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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2409248

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2409248

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2409248
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSOR-DOUKHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024 au tribunal administratif de Cergy-Pontoise puis transmise et enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 25 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Assor-Doukhan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de résident ou une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qui en est le fondement ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Degorce, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 octobre 2024, en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :

- le rapport de Mme Degorce ;

- les observations de Me Assor-Doukhan, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les observations de M. A ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Entré sur le territoire français en 2012 selon ses déclarations, M. B A, ressortissant algérien né le 2 juillet 1987 à Sidi Bel Abbes, a sollicité, le 30 août 2022, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté du 7 octobre 2024 dont il demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

2. Aucune stipulation de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prive l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser le renouvellement d'un certificat de résidence à un ressortissant algérien en se fondant sur la circonstance que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

3. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet des Hauts-de-Seine fait mention du pouvoir qu'il détient, en application de la règlementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France lui permettant, en l'absence de stipulation de l'accord franco-algérien en ce sens, de refuser de renouveler un certificat de résidence pour un motif tiré de l'existence d'une menace pour l'ordre public et a exposé les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour serait insuffisamment motivée manque en fait et ne peut qu'être écarté.

4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 25 septembre 2023 par le tribunal correctionnel de Nanterre à une peine d'emprisonnement de douze mois avec sursis, à l'interdiction d'entrer en contact pendant trois ans avec la victime et à l'inscription au FIJAIS pour des faits de violence sans incapacité sur un mineur de quinze ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime et d'agression sexuelle par personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction. Compte tenu de la gravité des faits qui lui sont reprochés, le préfet des Yvelines n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en considérant que son comportement constituait une menace à l'ordre public.

5. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. M. A soutient qu'il est entré en France en 2012, qu'il est marié depuis dix ans et qu'il est le père de deux enfants de dix et sept ans, scolarisés en France. Toutefois, il ne justifie pas de sa résidence régulière en France avant l'année 2018. Par ailleurs, si son épouse a bénéficié d'un titre de séjour temporaire dont le renouvellement est actuellement en cours d'instruction, cette circonstance, alors qu'elle est de même nationalité que son époux et que les enfants du couple sont mineurs, ne fait pas obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Algérie. Dans ces conditions, le préfet de des Hauts-de-Seine n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts pour lesquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Dès lors que la décision portant refus de renouvellement du certificat de résidence algérien de M. A n'est pas illégale, celui-ci ne saurait exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. Dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale, M. A ne saurait exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 octobre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La magistrate désignée,

signé

Ch. DegorceLa greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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