jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2409928 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BOAMAH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Boamah, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 6 avril 2024 née du silence gardé par la préfète de l'Essonne sur sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite ; en effet, s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour, la condition d'urgence est réputée satisfaite ; la circonstance qu'il soit en possession d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 16 janvier 2025 ne saurait écarter la condition d'urgence au vu des circonstances particulières de l'espèce ; s'il n'est pas contesté qu'il a déposé sa demande de renouvellement sur le télé-service de l'ANEF le 6 décembre 2023, il démontre toutefois avoir effectué les diligences nécessaires bien avant cette date, dans les délais requis ; en effet, il est un orphelin qui est entré régulièrement en France le 4 mars 2019 pour y rejoindre sa famille adoptive suite au décès de sa mère biologique en 2018 et à un jugement d'adoption reconnu exécutoire en France le 24 octobre 2018 ; en raison de violences au domicile familial, il a été pris en charge par l'Aide Sociale à l'Enfance le 27 avril 2019 et continue à ce jour de faire l'objet d'un suivi dans le cadre d'un contrat jeune majeur ; toutefois, ce contrat prendra fin le 16 décembre 2024, de sorte qu'il ne sera plus pris en charge par un service éducatif et devra disposer d'un logement et de ressources propres ; or, il ne peut acquérir cette indépendance financière en l'absence de titre de séjour ; s'il poursuivait des études en BTS dans le secteur de la logistique au cours de l'année 2023-2024, il n'a pas pu poursuivre en deuxième année à défaut d'avoir pu trouver un employeur qui a accepté de le prendre en apprentissage sans titre de séjour en cours de validité ; son éducatrice fait état des obstacles académiques et professionnels qu'il rencontre en raison de sa situation administrative ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ; en premier lieu, la décision en litige est entachée d'un vice d'incompétence ; en deuxième lieu, cette décision est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation ; en troisième lieu, cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 et de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en quatrième lieu, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Des pièces, présentées par la préfète de l'Essonne, ont été enregistrées le 3 décembre 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Marc, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 3 décembre 2024 en présence de
Mme Paulin, greffière, Mme Marc a lu son rapport et entendu les observations de Me Boamah, représentant M. B, présent, et en présence de Mme C sociale à l'enfance, qui persiste en ses conclusions et moyens, la préfète de l'Essonne n'était ni présente ni représentée.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été différée au 5 décembre 2024 à 12 heures, et cette information a été communiquée à la préfète de l'Essonne.
Un mémoire et une pièce complémentaire, présentés par Me Boamah pour M. B, ont été enregistrés le 3 décembre 2024 à 18 heures 51 et ont été communiqués.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 17 juin 2004, de nationalité béninoise, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus née du silence gardé par la préfète de l'Essonne sur sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 18 octobre 2022 au 17 octobre 2023.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".
3. En premier lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Outre que la condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, M. B justifie, par l'ensemble des pièces versées au dossier, qu'alors que son titre de séjour expirait le 17 octobre 2023, il a, dès le 1er août 2023 et accompagné à cette fin par les services éducatifs l'entourant, effectué des démarches sur le site " démarches-simplifiées " de la préfecture de l'Essonne, aux fins de déposer sa demande de renouvellement de ce titre. Il ne saurait, par suite, être regardé comme s'étant placé lui-même dans une situation d'urgence. Par ailleurs, au soutien de la condition d'urgence, et avec l'appui de l'ensemble des agents de l'Aide sociale à l'enfance qui l'accompagnent, M. B, ressortissant béninois né le 17 juin 2004, orphelin, adopté et entré régulièrement sur le territoire français en 2019, puis placé auprès des services de l'Aide sociale à l'enfance à compter du 27 avril 2019 à la suite de violences commises dans le cadre intra-familial, fait valoir sans être contesté par la préfète de l'Essonne que, quand bien même il a été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour valable jusqu'au 16 janvier 2025, l'absence de titre de séjour empêche les professionnels qui l'accompagnent d'effectuer les démarches nécessaires à l'acquisition de son autonomie, notamment financière et professionnelle, à l'approche de l'expiration de son contrat de jeune majeur, et qu'il a été notamment contraint d'abandonner ses études en BTS et de pouvoir conclure un contrat d'apprentissage. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ". Aux termes de l'article L. 433-1 du même code : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. () ".
6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète de l'Essonne sur la demande de M. B est entachée d'une méconnaissance des dispositions des articles L. 423-22 et L. 433-1 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, dans les circonstances très particulières de l'espèce, d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
7. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la préfète de l'Essonne a implicitement refusé de délivrer à M. B le titre de séjour sollicité, jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
9. La suspension des effets de l'exécution de la décision ainsi ordonnée implique seulement que la préfète de l'Essonne procède à un réexamen de la demande de M. B dans un délai, vu les circonstances particulières de l'espèce, de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. L'intéressé étant titulaire d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande en cours de validité, il n'y a pas lieu de faire droit aux autres conclusions présentées aux fins d'injonction ni à celles présentées aux fins d'astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Essonne a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur les conclusions tendant à son annulation.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de réexaminer la situation de M. B dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à la préfète de l'Essonne et au ministre de l'intérieur.
Fait à Versailles, le 5 décembre 2024.
La juge des référés,
signé
E. Marc
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026