vendredi 20 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2409680 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | GAGNET |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 8 novembre 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de M. B A, alors incarcéré au centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis.
Par une cette requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 27 octobre et 20 novembre 2024, respectivement au tribunal administratif de Paris et au tribunal administratif de Versailles, M. A, représenté par Me Gagnet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2024 par lequel le préfet de Police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans en l'informant de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction ;
2°) d'enjoindre au préfet de Police de procéder à un réexamen de sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée ;
4°) de prendre acte de sa demande d'assistance au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué, dans son ensemble, émane d'une autorité qui ne justifie pas de sa compétence ;
- il est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions de l'article L.211-2 du code des relations entre le public ;
-il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'il est entré sur le sol français il y a plusieurs années ;
-la décision portant obligation de quitter le territoire ne procède pas d'un examen approfondi de sa situation personnelle ;
-la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnait les dispositions de l'article L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il ne trouble pas l'ordre public et n'entre pas dans son champ ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
-la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'il encourt des risques en cas de retour ;
-la décision portant interdiction de retour et signalement aux fins de non admission est illégale par voie d'exception.
La requête a été communiquée au préfet de Police qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, les 13 et 14 novembre 2024, des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L.921-1 et L.921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L.922-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 décembre 2024 :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Gagnet représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en insistant sur la circonstance que le requérant perdra tout lien avec son enfant at ne possède plus aucun lien en Algérie,
-les observations de Me Capuano représentant le préfet de Police qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit
1. M. B A, ressortissant algérien né le 6 février 1994, est entré sur le sol français, selon ses déclarations, au cours de l'année 2016 sans justifier être en possession des documents prévus à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a entrepris depuis cette date aucune démarche en vue de la régularisation de sa situation. Il a fait l'objet le 1er août 2019 d'une obligation de quitter le territoire assortie d'une interdiction de retour sur le territoire auxquelles il s'est soustrait. Il a été condamné le 28 octobre 2024 par le tribunal correctionnel de Paris à huit mois d'emprisonnement pour vol aggravé par deux circonstances et récidive. Par une décision du 26 octobre 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de Police l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions de la requête :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-01258 du 22 août 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de Police a donné à Mme D, attachée de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait
4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A et notamment le caractère irrégulier de son entrée sur le sol français, l'absence de toute démarche en vue de la régularisation de sa situation, mentionne la constatation par les services de Police le 25 octobre 2024 d'un vol en réunion commis par l'intéressé ainsi que la précédente décision portant obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet et fait état de sa situation familiale. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent son fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement sur le sol français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il s'ensuit qu'il entre dans les prévisions des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorisant le préfet à l'obliger à quitter le territoire.
6. En quatrième lieu, si M. A, fait état de la présence sur le sol français d'un enfant dont il est le père, il ne justifie pas de l'intensité de ce lien, ni qu'il pourvoirait d'une quelconque façon à l'entretien et l'éducation de cet enfant, tandis qu'il ne justifie par ailleurs d'aucune insertion sociale ou professionnelle sur le territoire. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de Police l'obligeant à quitter le territoire.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). " Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ()8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (.), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente ;(.)
8. En l'espèce, pour prendre sa décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet de Police s'est fondé sur ce que le comportement de l'intéressé constitue un trouble à l'ordre public, notamment pour des faits de vol en réunion, sur ce qu'il ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le sol français sans solliciter la régularisation de sa situation et s'était soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Ensuite il est établi qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la présente mesure d'éloignement, en s'étant maintenu sur le territoire en raison de son entrée et de son séjour irrégulier en France, de son absence de documents d'identité ou de voyage et de résidence effective. Par suite, le préfet n'a commis ni erreur de droit, ni erreur manifeste d'appréciation en refusant au requérant l'octroi d'un départ volontaire.
9. En sixième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ().
10. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
11. En l'espèce, M. A ne justifie d'aucune circonstance particulière susceptible d'être qualifiée de circonstances humanitaires au sens et pour l'application des dispositions précitées et de faire obstacle à l'interdiction prononcée, dont la durée n'est pas, compte tenu notamment de la menace pour l'ordre public que représente le requérant, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Il s'ensuit que les conclusions dirigées contre la décision du préfet de Police portant interdiction de retour, qui n'est pas illégale par voie d'exception, ne peuvent qu'être écartées.
10. Enfin, si M. A se prévaut des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine, il ne fait état d'aucune circonstance de nature à établir la nature et la gravité de tels risques. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. De même, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la même convention pour les motifs énoncés au point 6 du présent jugement.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. C Le greffier,
Signé
J. Ileboudo
La République mande et ordonne au préfet de Police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2409680
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026