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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408905

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408905

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCLORIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2402087 du 10 octobre 2024, le président du tribunal administratif de Melun a renvoyé la requête de M. C A au tribunal administratif de Versailles.

Par cette requête, enregistrée le 13 février 2024 au tribunal administratif de Melun et complétée par un mémoire enregistré le 22 octobre 2024 M. B C A, représenté par Me Cloris, succédant à Me Koskas, demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :

d'annuler l'arrêté du 11 février 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français accompagnée d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'un an,

- d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de restituer sa carte d'identité et son permis de conduire dans un délai de quinze jours

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est illégal dès lors qu'il est disproportionné au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 251-2 et L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a un droit au séjour permanent.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par M. C A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Gosselin pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 24 octobre 2024 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de Mme Gosselin, magistrat désigné ;

- les observations de Me Leroy, substituant Me Cloris représentant M. C A, absent, qui reprend ses écritures et soutient également d'une part, que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, d'autre part, que la préfète n'établit aucune urgence pour refuser le délai au départ volontaire.

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C A, ressortissant portugais né le 29 septembre 1989 à Leira (Portugal), est entré en France en 2013 selon ses déclarations. Il a été placé sous contrôle judiciaire par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire d'Evry-Courcouronnes pour violence sur conjoint. Par un arrêté du 11 février 2024, la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an. M. C A demande l'annulation de cet arrêté par la présente instance.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;/ [] L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

3. M. C A établit vivre en France régulièrement depuis plus de cinq ans ainsi que d'une couverture sociale. Ses deux filles sont scolarisées en France et il est fait état, lors de l'instruction, d'un accord entre les parents pour la garde des enfants, entériné par le juge aux affaires familiales dans son ordonnance du 24 juillet 2024, soit après sa condamnation le 10 avril 2024 à trois mois avec sursis pour violence sur conjoint. Ainsi, dans les circonstances très particulières de l'espèce, la préfète a méconnu les dispositions précitées de l'article L.251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que le comportement du requérant présentait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.

4. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. C A est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions en injonction :

5. Il résulte de ce qui précède que la préfète de l'Essonne doit remettre à M C A son permis de conduire et sa carte d'identité dans un délai d'un mois.

Sur les frais de l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il est mis à la charge de l'Etat la somme de 1.000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de l'Essonne du 11 février 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de remettre sa carte d'identité et son permis de conduire à M. C A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1.000 (mille) euros à M. C A au titre des frais de l'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le magistrat désigné

signé

C. Gosselin Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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