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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2409997

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2409997

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2409997
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVI VAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Vi Van, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de l'Essonne a mis fin à sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance et refusé de prolonger cette prise en charge au-delà de sa majorité dans le cadre d'un accueil provisoire jeune majeur ;

3°) d'enjoindre au département de l 'Essonne de lui accorder le bénéfice d'une prise en charge totale jusqu'à ce qu'il accède à l'autonomie et ce, dans le délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département de l'Essonne une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Vi Van sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle ou à M. A dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- Il bénéficie d'une présomption d'urgence dès lors qu'il s'est vu opposer un refus de prolongation de sa prise en charge par le conseil départemental ; en outre cette décision le place dans une situation de grande précarité dès lors qu'il ne dispose d'aucun soutien familial en France et qu'il ne dispose que de très faibles ressources et ne peut subvenir à ses besoins les plus essentiels ; il lui est impossible de trouver un logement dans le parc privé faute de revenus stables et suffisants ; en l'absence de titre de séjour, il ne peut bénéficier d'une place dans un foyer de jeunes travailleurs ; cette décision compromettra ainsi la poursuite de son projet d'insertion professionnelle ;

- la décision de fin de prise en charge et le refus de proposer toute forme d'accompagnement, sont constitutifs d'une carence caractérisée qui, compte tenu des conséquences graves qu'elles entrainent pour lui, portent une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

La requête a été communiquée au département de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Rollet-Perraud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Laforge, greffière :

- le rapport de Mme Rollet-Perraud, magistrate désignée ;

- les observations de Me Vi Van représentant M. A, présent qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens ; il demande en outre la suspension de la décision expresse du 19 novembre 2024 par laquelle le président du conseil départemental de l'Essonne a rejeté sa demande de prolongation de sa prise en charge. Il soutient en outre qu'il se trouve désormais sans hébergement et sans aide pour ses démarches administratives en vue de sa régularisation ;

- le département de l'Essonne n'étant pas représenté.

Considérant ce qui suit :

1. II résulte de l'instruction que M. A a été placé en qualité de mineur non accompagné auprès des services de l'Aide sociale à l'enfance du département de l'Essonne jusqu'à sa majorité par un jugement en assistance éducative du 13 juillet 2023. Le 27 août 2024, M. A a sollicité auprès du président du conseil départemental la prolongation de sa prise en charge en qualité de " jeune majeur " en application de l'article L. 222-5 du code l'action sociale et des familles au-delà de sa majorité, intervenue le 19 novembre 2024. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur cette demande. Le 13 novembre 2024, il a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision auprès du conseil départemental. Puis par une décision du 19 novembre 2024, le président du conseil départemental de l'Essonne a expressément rejeté sa demande de prolongation de sa prise en charge. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, notamment de suspendre l'exécution de la décision du président du conseil départemental de l'Essonne.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

4. Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article et à l'exclusion de ceux faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. () / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés au 5° et à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée. ". Il résulte de ces dispositions que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.

5. Une carence caractérisée dans l'accomplissement par le président du conseil départemental des missions fixées par les dispositions rappelées aux points précédents, notamment dans les modalités de prise en charge des besoins du mineur ou du jeune majeur relevant de l'aide sociale à l'enfance, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour l'intéressé, est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

6. Il résulte de l'instruction que M. A n'avait pas atteint l'âge de vingt et un ans à la date de la décision qui a mis fin à sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance et refusé de prolonger cette prise en charge au-delà de sa majorité et qu'il ne dispose ni de ressources suffisantes, le salaire qu'il perçoit en qualité d'apprenti s'élevant à 898,89 euros brut, ni d'un soutien familial. Dans ces conditions et en application des dispositions citées au point 4, M. A dispose d'un droit à une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance. Par suite, le refus opposé à la demande de M. A tendant au prolongement de sa prise en charge au-delà de sa majorité, porte, en l'état de l'instruction, une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit à une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance du jeune majeur qui remplit les conditions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.

En ce qui concerne la condition de l'urgence :

7. Ainsi qu'il a été dit plus haut, M. A, entré en France alors qu'il était mineur et pris en charge par l'aide sociale à l'enfance jusqu'au 19 novembre 2024, date de sa majorité, est dépourvu de tout soutien familial sur le territoire et de ressources suffisantes lui permettant de subvenir à ses besoins les plus élémentaires. Il n'est, par ailleurs, pas contesté en défense qu'à la suite de cette décision, M. A ne dispose plus d'hébergement. Ainsi, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme remplie.

8. Par suite, il y a lieu de suspendre, à titre provisoire, la décision du président du conseil départemental en litige et d'enjoindre au département de l'Essonne d'accorder à M. A, à titre provisoire, et dans un délai de 24 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, en assurant, en particulier la prise en charge, outre de ses besoins en matière d'hébergement et de ressources, de ceux couvrant l'accès à un accompagnement dans ses démarches administratives. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de l'Essonne la somme de 500 euros à verser à Me Vi Van, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, la somme de 500 euros sera versée à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 19 novembre 2024 par laquelle le président du conseil départemental de l'Essonne a rejeté la demande de M. A de prolongation de sa prise en charge prévue en faveur des jeunes majeurs par les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au département de l'Essonne d'accorder à M. A, à titre provisoire, et dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la présente ordonnance, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, en assurant, en particulier la prise en charge, outre de ses besoins en matière d'hébergement et de ressources, de ceux couvrant l'accès à un accompagnement dans ses démarches administratives.

Article 4 : Le département de l'Essonne versera, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 500 euros à Me Vi Van, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, la somme de 500 euros sera versée à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Vi Van et au département de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 21 novembre 2024.

La juge des référés,

signé

C. Rollet-Perraud

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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