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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2411115

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2411115

vendredi 3 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2411115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGAGNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 et 20 décembre 2024, M. C D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a maintenu son placement en rétention administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et son droit à être entendu ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné M. Gibelin pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 janvier 2025 qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :

- le rapport de M. Gibelin, premier conseiller,

- les observations de Me Gagnet, avocate commise d'office, représentant M. D et en présence de celui-ci, assisté de Mme B, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son comportement ne présente pas une menace pour l'ordre public,

- et les observations de M. D lui-même, assisté de Mme B, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15h16.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant algérien né le 23 décembre 1994, est entré en France en 2022 selon ses déclarations. Par un arrêté du 17 juin 2023, le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 13 décembre 2024, la préfète de l'Essonne a ordonné son placement en rétention administrative. Par un arrêté du 17 décembre 2024, dont M. D demande l'annulation, la préfète de l'Essonne ordonné son maintien en rétention administrative.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-318 du 29 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme E A, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation de la préfète de ce département pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ".

4. L 'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application, notamment les articles L. 754-1 à L. 754-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D, ainsi que les éléments sur lesquels la préfète de l'Essonne s'est fondée pour prononcer son maintien en rétention administrative. Ainsi, l'arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dispose : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

6. Si l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concerne non les Etats membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Cependant, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

7. M. D soutient que, s'il a été auditionné au cours de sa garde à vue, préalablement à l'édiction d'une mesure d'éloignement prise à son encontre et à son placement en rétention administrative, il n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de la décision de maintien en rétention administrative et que la préfète de l'Essonne n'a ainsi pas pu prendre connaissance de sa situation et de ses craintes en cas de retour en Algérie. Toutefois, le droit d'être entendu n'implique pas que l'administration mette l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision de maintien en rétention administrative prise à la suite du dépôt d'une demande d'asile en rétention. En tout état de cause, le requérant ne justifie pas d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration depuis son placement en rétention, ou la manifestation de sa volonté de déposer une demande d'asile, et avant que ne soit prise la décision en litige de maintien en rétention, qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à celle-ci. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant aurait été privé de son droit d'être entendu doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13 ". Aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercée sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 ".

9. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre. La circonstance qu'un étranger présente une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention administrative ne saurait, à elle seule et sans une appréciation au cas par cas, permettre de présumer que cette demande n'a été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement.

10. Il ressort des termes de la décision contestée que pour estimer que la demande d'asile présentée par M. D postérieurement à son placement en rétention administrative n'a été introduite qu'en vue de faire échec à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, la préfète de l'Essonne s'est notamment fondée sur la circonstance que l'intéressé n'avait effectué aucune démarche en matière d'asile depuis son entrée sur le territoire français, en 2022 selon ses déclarations, et qu'il ne justifie pas de garanties de représentation suffisantes. Il ressort en outre de son audition du 4 avril 2024 par les services de police que M. D a déclaré n'avoir jamais déposé de demande d'asile, être venu en France pour travailler et ne pas être en danger dans son pays d'origine. Par suite, M. D, qui se borne à soutenir sans apporter aucun élément à l'appui de ses allégations qu'il éprouve des craintes personnelles, réelles et actuelles dans son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

11. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, une telle menace n'est à aucun mentionnée dans l'arrêté du 17 décembre 2024 et cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision de maintien en rétention administrative, qui est fondée sur des critères objectifs de nature à établir que la demande d'asile présentée en rétention l'a été dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement. En tout état de cause, l'intéressé représente une menace à l'ordre public dès lors qu'il a été condamné à une peine de neuf mois d'emprisonnement par un jugement du tribunal correctionnel de Bobigny, pour vol avec destruction ou dégradation, violence aggravée sur un fonctionnaire de la police nationale, et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique commis en raison de la race, l'ethnie, la nation ou la religion, et qu'il a fait l'objet de très nombreux signalements récents pour des vols aggravés. Le moyen doit, par suite, être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Essonne du 17 décembre 2024 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

signé

F. Gibelin La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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