jeudi 13 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2501128 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 31 janvier 2025 et le 12 février 2025, au greffe du tribunal, M. E D, représenté par Me Silva Machado, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2025 par lequel le préfet des Hauts de Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation ;
Il soutient que :
- les décisions en cause ont été prises par une autorité administrative incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles méconnaissent sa situation ;
La requête a été communiquée au préfet des Hauts de Seine, qui as produit un mémoire en défense enregistré le 10 février 2025. Le préfet conclut au rejet de la requête et fait valoir qui les moyens présentés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Brumeaux pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux article L. 921-1 et L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L. 922-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 février 2025 :
- le rapport de M. Brumeaux ;
- les observations de Me Silva Machado, avocat, représentant M. E, assisté de M. A, interprète en langue anglaise. Il conclut aux mêmes fins que la requête et soutient que l'arrêté attaqué méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Les faits à l'origine de l'interpellation n'ont pas connu de suite pénale. Si M. E consomme des stupéfiants, il ne trouble pas l'ordre public. Il participe à une vie familiale soudée et sa fille aînée est en possession d'un titre de séjour. Ainsi l'arrêté du 30 janvier 2025 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
- le préfet des Hauts de Seine n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant philippin, né le 20 février 1978, est entré sur le territoire français le 15 janvier 2015 avec un visa court séjour. Il a été interpellé pour des faits de séquestration et de menaces de mort réitérées. Il avait fait l'objet d'un arrêté d'obligation de quitter le territoire le 30 août 2021 auquel il ne s'est pas conformé. Par un arrêté du 30 janvier 2025, le préfet des Hauts de Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. M. E, actuellement retenu au centre de rétention de Plaisir, demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, attachée de l'administration de l'Etat, adjointe au chef de bureau de l'éloignement et des examens spécialisés, qui bénéficiait, par arrêté SGAD n°2025-01 du 15 janvier 2025, d'une délégation du préfet des Hauts-de-Seine à l'effet de signer les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. Les décisions en litige visent les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet des Hauts de Seine s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, l'interdire de retourner sur le territoire français pour une durée de 3 ans, et pour fixer le pays de destination. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ° 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () .
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment dans son procès-verbal d'audition en date du 29 janvier 2025que M. E déclare être entré régulièrement en France le 15 janvier 2015 avec un visa court séjour et qu'il s'est maintenu sur le territoire français sans régulariser sa situation Par suite le préfet de l'Essonne pouvait légalement fonder sa décision sur la disposition précitée.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté du 30 janvier 2025 porterait au droit de M. E, au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. En effet, s'il réside en France depuis 10 ans, ses revenus, inférieurs à 3000 euros en 2023, ne permettent pas d'entretenir son épouse et ses enfants, dont trois sont entrés en France en 2018. Comme il ressort du procès-verbal d'interpellation du 28 janvier 2025, il maltraite sa famille quand il est sous l'emprise de stupéfiants. Il a par ailleurs soutenu à l'audience ne pas faire l'objet des soins pour guérir de sa toxicomanie. Il n'établit pas plus l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs il n'a pas pris une décision contraire à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
8. Pour les motifs exposés aux points 5 et 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). " et aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public;() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;() "
10. Il ressort des motifs de l'arrêté, qui ne sont pas contestés, que M. E a été interpellé pour des faits de séquestration et de menaces de mort et qu'il n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement en date du 31 août 2021. Par suite le préfet des Hauts de Seine n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai en estimant que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, même si les faits à l'origine de l'interpellation ne connaissent pas de suite pénale et qu'il existait un risque qu'il se soustrait à l'obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet.
Sur la décision fixant le pays de destination :
11. Si M. E soutient que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ce moyen n'est toutefois pas assorti des moyens qui permettraient d'en apprécier la portée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 janvier 2025 du préfet des Hauts de Seine doivent être rejetées, ainsi que celles, par voie de conséquence, à fins d'injonction et celles relatives aux frais de justice.
D E C I D E :
Article 1er : la requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E et au préfet des Hauts de Seine.
Lu en audience publique le 13 février 2025.
Le magistrat désigné,
signé
M. Brumeaux Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet des Hauts de Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026