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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408964

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408964

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408964
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDORE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite du préfet des Yvelines refusant de délivrer une carte de résident à M. B, ressortissant afghan bénéficiaire du statut de réfugié. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, dès lors que le préfet avait délivré à l'intéressé une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 14 avril 2025, régularisant ainsi sa situation administrative. En conséquence, la requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens soulevés, notamment ceux tirés de la méconnaissance des articles L. 424-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 et 29 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Doré, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer une carte de résident en qualité de réfugié ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa demande de titre de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard et, dans l'attente, de le mettre en possession d'une attestation de prolongation d'instruction dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve de la renonciation de cette dernière à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; en cas de refus de l'aide juridictionnelle, de lui verser cette somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; bénéficiaire du statut de réfugié, il a déposé une demande de carte de résident le 3 mai 2023 ; sa dernière attestation de prolongation d'instruction a expiré le 28 juillet 2024 ; il est désormais dépourvu de tout document de séjour ; en l'absence de document de séjour, son contrat de travail a été suspendu et non renouvelé ; il se trouve dans une situation de grande précarité financière ; il ne peut plus bénéficier des minima sociaux ni bénéficier d'une inscription sur les registres de France travail ;

- s'agissant de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

* Elle est entachée d'incompétence ;

* Elle a été prise en méconnaissance des articles R. 311-4, R. 431-10 et R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* Elle a été prise en méconnaissance des articles L. 424-1, L. 424-4 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que M. B dispose d'une attestation de prolongation d'instruction valable du 15 octobre 2024 au 14 avril 2025 ; que la demande de l'intéressé est en cours d'instruction et que ses services sont dans l'attente de la validation de l'état civil par l'OFPRA, sans laquelle la carte de résident ne peut être délivrée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2408961 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Sauvageot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 30 octobre 2024 à 10h30 en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, Mme Sauvageot a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes et ni représentées.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer une carte de résident en qualité de réfugié.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée. Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. M. B fait valoir que sa dernière attestation de prolongation d'instruction ayant expiré le 28 juillet 2024, il est dépourvu de tout document de séjour, que son contrat de travail a été suspendu et qu'il se trouve dans une situation financière précaire. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet des Yvelines a délivré au requérant une attestation de prolongation d'instruction valable du 15 octobre 2024 au 14 avril 2025. La délivrance de cette nouvelle attestation ayant pour effet de prolonger l'ensemble des droits de M. B sur le territoire français, la condition d'urgence, qui doit être appréciée à la date à laquelle le juge des référés est appelé à se prononcer, ne peut être considérée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux, que les conclusions à fin de suspension de M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par conséquent, des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Fait à Versailles, le 31 octobre 2024 .

Le juge des référés,

signé

J. Sauvageot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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