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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2411488

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2411488

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2411488
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMARTIN-PIGEON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 décembre 2024, M. B C, représenté par Me Martin-Pigeon, avocat désigné d'office, actuellement retenu au centre de rétention administratif de Palaiseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la décision du tribunal judiciaire de Paris en date du 2 août 2023 l'interdisant définitivement de séjour sur le territoire français, peine complémentaire emportant de plein droit sa reconduite à la frontière.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que l'arrêté ait été pris par une autorité compétente, en l'absence de production d'une délégation de signature au profit de son signataire ;

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- son droit à être entendu a été méconnu ;

- son droit à un recours effectif a été violé en violation de l'article 46 de la directive 2013/32/UE et de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

La requête a été transmise à la préfète de l'Essonne qui a produit un mémoire en défense enregistrée le 27 janvier 2025. Il conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Brumeaux pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux article L. 921-1 et L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L. 922-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 janvier 2025 :

- le rapport de M. Brumeaux ;

- les observations de Me Martin-Pigeon, avocat désigné d'office, représentant M. C, présent, assisté de M. A, interprète en pachtou. Elle conclut aux mêmes fins de la requête et s'en rapporte aux écritures produites. Elle fait valoir à titre principal que le droit d'être entendu a été méconnu, M. C ayant disposé d'un très court délai pour présenter ses observations. Ensuite la décision de retrait de la protection subsidiaire n'est pas devenue définitive, en raison de la demande d'aide juridictionnelle qui a été présentée par l'intéressé.

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant afghan né le 1er janvier 1990, s'est vu reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision du 8 octobre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Le 2 juin 2023, le tribunal judiciaire de Paris l'a condamné à trois ans d'emprisonnement dont un an avec sursis, pour, d'une part, des faits d'agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans, d'autre part, de harcèlement sexuel et a prononcé, à titre de peine complémentaire, une interdiction définitive du territoire français. Incarcéré au centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis, puis placé au centre de rétention administrative de Palaiseau, l'intéressé a fait l'objet d'une décision fixant le pays de destination le 22 novembre 2024, laquelle disposait en son article 1er que l'intéressé serait reconduit vers le pays dont il a la nationalité, l'Afghanistan, ou dans tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Par un jugement en date du 10 décembre 2024, le tribunal administratif de Versailles a annulé la décision précitée du 22 novembre 2024 au motif qu'à la date de la décision attaquée, M. C bénéficiait de la protection subsidiaire depuis une décision du 8 octobre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par une décision du 18 décembre 2024, l'OFPRA a retiré cette protection subsidiaire. Par un nouvel arrêté en date du 31 décembre 2024, la préfète de l'Essonne a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et qui est le pays dont il a la nationalité, l'Afghanistan. M. C demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

3. En vertu du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal, l'interdiction du territoire français prononcée, comme en l'espèce, contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit " entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou sa réclusion ". Aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de cette peine complémentaire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution. Et l'obligation pour l'intéressé de quitter le territoire français résulte nécessairement, dans ce cas, de la décision du juge pénal et non de la décision distincte du préfet qui fixe le pays de renvoi.

4. Il résulte de la lecture combinée des dispositions citées aux points 2 et 3 que la mesure d'éloignement est la conséquence nécessaire de l'interdiction du territoire français prononcée par le juge pénal à l'encontre du requérant, qui emporte de plein droit cette mesure. Il est constant que la décision attaquée a été prise en vue de l'exécution du jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Paris en date du 2 juin 2023 par lequel M. C a été condamné à une interdiction définitive de séjour. Il s'ensuit que la préfète de l'Essonne qui s'est borné à tirer les conséquences de l'interdiction prononcée par le juge judiciaire était dès lors en situation de compétence liée pour procéder à l'éloignement de M. C et pour fixer le pays de destination.

5. Dès lors les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisante motivation de la décision attaquée et de la méconnaissance du droit à être entendu ne peuvent être utilement invoqués à l'encontre de cette dernière décision.

6. Le moyen tiré de la violation de l'article 46 de la directive 2013/32/UE ne saurait être utilement soulevé dans la mesure où cette directive a été entièrement transposée par la loi 2015-925 du 29 juillet 2015 et par le décret 2015-1166 du 21 septembre 2015.

7. L'interdiction du territoire prononcée par le juge pénal à l'encontre d'un étranger sur le fondement de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile emporte de plein droit, en vertu du deuxième alinéa de l'article 131-10 du code pénal, " reconduite du condamné à la frontière ". Ainsi l'exécution d'une telle mesure ne nécessite pas l'intervention d'un arrêté préfectoral portant obligation de quitter le territoire français. Par suite le prononcé d'une telle interdiction n'est pas pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance de l'une de ses dispositions est inopérant.

8. En tout état de cause, le droit d'exercer un recours effectif devant une juridiction, protégé par la Constitution et par les stipulations des articles 6 et 13 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, constitue une liberté fondamentale. Toutefois l'éventualité de l'exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français avant que la cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours, à le supposer effectif, dirigé contre la décision par laquelle l'office français de protection des réfugiés et apatrides lui a retiré la protection subsidiaire n'est pas de nature à constituer une violation grave et immédiate de son droit à un recours effectif.

9. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains et dégradants. ".

10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision de l'OFPRA du 18 décembre 2024 lui retirant la protection subsidiaire, que M. C, a indiqué dans le cadre de la procédure pénale son intention de retourner vivre auprès de sa famille en Afghanistan et qu'il s'est rendu volontairement à une audition consulaire devant les autorités afghanes qui lui ont délivré un laisser-passer le 22 novembre 2024. En outre, la situation sécuritaire s'est considérablement améliorée dans la région de Laghman dont il est originaire et où ne prévaut plus une situation de violence aveugle. Ainsi le moyen tiré de la violation des stipulations précitées au point 9 doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 31 décembre 2024 du préfet de l'Essonne doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : la requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et à la préfète de l'Essonne

Lu en audience publique le 30 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

signé

M. Brumeaux Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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