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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408712

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408712

lundi 27 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDUPOURQUE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 octobre 2024 et le 8 janvier 2025, sous le numéro 2408712, M. A C, représenté par Me Dupourqué, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre aux services préfectoraux de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou directement à son profit en cas de rejet de sa demande d'aide.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrées le 9 octobre 2024 et le 8 janvier 2025, sous le numéro 2408713, Mme D B, représentée par Me Dupourqué, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre aux services préfectoraux de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou directement à son profit en cas de rejet de sa demande d'aide.

Elle présente les mêmes moyens que ceux présentés dans la requête précédente.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les décisions de la Cour nationale du droit d'asile n° 24024072 et n° 24022453 du 5 août 2024

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hecht,

- et les observations de Me Niang, substituant Me Dupourqué, représentant M. C, présent, et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C et Mme D B, ressortissants ivoiriens nés respectivement le 7 février 1984 et le 30 décembre 1992, déclarent être entrés en France en janvier 2019 et en mars 2023. La demande d'asile présentée à leur bénéfice ainsi que pour leurs enfants mineurs M. G A C et M. E A C, a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 19 mars 2024, confirmée par la décision susvisée de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) n° 24022453 du 5 août 2024. Par la décision susvisée n° 24024072 du même jour, la CNDA a reconnu à leur fille mineure, Mme F A C, la qualité de réfugiée. Le 13 août 2024, M. C et Mme B ont déposé une demande de carte de résident en qualité de parent d'enfant de réfugié. Par deux arrêtés du 30 août 2024, la préfète de l'Essonne a pris à leur encontre deux arrêtés portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. M. C et Mme B demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2408712 et n° 2408713 présentées par M. C et Mme B présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

4. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. C et de Mme B, la préfète de l'Essonne a notamment indiqué que la décision portant refus de séjour ne portait pas une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale dès lors que leurs enfants avaient vu leur demande d'asile être rejetée par l'OFPRA le 19 mars 2024, décision confirmée par la CNDA le 5 août 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été exposé au point 1, que, par la décision n° 24024072 du 5 août 2024, versée au débat par les requérants, la CNDA a reconnu la qualité de réfugiée à la fille mineure des requérants, Mme F A C, âgée de 7 ans, en raison des risques d'excision que l'enfant encourt en Côte d'Ivoire. Ainsi, dès lors que l'enfant mineure ne saurait retourner vivre en Côte d'Ivoire avec ses deux parents et a vocation à se maintenir sur le territoire français en raison de la protection conventionnelle qui lui a été reconnue, la décision attaquée aurait nécessairement pour effet de séparer la fille mineure de M. C et Mme B de ses deux parents. Dans ces conditions, alors que la décision de la CNDA rendue le 5 août 2024 a valeur recognitive, l'exécution des arrêtés attaqués aurait pour effet de priver durablement l'enfant des requérants de la présence de ses parents. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être accueillis.

5. Il résulte de ce qui précède que M. C et Mme B sont fondés à demander l'annulation des arrêtés par lesquels la préfète de l'Essonne les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés au soutien des conclusions dirigées contre ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

7. L'exécution du présent jugement implique, en application des dispositions précitées, que M. C et Mme B se voient délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur leur situation. Il y a dès lors lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de procéder au réexamen de la situation des intéressés dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de cette même date.

Sur les frais de justice :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dupourqué, avocate de M. C et de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Dupourqué d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 30 août 2024 par lesquels la préfète de l'Essonne a obligé M. C et Mme B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de procéder au réexamen de la situation de M. C et de Mme B dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement et de leur délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de cette même date.

Article 3 : L'Etat versera à Me Dupourqué la somme de 1 000 euros, sous réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme D B, à la préfète de l'Essonne et à Me Dupourqué.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

Mme Marc, première conseillère,

M. Hecht, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2025.

Le rapporteur,

signé

S. Hecht

Le président,

signé

P. Ouardes La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2408712 et 2408713

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