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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408597

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408597

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408597
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationUrgences
Avocat requérantCANDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 et 7 octobre 2024, MM. B et E, représentés par Me Candon, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 3 octobre 2024 par lequel le préfet des Yvelines a mis en demeure les propriétaires et les occupants des poids-lourds, véhicules légers et résidences mobiles implantés illégalement sur le terrain situé 16 route de Bu-ZAC de la Prévôté à Houdan de quitter les lieux dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'arrêté ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- La mise en demeure prévue par les dispositions de l'article 9-II de la loi du 5 juillet 2000 a été décidée par le préfet sans qu'aucune demande ne lui ait été soumise : le propriétaire du terrain a seulement déposé une plainte pénale contre l'infraction pénale d'occupation du terrain d'autrui ;

- l'arrêté méconnaît l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 par absence d'atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques :

o le terrain occupé est un terrain vague industriel, avec au sol des graviers, de gravas et de la terre, il est entouré de terrains de même type, ce site n'ayant rien de naturel et ne présentant aucune vulnérabilité particulière ;

o le terrain était librement accessible avec un portail qui était grand ouvert ;

o le branchement pour l'eau est effectué sur une borne à incendie, une seule entrée est utilisée alors qu'il en existe trois, d'autres bornes à incendie se trouvent à proximité, non utilisées ;

o S'agissant des sanitaires et eaux usées, les caravanes équipées de sany-broyeurs, lesquels peuvent conserver les rejets pendant une période d'au moins une semaine, ils vident leurs eaux usées dans l'une des bouches d'égout dédiées aux eaux usées situées sur le terrain ;

o S'agissant de l'électricité, un câble professionnel est branché de façon sécurisée sur un coffret EDF situé dans un local dédié et fermé, puis passe dans une gaine orange dédiée qui relie ce transformateur à la parcelle occupée en passant sous un petit chemin, empruntant ainsi exactement le même circuit prévu pour les précédents occupants du site ; ce câble raccorde ensuite un boitier relais professionnel et sécurisé, auxquels se raccordent les caravanes, également munies de boitiers avec disjoncteurs, le tout étant ordonné et contrôlé ; le boitier relais possède un différentiel, des disjoncteurs, des prises de terre et anti-orage, et les câbles raccordant les caravanes ; il n'existe pas de risque particulier pour les personnes se trouvant sur le terrain ;

o S'agissant de la voie routière d'accès, la route de Bu présente un faible trafic, sa vitesse est limitée à 50 km/h et les accès sont prévus pour des véhicules de toutes tailles, de sorte qu'il n'existe aucun danger particulier ; en outre, les gens du voyage ne sont pas visibles depuis la route ;

o S'agissant de la zone d'activités, il n'existe pas de voisins immédiats excepté une pépinière à l'abandon, et des entrepôts apparemment fermés et enfin un stockage de bois ;

o il n'existe aucun dépôt de déchets ou d'ordures sur le terrain, chaque famille évacuant ses sacs poubelles dans des conteneurs dédiés lors de ses déplacements en ville ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant au délai de 24 heures ; il n'existe pas d'urgence à voir partir ce groupe et ces gens du voyage ne disposent pas de meilleur lieu où aller, en outre quatre membres du groupe sont gravement malades et soignes ou suivis à Paris.

Par un mémoire enregistré le 7 octobre 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Rollet-Perraud pour statuer sur les requêtes visées à l'article L. 779-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 6 octobre 2024 à 11h30 en présence de Mme Paulin, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Rollet-Perraud ;

- les observations de M. E, occupant du terrain situé 16 route de Bu-ZAC de la Prévôté à Houdan qui maintient ses conclusions et moyens ;

