'il n'en est une composante qu'à hauteur de 35%. Il s'ensuit que la méthode de notation permet donc d'attribuer la meilleure note à l'offre économiquement la mieux-disante. En tout état de cause le moyen a été abandonné par la société requérante lors de l'audience publique du 14 octobre 2024.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2113-10 du code de la commande publique : " Les marchés sont passés en lots séparés, sauf si leur objet ne permet pas l'identification de prestations distinctes. L'acheteur détermine le nombre, la taille et l'objet des lots. () ". Aux termes de l'article L. 2113-11 du même code : " L'acheteur peut décider de ne pas allotir un marché dans l'un des cas suivants : 1° Il n'est pas en mesure d'assurer par lui-même les missions d'organisation, de pilotage et de coordination ; 2° La dévolution en lots séparés est de nature à restreindre la concurrence ou risque de rendre techniquement difficile ou financièrement plus coûteuse l'exécution des prestations. 3° Pour les entités adjudicatrices, lorsque la dévolution en lots séparés risque de conduire à une procédure infructueuse. Lorsqu'un acheteur décide de ne pas allotir le marché, il motive son choix en énonçant les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de sa décision. ". Lorsque le pouvoir adjudicateur a choisi de diviser un marché public en lots géographiques, il appartient notamment au juge du référé précontractuel, saisi d'un moyen en ce sens, de s'assurer, en prenant en compte l'objet du marché et la nature des prestations à réaliser, que ce choix n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Enfin, en l'espèce, le not n° 1 portait sur la " Fourniture de bacs roulants, gestion du parc de bacs et réalisation d'enquête en porte-à-porte des producteurs de déchets suivies d'opérations massives ".

10. D'une part, si la société requérante soutient que la communauté d'agglomération de Versailles a méconnu le principe de l'obligation d'allotissement des marchés publics posé par l'article L. 2113-10 du code de la commande publique et ne justifie de manière fondée d'aucun des motifs prévus par l'article L. 2113-11 du même code pour y déroger, il résulte toutefois de l'instruction que la dissociation des deux prestations du lot n° 1 se révélait techniquement et financièrement délicate dès lors que celles-ci devaient être effectuées en coordination d'autant qu'un retour d'expérience a permis de constater que l'allotissement précédemment retenu au bénéfice de la société requérante n'avait pas permis à la communauté d'agglomération de Versailles de vérifier les entrées pour les huit communes concernées, de nombreuses erreurs ayant été constatées parfois avec deux ans après l'enquête menée conduisant, entre janvier 2022 et l'automne 2024, à 589 interventions de la société ESE France SA dans le cadre du marché de fourniture de bacs pour corriger des erreurs affectant le marché d'enquêtes. Il s'ensuit que la décision de ne pas allotir le marché en cause n'est pas entachée d'une appréciation erronée des inconvénients d'une dévolution en lot séparés. La communauté d'agglomération de Versailles a pu faire le choix de privilégier un système totalement intégré et décider, sans se livrer à une appréciation erronée qui traduirait la violation du principe de libre concurrence, de ne pas allotir le marché en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que le marché a été irrégulièrement passé sans décomposition en lots séparés en méconnaissance des articles L.2113-10 et 11 du code de la commande publique doit être écarté comme non fondé.

11. En quatrième lieu, l'article L. 2152-5 du code de la commande publique dispose que : " Une offre anormalement basse est une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché ". Aux termes de l'article L. 2152-6 du même code : " L'acheteur met en œuvre tous moyens lui permettant de détecter les offres anormalement basses. / Lorsqu'une offre semble anormalement basse, l'acheteur exige que l'opérateur économique fournisse des précisions et justifications sur le montant de son offre. / Si, après vérification des justifications fournies par l'opérateur économique, l'acheteur établit que l'offre est anormalement basse, il la rejette dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. ".

