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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408593

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408593

lundi 3 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408593
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantLIGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Liger, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er décembre 2023 par laquelle le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ; et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT, soit 1 800 euros TTC, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs à toutes les décisions :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant refus de sa demande de titre de séjour elle-même illégale.

La requête a été transmise au préfet des Yvelines qui n'a produit aucune observation en défense.

Par une ordonnance du 14 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 14 novembre 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 17 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sauvageot,

- et les observations de Me Liger, pour M. A, présent.

Une note en délibéré a été produite pour M. A, enregistrée le 20 janvier 2025, et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 10 décembre 1994, déclare être entré en France le 8 février 2019. Il a sollicité son admission au séjour pour des raisons de santé sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais reprises à l'article L. 425-9 du même code. Par un arrêté du 8 février 2021, le préfet des Yvelines a rejeté cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. Par un jugement du tribunal administratif de Versailles du 9 juin 2022, cet arrêté a été annulé et il a été enjoint au préfet des Yvelines de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Par un arrêté du 1er décembre 2023, le préfet des Yvelines a rejeté la demande d'admission au séjour de M. A présentée au titre de son réexamen sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Il ressort de l'arrêté attaqué qu'il comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il contient. Pris au visa des dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il indique notamment le contexte d'édiction de cet arrêté, les éléments de la situation personnelle et administrative du requérant, sa nationalité et sa situation au regard du droit au séjour. Il précise que le requérant ne remplit pas les conditions prévues à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale du requérant et qu'il n'établit pas être exposé à des peines et traitements contraire à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les décisions contenues dans l'arrêté sont suffisamment motivées.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, M. A soutient que le préfet des Yvelines n'a pas examiné, à tort, son admissibilité au séjour au titre des articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne pouvait pas ignorer sa situation professionnelle. Toutefois, le requérant n'établit pas ni même n'allègue avoir formulé sa demande d'admission au séjour sur le fondement de ces dispositions. Dès lors, le préfet n'était pas tenu d'examiner le droit au séjour du requérant sur le fondement de ces dispositions qui ne prévoient pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la demande du requérant doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. Le requérant soutient que le préfet a considéré à tort qu'il ne justifiait pas de ses conditions d'existences au sens des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le requérant produit à l'appui de ses allégations des bulletins de salaire d'octobre 2020 à avril 2021 et juin 2021, nettement antérieurs à la décision attaquée ainsi qu'un contrat à durée indéterminé à temps partiel avec la société AUXI'life à compter du 15 mars 2024, des bulletins de salaire de mars 2024 à juillet 2024, un nouveau contrat à durée indéterminé avec la société EducSocial Solutions à compter du 26 août 2024 et un bulletin de salaire d'août 2024, pièce postérieures à la décision attaquée. En outre, l'attestation de réussite aux épreuves d'admission à la formation Moniteur-Educateurs d'Initiatives-Formation du 19 septembre 2023 et le contrat de formation professionnelle pour le diplôme d'Etat de Moniteur-Educateur pour une formation du 2 octobre 2023 au 16 mai 2025 ne permettent pas davantage de justifier des conditions d'existence de M. A à la date de la décision attaquée. Enfin, si le requérant se prévaut de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée le 8 février 2021 qui a, par la suite, été annulée par un jugement du tribunal administratif de Versailles du 9 juin 2022 pour un vice de motivation, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces circonstances, le préfet des Yvelines n'a pas entaché son arrêté d'une erreur de fait. Ce moyen doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il en remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour sur ces fondements, il résulte de ce qui a été dit au point 3 de ce présent jugement que M. A n'a pas sollicité une demande d'admission au séjour sur le fondement de ces dispositions, qui ne prévoient pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant et doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. En l'espèce, si M. A justifie d'une présence en France de février 2020 à septembre 2021, puis depuis septembre 2022 et d'une insertion professionnelle en tant que moniteur-éducateur, il ne justifie d'aucune attache personnelles ou familiales en France et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident, selon ses déclarations, ses parents, ses quatre frères et sœurs ainsi que l'enfant dont il déclare être le père, née en juin 2022 et où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Au regard de l'ensemble de ces éléments, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit dès lors être écarté, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment sur la légalité du refus de titre de séjour que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 de ce présent jugement que M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit, dès lors, être écarté, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

11. En troisième lieu, les moyens tirés de l'absence d'examen de son droit au séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance de ces dispositions et de l'erreur de fait sont inopérants à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Les moyens tirés de l'absence d'examen de son droit au séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance de ces dispositions, de l'erreur de fait et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2023 du préfet des Yvelines doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Sauvageot, présidente,

Mme Lutz, première conseillère,

Mme Degorce, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2025.

La présidente-rapporteure,

signé

J. Sauvageot

L'assesseure la plus ancienne,

signé

F. LutzLa greffière,

signé

A. Sambake

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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