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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2409085

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2409085

vendredi 10 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2409085
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11u
Avocat requérantSELARL GARCIA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée au tribunal administratif de Montreuil le 11 octobre 2024 et transmise au tribunal administratif de Versailles le 19 octobre 2024, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 7 janvier 2025, M. C A, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de communiquer son entier dossier ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale dès lors qu'elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît son droit à être entendu ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant aux procédures prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Amegee, greffière, M. B a lu son rapport.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant serbe né le 25 octobre 1983, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire émise par le préfet de l'Essonne le 23 septembre 2023. Par une décision du 8 octobre 2024, la préfète de l'Essonne lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions tendant à la communication de l'entier dossier :

2. Si M. A se prévaut de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant qu'elles prévoient la possibilité pour un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français de demander la communication des pièces du dossier sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre cette décision, postérieurement à celle-ci, d'une part, ces dispositions ont été abrogées par la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024, et d'autre part, l'éventuelle méconnaissance de ces dispositions, qui sont propres aux conditions d'exécution de l'interdiction, est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse, qui s'apprécie à la date de son édiction et ne peut être utilement invoquée au soutien de conclusions tendant à son annulation. En tout état de cause, le préfet a produit des pièces relatives à la situation administrative de M. A. Par suite, la demande tendant à la communication de l'entier dossier de M. A doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, sur lesquels la préfète s'est fondée pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français contestée, notamment la mention de la décision portant obligation de quitter le territoire du 23 septembre 2024 prise à son encontre, la circonstance que M. A s'est maintenu sur le territoire malgré cette décision, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, qu'il a un comportement de nature à troubler l'ordre public, et qu'il ne peut justifier de liens personnels ou familiaux en France. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

5. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. En l'espèce, M. A se borne à soutenir que la préfète de l'Essonne n'a pas respecté son droit d'être entendu, sans faire valoir qu'il aurait disposé d'informations pertinentes, tenant notamment à sa situation personnelle, qui, si elles avaient pu être portées, à temps, à la connaissance de l'administration, auraient été de nature à influencer le contenu de la décision prise à son encontre, autres que celles qu'il a déjà évoquées lors de son audition du 8 octobre 2024. Si M. A produit dans le cadre de la présente instance des éléments permettant de justifier ses allégations, notamment la circonstance qu'il est le père de deux enfants nés en France et qu'il travaille sous couvert d'un contrat à durée indéterminée, ces éléments ne sont pas de nature à démontrer que son droit à être entendu a été méconnu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, en particulier du droit d'être entendu au préalable, doit, en tout état de cause, être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A se prévaut notamment de son insertion professionnelle en France, et produit au soutien de ses allégations une promesse d'embauche non-datée, des attestations de travail couvrant les périodes de décembre 2013 à mars 2014 et d'octobre 2015 à janvier 2017, d'un contrat de travail à durée interminée signé le 20 avril 2021 et la décision de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé valable du 21 mai 2024 au 20 mai 2029. Si M. A se prévaut également de la circonstance qu'il est le père de deux enfants de nationalité française, il ne démontre ni même n'allègue qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de ces derniers. De plus, s'il produit la carte de résident permanent de sa mère, valable jusqu'au 27 mars 2031, il n'établit pas l'intensité de sa relation avec elle. Enfin, si M. A établit que son père est décédé en 2018, il ne démontre pas être dépourvu de tous liens familiaux et personnels dans son pays d'origine. Dès lors, M. A, qui a par ailleurs été condamné par le tribunal correctionnel de Nanterre par un jugement du 19 novembre 2020 à six mois d'emprisonnement avec sursis pour des fait d'arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivi d'une libération avant le septième jour, et s'est soustrait à la mesure d'éloignement prise à son encontre le 22 septembre 2024, ne peut soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

9. En dernier lieu, si M. A soutient qu'il est fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français dès lors qu'elle a été prise en application d'une décision d'obligation de quitter le territoire français elle-même illégale, il n'assortit pas ce moyen de suffisamment de précisions pour permettre au tribunal d'en étudier le bien-fondé. Ainsi, ce moyen ne peut qu'être rejeté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Essonne du 8 octobre 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte, et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

signé

S. B La greffiière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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