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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2409211

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2409211

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2409211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCHERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Cheron, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réside de manière habituelle en France, que le défaut de prise en charge de son état de santé devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourra bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 9-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle repose sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Silvani a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité sénégalaise, né en 1989, déclare être entré en France en 2019. Il a bénéficié d'un titre de séjour pour la période du 16 janvier 2023 au 15 janvier 2024, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en a sollicité le renouvellement le 13 septembre 2023. Par un arrêté du 14 février 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi et d'un accès effectif à ce traitement. La partie qui justifie d'un avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Pour refuser le titre de séjour sollicité par M. A, le préfet des Yvelines a notamment fondé son appréciation sur l'avis émis le 9 février 2024 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration précisant notamment que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vu des éléments du dossier et de la date de l'avis, son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine.

5. Pour contester cette appréciation, le requérant produit un certificat médical établi par un praticien hospitalier le 17 septembre 2024, postérieurement à la décision attaquée, qui indique que l'état de santé de M. A présente une exceptionnelle gravité, nécessite une prise en charge médicale inaccessible dans son pays d'origine au regard de l'offre de soins disponible et qu'un retour dans son pays de surcroît par voie aérienne engendrerait un risque vital majeur. Toutefois, ce certificat, qui ne comprend aucune précision quant à la pathologie dont souffre M. A et aux conséquences d'une exceptionnelle gravité dont il fait état, ne saurait suffire, eu égard à son caractère peu circonstancié, à remettre en cause le bien-fondé de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur lequel s'est fondé le préfet des Yvelines pour prendre la décision en litige. Par ailleurs, dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que le défaut de prise en charge de M. A ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le requérant, qui ne produit au demeurant aucun élément corroborant ses allégations, ne saurait utilement faire état de l'absence de disponibilité d'un traitement et d'une prise en charge effectifs de ses pathologies dans son pays d'origine. Il résulte de ce qui précède que les éléments produits par le requérant ne contredisent pas l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision contestée, le préfet des Yvelines aurait commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

7. En l'espèce, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet des Yvelines n'a pas examiné sa demande sur un autre fondement que celui de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a présenté une demande sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. Si M. A soutient que ses attaches personnelles et familiales sont en France auprès de son enfant à naître qu'il a reconnu par anticipation le 13 juin 2024, l'acte de reconnaissance est toutefois postérieur à la décision attaquée. En outre, alors qu'il ressort de cet acte que la mère de l'enfant à naître est également née au Sénégal, le requérant ne fait état d'aucune circonstance, tenant notamment à la situation administrative de la mère, qui ferait obstacle à ce que les intéressés poursuivent leur vie dans leur pays d'origine, dans lequel M. A a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans et où vivent ses parents et ses trois enfants. Dans ces conditions, et alors que les éléments se rapportant à l'activité professionnelle de M. A ne sauraient suffire à justifier d'une intégration suffisante en France, il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme portant une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Le requérant ne peut utilement soutenir que la décision portant refus de séjour porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant qu'il a reconnu par anticipation dès lors que celui-ci n'était pas né à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 9-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Les États parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans intérêt supérieur de l'enfant. Une décision en ce sens peut être nécessaire dans certains cas particuliers, par exemple lorsque les parents maltraitent ou négligent l'enfant, ou lorsqu'ils vivent séparément et qu'une décision doit être prise au sujet du lieu de résidence de l'enfant ". Les stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ont pour seul objet de créer des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté comme inopérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre à l'appui de son recours formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- M. Connin, premier conseiller,

- Mme Silvani, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.

La rapporteure,

Signé

C. Silvani

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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