vendredi 7 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2409105 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL GARCIA & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de faire procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de mettre fin aux mesures de surveillance dont il fait l'objet ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les pièces sur la base desquelles l'arrêté a été édicté doivent être communiquées au tribunal, conformément aux dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ainsi que l'exige le droit à un procès équitable ;
- l'arrêté attaqué méconnaît le droit d'être entendu prévu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il méconnaît l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il méconnaît les droits de la défense, garantis par l'article 16 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen dès lors qu'il n'a pas été informé de son droit de bénéficier d'un avocat préalablement à son édiction ;
- son droit d'être entendu a été mis en œuvre dans des conditions déloyales dès lors qu'il n'a pas été informé préalablement à son audition de l'enjeu de celle-ci, ni été mis en mesure de justifier de sa situation personnelle, ce qui l'a privé d'une garantie dès lors que le préfet aurait été nécessairement amené à renoncer à toute mesure d'éloignement ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la menace qu'il présente pour l'ordre public ;
- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire méconnaît la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 dès lors que le risque de fuite n'est pas établi ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du risque qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;
- la décision prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est illégale dès lors qu'elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire elle-même illégale.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 novembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Silvani a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, détenteur d'un passeport roumain, né en Moldavie en 2005, déclare être entré en France en 2023. Il a été interpellé le 17 octobre 2024 par les services de police de Sainte-Geneviève-des-Bois et placé en garde à vue. Par un arrêté du 17 octobre 2024, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur la demande tendant à la production de l'entier dossier du requérant :
2. Si le requérant sollicite, sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles les décisions contestées ont été prises, ces dispositions ont été abrogées par la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. En tout état de cause, la préfète de l'Essonne a produit les pièces du dossier sur lesquelles elle s'est fondée pour prendre l'arrêté en litige et notamment le procès-verbal d'audition de l'intéressé. Les conclusions tendant à la production de ce dossier doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ".
4. Pour prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige, la préfète de l'Essonne s'est fondée sur les dispositions précitées et sur le fait d'une part que le requérant a été interpellé et placé en garde à vue le 17 octobre 2024 pour recel de vol, défaut de permis de conduire et d'assurance et d'autre part, qu'il a fait l'objet d'un signalement le 10 mai 2023 pour des faits de vols en réunion sans violence. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que les faits ayant conduit au signalement de l'intéressé, qui en conteste d'ailleurs la matérialité, ont donné lieu à poursuite ou condamnation pénale. En outre, les faits qui lui ont été reprochés dans le cadre de la garde à vue dont il a fait l'objet le 17 octobre 2024, pour répréhensibles qu'ils soient, ne revêtent pas un degré de gravité tel que le comportement de M. B puisse être regardé, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, comme étant de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'en se fondant sur ce motif pour prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français, la préfète de l'Essonne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués, que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que par voie de conséquence, la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination et la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant trois ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la préfète de l'Essonne ou le préfet territorialement compétent réexamine la situation de M. B. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne ou au préfet territorialement compétent de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à M. B, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
8. En deuxième lieu, en l'absence de mention dans l'arrêté attaqué d'un signalement dans le système d'information Schengen et de mesures de surveillance dont l'intéressé ferait l'objet, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète de l'Essonne de faire procéder à l'effacement de ce signalement et de mettre fin à ces mesures ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
9. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté de la préfète de l'Essonne du 17 octobre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de circulation sur le territoire français pendant trois ans est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne, ou au préfet devenu territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Rollet-Perraud, présidente,
- M. Connin, premier conseiller,
- Mme Silvani, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.
La rapporteure,
Signé
C. Silvani
La présidente,
Signé
C. Rollet-Perraud La greffière,
Signé
A. Lloria
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026