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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408608

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408608

mercredi 13 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408608
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSARL CAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 5 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Julié, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 9 août 2024 par laquelle la

maire de la commune de Ballainvilliers a exercé le droit de priorité de la commune sur la cession par l'Etat de la parcelle AA 52 d'une surface totale de 1 122 m² et d'une maison de 132 m² de surface habitable, au prix de 210 000 euros plus la clause d'intéressement ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Ballainvilliers la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a intérêt à agir, dès lors qu'il est bien l'acquéreur évincé et qu'il est l'occupant régulier, avec sa famille et depuis de très nombreuses années, de la maison située 76 rue de Longjumeau à Ballainvilliers ;

- la condition d'urgence est présumée satisfaite, dès lors qu'il a la qualité d'acquéreur évincé ; en outre, la convention d'occupation de la maison a pour terme le 31 décembre 2024 et l'acquisition de la maison par la commune conduira à la non-reconduction de cette convention et donc au départ de sa famille de quatre enfants et de ses parents ; l'exécution de la décision litigieuse lui cause un préjudice suffisamment grave et immédiat puisqu'elle le prive de la possibilité de réaliser les travaux de structure importants de remise en état de la maison pour vivre dans un logement salubre ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ;

- en premier lieu, cette décision est entachée d'incompétence ; en effet, le conseil municipal n'a jamais délégué au maire la compétence aux fins d'exercer au nom de la commune le droit de priorité défini aux articles L. 240-1 à L. 240-3 du code de l'urbanisme ;

- en deuxième lieu, cette décision est entachée d'un défaut de motivation ; en effet, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, " les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques [ou qui] 3° () imposent des sujétions " ; une décision d'une commune d'exercer son droit de priorité sur un projet de cession d'un bien immobilier de l'Etat constitue une décision individuelle qui restreint l'exercice d'une liberté publique ou une décision individuelle qui impose des sujétions ; en l'espèce, la décision litigieuse ne précise pas l'action ou l'opération répondant aux objets définis à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme que la commune entend poursuivre et, en tout cas, sans préciser que cette commune a entendu constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation de la dite action ou opération ;

- en troisième lieu, la décision litigieuse est illégale en ce qu'il n'existait à la date d'édiction de cette décision le 9 août 2024 aucune action ou opération d'intérêt général répondant aux objets définis par l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, poursuivie par la commune de Ballainvilliers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024, la commune de Ballainvilliers, représentée par Me Marceau, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable, faute pour M. B de justifier d'un intérêt à agir et que les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne sont pas réunies.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Marc, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 5 novembre 2024 en présence de

Mme Laforge, greffière, Mme Marc a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Julié, représentant M. B, présent, qui déclare renoncer au moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige et, pour le surplus, persiste en ses conclusions et moyens ;

- les observations de Me Marceau, pour la commune de Ballainvilliers, qui persiste en ses conclusions et moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14 heures 29.

Considérant ce qui suit :

1. La maire de la commune de Ballainvilliers a, sur délégation du conseil municipal et par une décision du 9 août 2024, décidé d'exercer le droit de priorité de la commune sur la cession par l'Etat de la parcelle AA52 et de la maison sur laquelle elle est située, au 76 rue de Longjumeau sur le territoire de cette commune. M. B, qui réside avec sa famille dans la maison en cause en vertu d'une convention d'occupation précaire, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens, tels qu'exposés ci-dessus dans les visas de la présente ordonnance, n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 9 août 2024 par laquelle la maire de la commune de Ballainvilliers a exercé le droit de priorité de la commune.

4. Par suite, l'une des conditions exigées par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas satisfaite, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 9 août 2024 de la maire de la commune de Ballainvilliers doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner ni la condition tenant à l'urgence ni davantage l'intérêt pour agir de M. B.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Compte-tenu de ce qui précède, la commune de Ballainvilliers n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il n'y a donc pas lieu de mettre à sa charge la somme que demande M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme que demande la commune de Ballainvilliers au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Ballainvilliers sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la commune de Ballainvilliers.

Fait à Versailles, le 13 novembre 2024.

La juge des référés,

signé

E. Marc

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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