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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2409402

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2409402

vendredi 22 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2409402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSAINTE FARE GARNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Sainte Fare Garnot, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 17 juillet 2024 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre aux services préfectoraux de le convoquer pour enregistrer sa demande de titre de séjour dans un délai de 48 heures et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans l'attente de la décision au fond ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de renonciation de son conseil à la part contributive de l'Etat et en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle de la verser directement entre les mains de M. A.

Il soutient que :

-sa requête est recevable ;

-la condition d'urgence est remplie au regard des démarches vaines accomplies depuis le 5 février 2024 qui l'empêchent de demander un titre de séjour l'année de ses 18 ans et de l'absence de possession d'un titre de séjour ; il ne pourra pas déposer de demande de titre sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile après le 1er janvier 2025 ;

-il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision ; elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ; elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'homonymie dont il est victime ; son passeport a été authentifié par la police aux frontières ; son identité est établie ainsi que celle de son homonyme par la police aux frontières guinéenne ; on ne peut pas lui opposer la délivrance d'un titre à Nice alors qu'il remplit les conditions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision méconnait les articles L. 423-22 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile; il est sérieux dans ses études et a fourni les pièces exigées par l'annexe 10 au code ; la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Mauny, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 novembre 2024 à 11h00, en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, M. Mauny a lu son rapport et entendu les observations de Me Sainte Fare Garnot représentant M. A qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient qu'un premier refus d'enregistrement a été pris en février 2024 au motif erroné qu'il se serait vu remettre un titre de séjour à Antibes ; que deux demandes ont été formulées sur le site Démarches simplifiées et qu'il risque de basculer en situation irrégulière alors qu'il a été pris en charge à l'aide sociale à l'enfance et peut prétendre à un contrat jeune majeur ; il y a urgence à suspendre sous peine d'être privé de cette possibilité après le 31 décembre 2024 et pourra au mieux terminer son baccalauréat, mais sera privé d'aide ; la décision n'est pas motivée et entachée d'un défaut d'examen car l'administration n'a pas pris en compte l'existence d'un homonyme ; son identité et l'existence d'un homonyme sont établies par les pièces ; elle est entachée d'une erreur de fait car il n'a pas de titre ; il remplit les conditions de délivrance d'un titre et poursuit ses études ; il n'a saisi le tribunal que le 30 octobre car il a attendu en vain une convocation pour une prise d'empreintes qui n'a pas eu lieu ; il a des contacts téléphoniques une fois par semaine mais n'est pas retourné en Guinée ; le dossier était complet.

La préfète de l'Essonne n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 11h41.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 1er janvier 2006 est entré en France en 2021 et a été confié à l'aide sociale à l'enfance de l'Essonne par ordonnance du 22 mai 2023. Il a déposé le 5 février 2024, sur le site démarches simplifiées, un dossier pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été classée sans suite le 19 février 2024 au motif qu'un titre de séjour lui avait été remis par la préfecture des Alpes Maritimes le 25 septembre 2023. Il a formulé une demande de même objet le 21 mai 2024 qui a été rejetée le 27 mai 2024 pour le même motif, puis une nouvelle le 3 juillet 2024, rejetée le 17 juillet pour le même motif. Il demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette dernière décision sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce que soit jugée la requête de M. A, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

4. M. A fait valoir qu'il a été admis à l'aide sociale à l'enfance en 2021, qu'il pourra bénéficier d'un contrat jeune majeur s'il dispose d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais qu'il ne peut demander un tel titre que jusqu'au 31 décembre 2024 eu égard à son âge. Il se prévaut aussi du sérieux et de la poursuite de ses études et des démarches qu'il a accomplies, y compris après le 17 juillet 2024, pour établir qu'il ne s'est pas vu délivrer de titre de séjour par le préfet des Alpes Maritimes en septembre 2023 et que le bénéficiaire dudit titre est un homonyme. Eu égard à la situation particulière de M. A, il doit être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

6. Il résulte de l'instruction que la décision de clôturer le dossier de demande de titre de séjour de M. A présentée le 3 juillet 2024 a été prise au seul motif que M. A aurait un titre de séjour valable du 24 août 2023 au 23 août 2024. Une telle décision, qui n'est pas fondée sur le caractère incomplet de son dossier mais révèle une appréciation portée sur son droit à obtenir un titre de séjour, constitue un refus de titre de séjour qui fait grief à l'intéressé. Pour la contester, M. A justifie des démarches qu'il a accomplies pour établir que le titulaire du titre de séjour qui lui est opposé est un homonyme. Il produit une photocopie de la carte de séjour délivrée à l'intéressé, dont ni la photographie ni l'adresse à Antibes ne correspondent à celles du requérant qui réside à Lisses, un document de la police guinéenne attestant le caractère authentique des deux passeports délivrés au nom de M. B A et deux fiches d'authentification de la police aux frontières relatives au requérant et à son homonyme. Il se prévaut enfin de ce que la police de l'air et des frontières a estimé son passeport authentique dans un rapport simplifié d'analyse documentaire. Il justifie enfin avoir informé les services de la préfecture de l'Essonne de cette situation avant la décision prise le 17 juillet 2024. Au regard de ces éléments, qui n'ont fait l'objet d'aucune contestation de la part de la préfète de l'Essonne, qui n'a pas produit d'observation pendant l'instance, les moyens tirés de ce que la décision serait entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. A et d'une erreur de fait sont, en l'état de l'instruction, de nature créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Il y a donc lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision opposée à M. A le 17 juillet 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

7. La présente décision implique qu'il soit procédé au réexamen de la situation de M. A. Il y a donc lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer dans l'attente un document autorisant provisoirement son séjour. Il n'y a pas lieu en revanche d'ordonner que ce document l'autorise à travailler.

8. Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que le conseil du requérant renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Sainte Fare Garnot, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.

O R D O N N E:

Article 1er : L'exécution de la décision du 17 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a clôturé la demande de titre de séjour de M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de procéder au réexamen de la situation de M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer dans l'attente un document autorisant provisoirement son séjour.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Sainte Fare Garnot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Sainte Fare Garnot une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à la préfète de l'Essonne, au ministre de l'intérieur et à Me Sainte Fare Garnot.

Fait à Versailles, le 22 novembre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. Mauny

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°240940

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