mercredi 5 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2500140 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CARRÉ-LEX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 janvier 2025, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a ordonné son transfert aux autorités croates responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
Il soutient que :
- toute sa famille vit en France, notamment son oncle et ses frères et il n'a aucune attache en Croatie ;
- il est bien intégré à la société française ;
- son renvoi vers la Turquie, son pays d'origine, constitue une grave menace pour son intégrité physique ;
Par un mémoire, enregistré le 22 janvier 2025, la préfète de l'Essonne produit l'entier dossier de M. B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 janvier 2025, qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Onillon, avocat commis d'office représentant M. B, absent, qui s'en rapporte aux écritures et soutient que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnus ;
- en présence de Me Ghoraishi, interprète en langue turque ;
- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 24 juin 2006 à Senliurfa (Turquie), de nationalité turque, demande l'annulation de l'arrêté en date du 23 décembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a ordonné son transfert aux autorités croates responsables de l'examen de sa demande d'asile.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État, à la détermination de l'État responsable en application du règlement (UE) no 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement. ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
4. M. B, célibataire et sans charge de famille en France, soutient que la décision en litige porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale dès lors que son oncle et ses deux frères résident sur le territoire français. Toutefois ces circonstances sont insuffisantes pour démontrer que les attaches familiales de M. B en France sont telles que la mesure de transfert prise par la préfète de l'Essonne a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, c'est sans méconnaître les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que la préfète de l'Essonne a pu transférer M. B aux autorités croates responsables de l'examen de sa demande de protection internationale. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.
5. En second lieu, M. B ne peut utilement invoquer les risques qu'il encourt en cas de retour en Turquie, l'arrêté attaqué ordonnant son transfert aux autorités croates responsables de l'examen de sa demande d'asile.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2025.
La magistrate désignée,
signé
Ch. C Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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