- les observations de M. C représentant le préfet des Yvelines qui persiste en ses conclusions et qui précise que le branchement à la borne incendie risque de gêner l'intervention des services de lutte contre l'incendie en raison de la baisse de pression induite par ce branchement.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I.-Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie :/ 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ;/ 2° L'établissement public de coopération intercommunale bénéficie du délai supplémentaire prévu au III du même article 2 ; /3° L'établissement public de coopération intercommunale dispose d'un emplacement provisoire agréé par le préfet ; /4° L'établissement public de coopération intercommunale est doté d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage, sans qu'aucune des communes qui en sont membres soit inscrite au schéma départemental prévu à l'article 1er ; / 5° L'établissement public de coopération intercommunale a décidé, sans y être tenu, de contribuer au financement d'une telle aire ou de tels terrains sur le territoire d'un autre établissement public de coopération intercommunale ; / 6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations. () II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain. () Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n'a pas été suivie d'effets dans le délai fixé et n'a pas fait l'objet d'un recours dans les conditions fixées au II bis, le préfet peut procéder à l'évacuation forcée des résidences mobiles, sauf opposition du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain dans le délai fixé pour l'exécution de la mise en demeure. () II bis. Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au II, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l'exécution de la décision du préfet à leur égard. Le président du tribunal ou son délégué statue dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa saisine. ". Aux termes de l'article 9-1 de la même loi : " Dans les communes non inscrites au schéma départemental et non mentionnées à l'article 9, le préfet peut mettre en œuvre la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue au II du même article, à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain, en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. Les personnes objets de la décision de mise en demeure bénéficient des voies de recours mentionnées au II bis du même article. ".

2.Il ressort des pièces du dossier que depuis le 27 septembre 2024, au moins 39 résidences mobiles et des véhicules ainsi que leurs occupants se sont installés sur le terrain situé 16 route de Bu à Houdan. Par un arrêté du 3 octobre 2024, le préfet des Yvelines a mis en demeure les occupants des véhicules et résidences mobiles stationnés sur le terrain de quitter les lieux dans un délai de 24 heures à compter de la notification de cet arrêté. Les requérants qui font partie de ces occupants demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté.

3.En premier lieu, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le propriétaire du terrain occupé a déposé plainte, le 27 septembre 2024, en raison de cette occupation illégale. Cette plainte doit être regardée comme la demande, prévue par le II de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le terrain, occupé depuis le 27 septembre 2024, n'est pas équipé pour permettre l'accueil des gens du voyage et ne comporte ni électricité, ni eau, ni assainissement, ni sanitaires. Si les requérants soutiennent que l'occupation de ce terrain ne porte pas atteinte à la sécurité, à la salubrité et à la tranquillité publiques, il ressort cependant des pièces du dossier et notamment du rapport de la gendarmerie nationale du 30 septembre 2024, qu'un branchement à une borne incendie située route de Bu a été réalisé. Il ressort également des pièces du dossier que le terrain en cause est situé dans une zone industrielle et que se trouvent à proximité, notamment, une entreprise de distribution et des entrepôts. Au regard de ces circonstances, les 3 raccordements de la borne incendie doivent pouvoir être utilisés, en cas d'incendie, par les services d'incendie et de secours et ce dans des conditions normales de pression de l'eau. Or, il n'est pas contesté que, compte tenu du nombre des occupants du terrain en cause, cela ne serait pas possible. Dans ces conditions, l'installation des gens du voyage sur le terrain situé 16 route de Bu à Houdan porte atteinte à la salubrité et la sécurité publiques. Par suite, en édictant la mesure litigieuse, le préfet des Yvelines n'a pas entaché la mesure de police attaquée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de la loi du 5 juillet 2000.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, la mise en demeure de quitter les lieux " est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures ". Si les requérants font valoir qu'ils se trouvent dans la région en raison de l'état de santé de quatre membres du groupe qui doivent subir des examens dans les tout prochains jours, il n'est pas démontré l'impossibilité de stationner régulièrement sur les aires d'accueil pour les gens du voyage situées dans le département des Yvelines qui disposent d'emplacement libres et dont la liste dressée à la date du 24 septembre 2024 a été versée à l'instance par le préfet, pour permettre aux personnes concernées de bénéficier de leur suivi médical. Dans ces conditions, en ordonnant aux occupants de quitter les lieux dans un délai de 24 heures, délai qui n'est pas inférieur au délai prévu par la loi, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. Il s'ensuit que la requête de MM. B et E doit être rejetée, y compris leurs conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de MM. B et E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à M. D E et au préfet des Yvelines.

Copie en sera adressée à la commune de Houdan

Fait à Versailles, le 7 octobre 2024

La magistrate désignée La greffière

signé signé

C. Rollet-Perraud S. Paulin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

N° 2408597

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