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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2500235

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2500235

vendredi 10 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2500235
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantALESSANDRINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Alessandrini, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) à défaut, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer sa situation dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 29 décembre 2024 ; qu'il est inscrit dans un établissement d'enseignement pour préparer un BTS MCO (management commercial opérationnel) sous le statut d'apprenti et qu'il a, dans ce cadre, signé un contrat de formation en alternance du 1er septembre 2024 au 30 août 2026 ; qu'il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 19 septembre 2024 sans avoir reçu de réponse, de convocation, ou d'attestation de prolongation d'instruction de la part de la préfecture ; que son contrat de travail a été suspendu ; qu'il ne perçoit plus aucune rémunération ; que cette situation porte atteinte à son droit de travailler et à sa liberté d'aller et de venir.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Sauvageot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 10 janvier 2025 à 16 heures en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, Mme Sauvageot a lu son rapport et entendu les observations de Me Alessandrini qui a repris les conclusions et moyens développés dans les écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 16h07.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2 () ". La carte de séjour temporaire est mentionnée au 3° de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aux termes de l'article R. 431-2 du même code : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code ". Le 1° de l'article 1er de l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'à compter du 1er mai 2021, les demandes de carte de séjour pluriannuelles portant la mention " étudiant " sont effectuées au moyen d'un téléservice.

3. Enfin, aux termes de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration n'est tenue de délivrer une attestation de prolongation d'instruction, lorsque celle-ci se prolonge au-delà de la durée de validité du précédent titre, que dans le cas où la demande est complète et a été déposée dans les délais.

4. Il résulte de l'instruction que M. A, ressortissant ivoirien née le 1er septembre 1998, a sollicité en temps utile, le 19 septembre 2024, le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant ". Il n'est, en outre, pas contesté par la préfète de l'Essonne, qui n'a présenté aucun mémoire en défense et qui n'était pas représentée à l'audience, que bien que le dossier déposé par l'intéressé était complet, aucune attestation de prolongation d'instruction ne lui a été délivrée après l'expiration de son titre de séjour le 29 décembre 2024, en méconnaissance des dispositions citées au point précédent. Par ailleurs, M. A établit que la société qui l'emploie dans le cadre d'un contrat d'apprentissage l'a informé qu'il était dispensé de travailler sans rémunération à compter du 30 décembre 2024 et que son contrat de travail serait rompu dans un délai de deux mois dans l'hypothèse où sa situation administrative ne serait pas régularisée compromettant par la même occasion la poursuite de sa formation en alternance dans le cadre de son BTS Management Commercial Opérationnel. Dans ces circonstances, la condition d'urgence à statuer dans les quarante-huit heures, prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, est suffisamment justifiée en l'espèce.

5. En outre, l'absence de délivrance de l'attestation de prolongation d'instruction, à laquelle le requérant avait droit en application de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a pour effet de placer le requérant en situation irrégulière sur le territoire français, de l'empêcher de poursuivre son contrat d'apprentissage, activité professionnelle qui lui permet d'assurer sa subsistance et qui conditionne la validation de son cycle de formation, et porte ainsi une atteinte grave et manifestement illégale au droit au travail ainsi qu'à la liberté d'aller et venir du requérant.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de délivrer à M. A une attestation de prolongation d'instruction dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de délivrer à M. A une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à la préfète de l'Essonne et au ministre de l'intérieur.

Fait à Versailles, le 10 janvier 2025.

Le juge des référés,

signé

J. Sauvageot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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