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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2409931

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2409931

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2409931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSUCHY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2024, M. A C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français accompagnée d'une interdiction de retour sur le territoire français de cinq ans et d'un signalement dans le système d'information Schengen.

Il ne soutient aucun moyen.

La préfète de l'Essonne a produit une pièce enregistrée le 18 novembre 2024. D'autres pièces ont été enregistrées le 28 novembre, après l'audience, et n'ont pas été communiquées.

Elle doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier, et notamment la demande du requérant de bénéficier d'un avocat et d'un interprète en langue russe.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 30 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Gosselin pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 28 novembre 2024 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de Mme Gosselin, magistrat désigné ;

- les observations de Me Suchy, avocat de permanence qui soutient que la décision attaquée est entachée de défaut d'instruction sérieuse, notamment au regard des enfants de M. C, de violation de la vie privée et familiale dès lors qu'il est présent en France depuis 12 ans, et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Russie ;

- en présence de Mme B, interprète en langue russe ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant russe né le 9 octobre 1983 à Grozny (Fédération de Russie), est entré en France en 2023 selon ses déclarations. Il n'a jamais demandé la régularisation de sa situation et a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à 10 mois de prison par un jugement du 2 juillet 2024 pour destruction et détérioration de bien appartenant à autrui, non-respect de l'assignation à résidence, non-respect de l'obligation de se présenter devant les forces de l'ordre et violence aggravée par deux circonstances. Il a été incarcéré à la maison d'arrêt de Fleury-Merogis. Par un arrêté du 15 novembre 2024 notifié le même jour, la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans et l'a signalé dans le système d'information Schengen. M. C demande l'annulation de cet arrêté par la présente instance.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, M. C soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux. Toutefois, cette décision rappelle ses multiples condamnations ainsi que sa situation administrative, familiale et professionnelle. Ces informations, dont l'exactitude n'est pas contestée, révèle un examen sérieux et individuel de la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoient que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. En l'espèce, M. C se prévaut d'une résidence en France depuis douze ans sans l'établir. Si l'intéressé indique, sans l'établir, avoir cinq enfants en France, il n'établit ni qu'il contribue à leur éducation ou à leur entretien, ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ne justifie pas d'une particulière intégration, dès lors que, comme il a été rappelé au point 1, le requérant est connu défavorablement des forces de l'ordre par une condamnation à 10 mois de prison et à dix-sept signalements ainsi que l'utilisation d'un alias. Enfin, lors de son audition par les forces de l'ordre, le requérant a déclaré travailler de façon irrégulière. Dans ces conditions, la décision n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit également être écarté.

5. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point précédent la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

6. M. C soutient ensuite que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui prévoient que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il soutient qu'en qualité de tchétchène, il y a des probabilités qu'il soit envoyé sur le front ukrainien. Toutefois, il n'assortit ces craintes d'aucun élément. Dès lors, le moyen doit être écarté.

7. Enfin, M. C ne peut utilement soutenir que la décision attaquée serait illégale car inexécutable en l'occurrence, en l'absence de vols directs entre la France et la Russie, ce moyen portant non sur la légalité de la décision mais sur son exécution.

8.Il résulte de tout ce qui précède que les moyens soulevés par M. C sont infondés et que par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le magistrat désigné

signé

C. Gosselin Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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