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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2409145

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2409145

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2409145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDUPOURQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 octobre, 22 novembre 2024 et 23 janvier 2025, ce dernier mémoire enregistré postérieurement à la clôture de l'instruction n'ayant pas été communiqué, M. A B, représenté par Me Dupourqué, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 2 septembre 2024 par lesquelles le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la même somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie avoir formé devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) un recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) qui a rejeté sa demande d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet des Yvelines a produit des pièces qui ont été enregistrées le 8 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Silvani a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité ivoirienne, né en 1986, est entré en France le 6 avril 2018. Il a sollicité le 15 février 2023 son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 424-9 et L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 septembre 2024, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. M. B demande au tribunal d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays d'éloignement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre M. B à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. () ". Aux termes de l'article R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a présenté une demande d'asile le 10 février 2023, qui a été rejetée par une décision de l'OFPRA en date du 28 avril 2023, dont il a saisi la CNDA par un recours enregistré dans les délais impartis par les dispositions citées au point 4. S'il ressort des mentions de l'extrait " Telemofpra " produit par le préfet des Yvelines, lesquelles font foi jusqu'à preuve du contraire, que cette décision a été confirmée par une décision du 12 décembre 2023 de la CNDA, rendue sous le numéro 23031973 à la suite d'une audience en date du 5 décembre 2023, le requérant produit toutefois un avis de la CNDA en date du 20 décembre 2023 l'informant d'un renvoi de l'affaire en formation collégiale à la suite d'un audiencement en date du 5 décembre 2023, un courrier du secrétariat général de la CNDA en date du 25 avril 2024 lui confirmant que le recours enregistré sous le numéro 23031973 était toujours en cours d'instruction ainsi qu'un courriel adressé à son avocat le 21 novembre 2024 par le chef du service de l'accueil, des parties et des avocats de la CNDA qui lui confirme ne pas avoir trouvé de minute signée de la décision mentionnée dans l'extrait " Telemofpra " produit par le préfet des Yvelines, et avoir obtenu la confirmation du président de la chambre en charge du dossier, également président de la formation de jugement ayant siégé à l'audience du 5 décembre 2023, qu'aucune décision n'avait été prise, en dépit des mentions portées sur la base de données. Ces éléments sont ainsi de nature à établir le caractère erroné de la mention figurant dans l'extrait " Telemopfra " d'une décision rendue par la CNDA sur la base de laquelle le préfet des Yvelines a édicté la décision en litige.

6. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à soutenir qu'en l'obligeant par la décision contestée du 2 septembre 2024 à quitter le territoire français alors que son recours contre la décision de l'OFPRA était toujours en cours d'examen par la CNDA et qu'il disposait ainsi du droit de se maintenir sur le territoire français, le préfet des Yvelines a méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision en date du 2 septembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination en cas d'exécution d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

9. L'exécution du présent jugement implique seulement, en application des dispositions citées au point précédent, que M. B se voit délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur sa situation. Il y a, dès lors, lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de ce réexamen. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les décisions en date du 2 septembre 2024 par lesquelles le préfet des Yvelines a obligé M. B à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de ce réexamen.

Article 4 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- M. Connin, premier conseiller,

- Mme Silvani, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.

La rapporteure,

Signé

C. Silvani

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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