12. Le fait pour un pouvoir adjudicateur de retenir une offre anormalement basse porte atteinte à l'égalité entre les candidats à l'attribution d'un marché public. Quelle que soit la procédure de passation mise en œuvre, il incombe au pouvoir adjudicateur qui constate qu'une offre paraît anormalement basse de solliciter auprès de son auteur toutes précisions et justifications de nature à expliquer le prix proposé. Si les précisions et justifications apportées ne sont pas suffisantes pour que le prix proposé ne soit pas regardé comme manifestement sous-évalué et de nature, ainsi, à compromettre la bonne exécution du marché, il appartient au pouvoir adjudicateur de rejeter l'offre.

13. Il résulte de l'instruction que l'offre de la société CONTENUR s'établit à 2 914 952,51 euros HT et n'est inférieure que de 28% à la moyenne des offres des deux autres candidats. Cette seule différence n'est pas suffisante pour en déduire que cette offre devrait être regardée de ce seul fait comme anormalement basse, la communauté d'agglomération de Versailles ayant au demeurant sollicité cette société après l'analyse des offres afin d'obtenir des explications sur les prix concernant le personnel mobilisé et leur rémunération, le temps consacré sur le terrain avec les producteurs et en phase de préparation, restitution et coût, la prise en compte des aléas, les fournitures nécessaires et leur coût, les différents frais. Le moyen doit donc être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 2152-7 du code de la commande publique : " Le marché est attribué au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse sur la base du critère du prix ou du coût. L'offre économiquement la plus avantageuse peut également être déterminée sur le fondement d'une pluralité de critères non discriminatoires et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, parmi lesquels figure le critère du prix ou du coût et un ou plusieurs autres critères comprenant des aspects qualitatifs, environnementaux ou sociaux. Les modalités d'application du présent alinéa sont prévues par voie réglementaire. () ". Aux termes de l'article L. 2152-8 de ce code : " Les critères d'attribution n'ont pas pour effet de conférer une liberté de choix illimitée à l'acheteur et garantissent la possibilité d'une véritable concurrence. Ils sont rendus publics dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 2152-11 du même code : " Les critères d'attribution ainsi que les modalités de leur mise en œuvre sont indiqués dans les documents de la consultation. ". Ces dispositions font obligation au pouvoir adjudicateur d'informer les candidats à des marchés passés selon une procédure formalisée des critères de sélection des offres ainsi que de leur pondération ou de leur hiérarchisation. Lorsque le pouvoir adjudicateur décide, pour mettre en œuvre ces critères de sélection, de faire usage de sous-critères pondérés ou hiérarchisés, il est tenu de porter à la connaissance des candidats la pondération ou la hiérarchisation de ces sous-critères lorsque, eu égard à leur nature et à l'importance de cette pondération ou hiérarchisation, ils sont susceptibles d'exercer une influence sur la présentation des offres par les candidats ainsi que sur leur sélection, et doivent en conséquence être eux-mêmes regardés comme des critères de sélection.

15. La société ESE France SA ne peut être fondée à soutenir que lignes de A1 à A7 et A14 du sous critère n° 1 auraient été reprises dans le sous critère n° 3 et que par suite, les prestations de fourniture de bacs suite aux enquêtes auraient été notées à deux reprises, dès lors que si ces sous critères concernent les mêmes bacs ils ne concernent pas des mêmes prestations. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante aurait été susceptible d'avoir été lésée par les irrégularités ainsi invoquées, qui se rapportent à une phase de la procédure antérieure à la sélection de son offre. Compte tenu de l'office du juge des référés précontractuels, tel qu'il a été défini ci-dessus, elle ne peut, dès lors, se prévaloir de tels manquements à l'appui de sa requête.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par la société ESE France SA doit être rejetée, en ce compris les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

17. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société ESE France SA le versement d'une somme de 1 000 euros à la communauté d'agglomération de Versailles Grand Parc et d'une somme de 1 000 euros à la société CONTENUR au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société ESE France SA est rejetée.

Article 2 : La société ESE France SA versera la somme de 1 000 (mille) euros à la communauté d'agglomération de Versailles Grand Parc et la somme de 1 000 (mille) euros à la société CONTENUR au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société ESE France SA, à la communauté d'agglomération de Versailles Grand Par cet à la société CONTENUR.

Fait à Versailles, le 15 octobre 2024

Le juge des référés

signé

P. FraisseixLa greffière

signé

N. Gilbert

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

n° 2408407

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