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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408786

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408786

lundi 10 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantTEFFO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 10 et 16 octobre 2024 et 20 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Teffo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle mention " salarié " sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut une carte de séjour temporaire mention " salarié " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ; en outre, sa situation n'a pas été sérieusement examinée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 5221-2 et R. 5221-2 du code du travail ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ; en outre, sa situation n'a pas été sérieusement examinée ;

- elle repose sur une décision portant refus de renouvellement de titre de séjour elle-même illégale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle repose sur une décision portant refus de renouvellement de titre de séjour elle-même illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 janvier 2025, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte européenne des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 janvier 2025 :

- le rapport de M. Fraisseix ;

- les observations de Me Teffo représentant M. A, en sa présence,

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 24 décembre 1992, a obtenu une carte de séjour temporaire dans le cadre de l'admission exceptionnelle au séjour portant la mention " salarié " valable du 29 novembre 2021 au 28 novembre 2022, puis une carte de séjour temporaire mention " salarié " valable du 29 novembre 2022 au 28 novembre 2023. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du même code : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne () / La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. / () ". Aux termes de l'article R. 5221-14 du même code : " Peut faire l'objet de la demande prévue au I de l'article R. 5221-1 l'étranger résidant hors du territoire national ou l'étranger résidant en France et titulaire d'un titre de séjour prévu à l'article R. 5221-3 ". Aux termes de l'article R. 5221-15 du même code : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence ". Enfin, selon les termes de l'article R. 5221 17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger. ".

3. D'une part, il résulte des dispositions précitées du code du travail que la demande d'autorisation de travail présentée par un étranger déjà présent sur le territoire national et titulaire d'un titre de séjour prévu à l'article R. 5221-3 doit être adressée au préfet du département dans lequel l'employeur a son siège, par le biais d'un téléservice. D'autre part, le préfet saisi d'une demande de titre de séjour portant la mention " salarié " par un étranger titulaire d'un visa de long séjour, ne peut, tant que l'instruction de la demande d'autorisation de travail est en cours, refuser l'admission au séjour de l'intéressé au motif que ce dernier ne produit pas d'autorisation de travail ou de contrat de travail visé par l'autorité compétente.

4. Pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour portant la mention " salarié " qu'il avait sollicité le 21 novembre 2023 alors que sa carte de séjour portant la mention " salarié " arrivait à expiration le 28 novembre 2023, la préfète de l'Essonne s'est fondée sur la circonstance que le requérant n'a pas présenté d'autorisation de travail lors du dépôt de son dossier. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à l'occasion de sa demande de renouvellement de titre de séjour, en novembre 2022, M. A a déposé une demande d'autorisation de travail. Il s'ensuit que le requérant bénéficiait d'une autorisation de travail pour son contrat à durée indéterminée en qualité de technicien itinérant au sein de la SARL BUSELEC, au moins à compter du 29 novembre 2022, date à laquelle le titre de séjour " salarié " lui a été accordé. En outre, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le contrat du requérant avec la SARL BUSELEC aurait évolué et d'autre part, il est constant que M. A a déposé une nouvelle demande d'autorisation en novembre 2023. En refusant de renouveler le titre de séjour de M. A alors même que l'instruction de cette deuxième demande d'autorisation de travail était toujours en cours, la préfète de l'Essonne a entaché sa décision d'une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision refusant de renouvellement du titre de séjour de M. A doit être annulée et qu'il en est de même, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Compte tenu du motif d'annulation, l'exécution du présent jugement implique uniquement le réexamen de la situation de M. A. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 11 septembre 2024 de la préfète de l'Essonne est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de réexaminer la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera M. A la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

Mme Marc, première conseillère,

M. Fraisseix, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2025.

Le rapporteur,

signé

P. Fraisseix

Le président,

signé

P. Ouardes

Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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