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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2409090

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2409090

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2409090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSECCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 29 octobre 2024, M. B A, détenu au centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis, et représenté par Me Ouled Ben Hafsia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le délai de 30 jours à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 2 jours à compter de la notification du jugement, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les dispositions de l'article R. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que la procédure de renouvellement de son titre de séjour est en cours ;

- il présente des garanties de représentation suffisantes ;

- l'arrêté attaqué méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Caron pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 31 octobre 2024, en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de Mme Caron ;

- les observations de Me Ouled Ben Hafsia, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, et qui fait en outre valoir que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que M. A n'a aucune attache dans son pays d'origine ;

- les observations de M. A ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 15 aout 2000, a obtenu du préfet de la Seine-Saint-Denis, le 22 juin 2021, une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 21 juin 2022. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 27 janvier 2023 et s'est vu délivrer un récépissé valable jusqu'au 26 avril 2023. Par un jugement du 28 août 2024, le tribunal correctionnel de Bobigny l'a condamné à une peine d'un an d'emprisonnement avec mandat de dépôt pour des faits de trafic de stupéfiants en récidive et rébellion en récidive. Par un arrêté du 10 octobre 2024, dont M. A demande l'annulation, la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de cinq ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-261 du 2 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme C D, attachée d'administration, cheffe du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation de la préfète de ce département pour signer l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation de l'arrêté attaqué, qui mentionne explicitement des circonstances propres à la situation personnelle du requérant, que la préfète se serait abstenue de procéder à un examen sérieux et personnalisé de sa situation. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de M. A doit être écarté.

4. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des termes de la décision litigieuse que celle-ci n'a pas été prise sur le fondement de ces dispositions, lesquelles sont relatives à la procédure d'expulsion. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont relatives aux conditions de renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle, doit être écarté, dès lors que la décision n'a pas pour objet de se prononcer sur le renouvellement du titre de séjour de l'intéressé.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ;() ".

7. M. A fait valoir que contrairement à ce qu'a retenu la préfète de l'Essonne, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Toutefois, s'il établit avoir effectivement présenté une demande de renouvellement le 27 janvier 2023, il ne produit aucun élément permettant d'établir qu'il réside régulièrement sur le territoire français depuis le 26 avril 2023, date d'expiration de son dernier récépissé. A cet égard, la seule production d'un mail d'un agent de la préfecture de Seine-Saint-Denis, daté du 24 juillet 2024, lui indiquant qu'il va être reconvoqué à une prochaine commission du titre de séjour, est insuffisante pour démontrer le caractère régulier de son séjour. En outre, et ainsi qu'il est dit au point 1, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné le 28 août 2024 à une peine d'un an d'emprisonnement avec mandat de dépôt pour des faits de trafic de stupéfiants en récidive et rébellion en récidive, et qu'il a également fait l'objet de neuf signalements, qu'il ne conteste pas. Dans ces conditions, en retenant, pour l'obliger à quitter le territoire français, que le comportement du requérant, qui n'établit pas résider régulièrement en France, constitue une menace pour l'ordre public, la préfète de l'Essonne n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation. La circonstance que la décision indique à tort qu'il n'a pas demandé le renouvellement de son titre de séjour est par ailleurs sans incidence sur sa légalité, dès lors qu'il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision si elle s'était fondée uniquement sur les autres éléments retenus.

8. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. Si M. A se prévaut de son entrée sur le territoire à l'âge de deux ans, ainsi que de la présence en France de ses parents et de ses frères et sœurs chez qui il réside, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille, et qu'il n'établit pas être démuni de liens dans son pays d'origine, dans lequel il a déclaré s'être rendu en 2018. Par ailleurs, la seule production de quelques fiches de paie pour un emploi de cuisinier lors d'une précédente incarcération et d'une promesse d'embauche ne permet pas de démontrer l'existence d'une réelle insertion professionnelle de l'intéressé. Dans ces conditions, eu égard notamment aux éléments relevés au point 7 et compte-tenu tout particulièrement de la nature, de la récurrence et de la gravité des faits pour lesquels M. A a été condamné, qui demeurent récents à la date de la décision attaquée, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de la préfète de l'Essonne lui faisant obligation de quitter le territoire français ait porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, au nombre desquels figure la sauvegarde de l'ordre public. Par suite, et alors même que l'intéressé présenterait des garanties de représentation, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'arrêté sur la situation personnelle de M. A doit également être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. Si M. A soutient qu'il n'a aucune attache en Tunisie et qu'il ne connaît pas son pays d'origine, de telles circonstances ne constituent pas des traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations précitées. Il ne fait par ailleurs état d'aucune vulnérabilité particulière ni d'aucun risque pour sa sécurité auquel il serait personnellement exposé dans ce pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

V. CaronLe greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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