jeudi 13 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2501030 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SIDI-AISSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 janvier 2025 au greffe du tribunal, M. E, représenté par Me Sidi-Aïssa, avocat désigné d'office, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2025 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 5 ans, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée :
- son droit à être entendu n'a pas été respecté ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois ;
- elle est entachée d'incompétence, faute de son signature de justifier la régularité de la délégation de signature :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'incompétence, faute de son signature de justifier la régularité de la délégation de signature ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui a produit un mémoire en défense enregistré le 7 février 2025. Elle conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens présentés à l'appui de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Brumeaux pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux article L. 921-1 et L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L. 922-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 février2025 :
- le rapport de M. Brumeaux ;
- les observations de Me Sidi-Aïssa, avocat désigné d'office, représentant M. E. Elle conclut aux mêmes fins que la requête et s'en remet aux termes de la requête en l'absence du requérant.
- en présence de Mme B, interprète en langue arabe ;
- la préfète de l'Essonne n'a été ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant algérien, né le 11 septembre 1994, est entré sur le territoire français à une date et dans des conditions qu'il n'a pas souhaité préciser. Il a été condamné par la chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris par jugement en date du 20 août 2024 à 4 mois d'emprisonnement pour menaces de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et violence sur un fonctionnaire de police suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours. Il avait été déjà condamné par la même juridiction à 3 mois d'emprisonnement pour vol le 23 octobre 2021 et le 30 mai 2018 à 8 mois d'emprisonnement pour vol aggravé par trois circonstances et récidive. Enfin il a fait l'objet de 21 signalements depuis le 6 mars 2018 essentiellement pour des affaires de vol. Par un arrêté du 23 janvier 2025, la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 5 ans et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. M. E, actuellement retenu au centre de rétention de Palaiseau, demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur les moyens communs à l'encontre des décisions litigieuses :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-318 du 29 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département de l'Essonne, la préfète de ce département a donné à Mme A D, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire, signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.
3. Les décisions en litige visent les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E, ainsi que les éléments sur lesquels la préfète de l'Essonne s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, l'interdire de retourner sur le territoire français pour une durée de 5 ans, et pour fixer le pays de destination. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions doit être écarté.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté du 23 janvier 2025 porterait au droit de M. E, âgé de 36 ans, célibataire et sans enfants, au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. En effet, s'il réside en France depuis 7 ans, il n'exerce cependant aucune activité professionnelle. Si son frère réside en France, il n'établit cependant pas l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine. La préfète n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ().
7. Il ressort des pièces du dossier, notamment de son procès-verbal d'audition en date du 12 mai 2021, que M. E déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2017 et qu'il est dépourvu de tout titre de séjour. Par suite la préfète de l'Essonne pouvait légalement fonder sa décision sur la disposition précitée.
8. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union " ; qu'aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".
9. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Il ressort des pièces du dossier, que le requérant a refusé le 23 janvier 2025 de répondre à la convocation de la police aux frontières et de communiquer toute information sur sa situation personnelle. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée doit être écarté.
10. Pour les motifs exposés aux points 5 et 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
11. M. E n'a pas établi l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite l'exception d'illégalité soulevée à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire de départ volontaire doit être écartée.
12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). " et aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public;()
13. Il ressort des motifs de l'arrêté, qui ne sont pas contestés, que M. E a été condamné par la chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris par jugement en date du 20 août 2024 à 4 mois d'emprisonnement pour menaces de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et violences sur un fonctionnaire de police suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours. Il avait été déjà condamné par la même juridiction à 3 mois d'emprisonnement pour vol le 23 octobre 2021 et le 30 mai 2018 à 8 mois d'emprisonnement pour vol aggravé par trois circonstances et récidive. Par suite la préfète de l'Essonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai en estimant que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
14. M. E n'a pas établi l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite l'exception d'illégalité soulevée à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écartée.
Sur la décision fixant le pays de destination :
15. M. E n'a pas établi l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite l'exception d'illégalité soulevée à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écartée.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 janvier 2025 de la préfète de l'Essonne doivent être rejetées, ainsi que celles, par voie de conséquence, à fins d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : la requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et à la préfète de l'Essonne.
Lu en audience publique le 13 février 2025.
Le magistrat désigné,
signé
M. Brumeaux Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026