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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408821

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408821

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408821
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11u
Avocat requérantKERVENNIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés les 11 octobre 2024, 14 octobre 2024 et 28 octobre 2024, M. B C, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer sa situation administrative dans le délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Kervennic en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat ;

4°) " de prendre attache avec le greffe de la vingt-troisième chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris afin de connaître sa situation pénale ".

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué été signée par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît le principe du contradictoire consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 alinéas 4 et 5 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de garanties de représentation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Marc, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de la seconde audience publique concernant la requête de M. C, qui s'est tenue le 5 novembre 2024, en présence de M. Ileboudo, greffier, après celle du 29 octobre 2024 au cours de laquelle M. C était présent et représenté par Me Kervennic, avocat commis d'office :

- le rapport de Mme Marc ;

- les observations de Me Boiardi, avocate désignée d'office, représentant M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que la qualité de la signataire de la décision en litige n'est pas précisée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ; au cours de l'audience publique, le requérant a apporté des pièces qui ont été communiquées à la préfète de l'Essonne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Des pièces complémentaires, présentées par Me Boiardi pour M. C, ont été enregistrées les 7, 8 et 11 novembre 2024 et n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. Entré sur le territoire français en décembre 2022 selon ses déclarations, M. B C, ressortissant algérien né le 6 décembre 1973 à Constantine, demande l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A D. Si, en l'espèce, l'arrêté attaqué ne comporte pas l'indication de la qualité de la signataire, ses nom et prénom y figurent clairement, permettant de l'identifier par ces seules mentions. Il ressort des pièces versées au dossier que cette dernière, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire, bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°2024-PREF-DCPPAT-BCA-261 du 2 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne, d'une délégation de signature à cette fin. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté, ainsi que celui, soulevé à l'audience, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions contenues dans l'arrêté litigieux ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

6. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'arrêté attaqué. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition versé en défense, que M. C a été interrogé par les services de police le 8 octobre 2024 et a ainsi pu faire valoir ses observations quant à sa situation au regard de son droit au séjour préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée et le principe général des droits de la défense ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, à défaut de justifier d'avoir saisi la préfète de l'Essonne d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 6 de l'accord franco-algérien et dès lors que ce dernier n'a pas examiné d'office s'il pouvait bénéficier d'un titre de séjour sur ce fondement, M. C ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces stipulations.

8. En troisième lieu, si M. C se prévaut de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sans assortir en tout état de cause son moyen des précisions permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé, ces stipulations sont cependant inopérantes à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

10. Si M. C soutient être marié avec une compatriote avec laquelle il a trois enfants scolarisés en France, il ressort des pièces du dossier que son épouse, dont il n'est ni établi ni même allégué qu'elle réside sur le territoire français en situation régulière, a quitté le domicile conjugal après avoir dénoncé des violences qu'aurait commises le requérant sur elle et leurs enfants, à la suite de quoi M. C a été placé en garde à vue le 8 octobre 2024. Par ailleurs, le requérant, qui n'est entré en France qu'en décembre 2022 selon ses déclarations, à l'âge de quarante-neuf ans, ne justifie d'aucune insertion particulière dans la société française en se bornant à produire son accréditation en qualité de bénévole lors des Jeux Olympiques et le mandat de représentation qui lui a été consenti par le conseil d'administration de la société algérienne qui l'emploie pour concrétiser toutes offres portant sur d'éventuels partenariats en Italie, et à faire valoir qu'il est également bénévole à la Croix Rouge et effectue des maraudes. En outre, si M. C a exposé lors des débats à l'audience son attachement et son investissement personnel dans l'éducation de ses enfants, en particulier dans le contexte du départ de son épouse, il ressort néanmoins des pièces du dossier que la garde de ses enfants a été confiée à l'aide sociale à l'enfance depuis le 11 octobre 2024, à la suite du placement en garde à vue du requérant le 8 octobre 2024 pour des faits de violences à leur égard. Par un courriel daté du 29 octobre 2024 émanant des services sociaux du département de l'Essonne, il a d'ailleurs été indiqué au requérant que le juge des enfants avait maintenu le placement des enfants auprès de l'aide sociale à l'enfance pour une durée de six mois et suspendu les droits de l'intéressé à leur égard. Dans ces conditions, et en dépit des allégations du requérant, en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète de l'Essonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts pour lesquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. C n'est pas fondé à se prévaloir des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ni à soutenir que la préfète de l'Essonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision doit être écartée au soutien des conclusions dirigées contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

13. En l'espèce, il ressort des termes même de la décision contestée que, pour refuser d'accorder à M. C un délai de départ volontaire, la préfète de l'Essonne s'est fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en relevant que le requérant n'avait pas présenté de passeport valide. Toutefois, il ressort de l'attestation contre remise de documents d'identité établie par le greffe du centre de rétention administrative de Palaiseau, que M. C est bien titulaire d'un passeport en cours de validité. Dans ces conditions, la décision attaquée ne pouvait légalement être fondée sur les dispositions du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer d'office ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. En l'espèce, dans la mesure où la préfète de l'Essonne dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'application de l'une et l'autre de ces dispositions et que cette substitution n'a pas pour effet de priver le requérant d'une garantie, il y a lieu de substituer d'office aux dispositions du 8° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile celles du 1° du même article, ainsi que cela a été indiqué aux parties lors de la première audience publique tenue le 29 octobre 2024. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète de l'Essonne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. D'une part, par voie de conséquence du rejet des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision doit être écartée au soutien des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

16. D'autre part, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. En premier lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision doit être écartée au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

17. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

18. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle la date d'entrée sur le territoire français et les circonstances de son séjour. Par ailleurs, M. C ne justifie pas de circonstances humanitaires qui impliqueraient que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour à son encontre. Dans ses conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France du requérant, le préfet n'a pas, en prononçant une interdiction de retour d'une durée d'un an, méconnu les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

19. En troisième lieu, pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 10 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. En quatrième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français qui n'a pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel le requérant pourra être éloigné d'office.

21. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

22. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

23. M. C ayant bénéficié de l'assistance de deux avocats commis d'office, il n'a exposé aucun frais. Alors que, par ailleurs, l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions qu'il présente au titre des frais d'instance doivent par conséquent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E. MarcLe greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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