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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408896

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408896

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSIDIBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2024, M. B C, représenté par Me Sidibe, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français accompagnée d'une interdiction de retour sur le territoire français de cinq ans et d'un signalement dans le système d'information Schengen.

Il ne soutient aucun moyen.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Gosselin pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 24 octobre septembre 2024 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de Mme Gosselin, magistrat désigné ;

- les observations de Me Sidibe qui soutient que :

. la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée de défaut d'examen en raison d'une audition succincte devant les forces de l'ordre,

. elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation car les 2 frères de M. C sont en France

. la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée car il n'a fait l'objet que d'une condamnation et ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- les observations de M. C qui précise qu'il a désormais pris conscience de son comportement en détention et a rompu avec la personne avec laquelle il vivait ;

- en présence de M. A, interprète en langue portugaise ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant brésilien né le 28 février 1994 à Cascavel (Brésil), est entré en France en 2019 selon ses déclarations. Il n'a jamais demandé la régularisation de sa situation et a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à 12 mois de prison par un jugement du 21 mai 2021 pour violence sur conjoint. Par un arrêté du 3 octobre 2024 notifié le 15 octobre suivant, la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans et l'a signalé dans le système d'information Schengen. M. C demande l'annulation de cet arrêté par la présente instance.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il rappelle l'état civil du requérant ainsi que sa situation administrative et notamment sa condamnation par le tribunal correctionnel de Paris du 21 mai 2021 et les six signalements dont il a fait l'objet auprès des autorités pour diverses délits tels violence ou vol avec violence. Dès lors, cette décision, qui précise que le comportement de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permettent ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas, avant de prendre les décisions contestées, procédé à un examen particulier et complet de la situation de M. C. Par ailleurs, le procès-verbal d'audition de l'intéressé indique bien que ce dernier n'avait rien à ajouter à ses déclarations. Ce moyen doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoient que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. En l'espèce, M. C se prévaut d'une résidence en France depuis cinq ans sans l'établir. Si l'intéressé indique, sans l'établir, avoir deux frères en France, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident notamment ses enfants et où il a vécu au moins jusqu'à vingt-cinq ans. Enfin, il ne justifie pas d'une particulière intégration, dès lors que, comme il a été rappelé au point 2, le requérant est connu défavorablement des forces de l'ordre par une condamnation à 12 mois de prison et à six signalements ainsi que l'utilisation d'un alias. Par ailleurs, lors de son audition par les forces de l'ordre, le requérant a déclaré être célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, les décisions n'ont pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.

6.Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point précédent la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

7.Si M. C soutient que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait, il ne produit aucun élément permettant au juge d'apprécier le bien-fondé de ce moyen qui doit donc être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8.M. C soutient qu'il n'a fait l'objet que d'une seule condamnation et qu'ainsi il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, cette condamnation a été prononcée en raison de violence sur conjoint, sans octroi de sursis, par le tribunal correctionnel de Bobigny ; le requérant ne conteste pas sérieusement les six mentions au traitement des antécédents judiciaires qui correspondent à des faits s'étant déroulés entre 2022 et 2024, c'est à dire sur une période relativement brève. Dès lors, le comportement M. C constitue bien une menace à l'ordre public et la décision attaquée n'est donc pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

9.Il résulte de tout ce qui précède que les moyens soulevés par M. C sont infondés et que par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le magistrat désigné

signé

C. Gosselin Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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