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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2501519

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2501519

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2501519
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHORTANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 février 2025, Mme C D et M. B D, représentés par Me Hortance, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner au Rectorat de Versailles de demander à l'UEMA des Mureaux de réexaminer leur décision de refus d'admission de leur enfant A, dans les meilleurs délais et au maximum dans un délai de trois semaines à compter de la notification de la présente ordonnance ;

2°) à défaut, d'ordonner au Rectorat de Versailles de proposer une nouvelle orientation de leur enfant A vers une autre UEMA dans les meilleurs délais et au maximum dans un délai de trois semaines à compter de la notification de la présente ordonnance ;

3°) d'ordonner au Rectorat de Versailles, dans l'attente d'une orientation en UEMA ou en cas d'impossibilité d'orienter A vers une UEMA, d'affecter à leur fille une aide humaine individuelle pour une durée de vingt (20) heures hebdomadaires et huit (8) heures de périscolaire, dans les conditions prévues par la décision du 11 juillet 2024 et du 4 octobre 2024 de la commission des droits de l'autonomie des personnes handicapées, dans les meilleurs délais et au maximum dans un délai de trois semaines à compter de la notification de la présente ordonnance ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent qu'il devient désormais très urgent que l'académie de Versailles mette en place les moyens nécessaires pour assurer le recrutement d'une AESH pour leur enfant ; il est porté une atteinte suffisamment grave et manifestement illégale au droit à l'éducation et à l'égal accès à l'instruction ; en effet, l'enfant A a été diagnostiquée d'un trouble de neurodéveloppement complexe associant un trouble du spectre de l'autisme caractérisé notamment par un déficit de communication et des interactions sociales, une difficulté dans le développement du langage, un déficit attentionnel et un manque d'aisance motrice ; l'enfant A doit bénéficier d'un accompagnement et de soins spécifiques parallèles à sa scolarisation ; actuellement, elle ne bénéficie d'aucun accompagnement à l'école et se retrouve dans une classe de 26 élèves éveillant une surcharge sensorielle pour elle ainsi que des troubles du comportement ; plus grave et comme l'attestent l'enseignante et la directrice de son école, A peut se retrouver livrée à elle-même en classe ou pendant la récréation, créant ainsi une insécurité physique, morale et affective ; il ressort en outre des comptes-rendus et des certificats de plusieurs professionnels médicaux entourant A qu'une orientation en UEMA serait le plus adaptée pour elle ; l'absence de désignation d'une AESH n'était censée être temporaire puisque la CDAPH avait finalement accepté que A soit réorientée vers l'UEMA des Mureaux ; le refus opposé le 5 février dernier par l'UEMA des Mureaux change la donne puisqu'il existe désormais un risque important que cette situation perdure jusqu'à la fin de l'année.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Marc, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour exercer les fonctions de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. D'une part, lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 précité de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

3. D'autre part, sur le fondement de l'article L. 521-2, le juge des référés peut ordonner à l'autorité compétente de prendre, à titre provisoire, des mesures d'urgence qui lui apparaissent nécessaires pour sauvegarder, à très bref délai, la liberté fondamentale à laquelle il est gravement, et de façon manifestement illégale, porté atteinte. Le caractère manifestement illégal de l'atteinte doit s'apprécier notamment en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises.

4. Enfin, l'égal accès à l'instruction, garanti par le treizième alinéa du préambule de la Constitution de 1946, auquel se réfère celui de la Constitution de 1958, et confirmé par l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. La privation pour un enfant, notamment s'il souffre d'un handicap, de toute possibilité de bénéficier d'une scolarisation ou d'une formation scolaire adaptée, selon les modalités que le législateur a définies afin d'assurer le respect de l'exigence constitutionnelle d'égal accès à l'instruction, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte, d'une part, de l'âge de l'enfant, d'autre part, des diligences accomplies par l'autorité administrative compétente, au regard des moyens dont elle dispose.

5. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 11 juillet 2024, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées des Yvelines (CDAPH) a rejeté la demande d'orientation vers une UEMA (Unité d'Enseignement Maternelle Autisme) formée par les requérants pour leur fille A, née le 22 avril 2021, mais leur a accordé une aide humaine individuelle pour une durée de 12 heures par semaine, du 11 juillet 2024 au 31 juillet 2027. Un projet personnalisé de scolarisation a alors été mis en place le 4 octobre 2024, prévoyant la présence d'accompagnant d'élève en situation de handicap (AESH) pour une durée de 20 heures par semaine et de 8 heures en périscolaire, dans l'attente de la commission d'entrée en UEMA. Les requérants ont formé un recours administratif préalable obligatoire, le 31 juillet 2024, contre la décision du 11 juillet 2024 et, par une décision du 19 décembre 2024, se substituant à celle du 11 juillet 2024, la CDAPH a finalement décidé une orientation de l'enfant A vers une UEMA, pour la période courant du 19 décembre 2024 au 31 juillet 2027, soit l'UEMA des Mureaux, dépendant du SESSAD André Larcher. Or, par un courrier du 5 février 2025, le SESSAD André Larché des Mureaux a indiqué aux requérants que l'état clinique de l'enfant A était incompatible avec une admission dans ce dispositif et que le rythme imposé au sein de l'UEMA n'était pas en adéquation avec ses problématiques actuelles. Par ailleurs, ainsi que l'indiquent les requérants dans leurs écritures, le 6 février 2025, Mme D a été reçue par la commission de la CDAPH où elle a pu expliquer la situation de A, en présence d'une représentante de l'agence régionale de santé, afin de comprendre pourquoi A avait été refusée à l'UEMA des Mureaux.

6. Par suite, au jour de la présente ordonnance, il ne résulte ni de l'ensemble de ces éléments ni d'ailleurs de l'ensemble des pièces du dossier que l'admission de l'enfant A au sein de l'UEMA précitée présenterait le caractère d'une urgence particulière rendant nécessaire l'intervention, dans les quarante-huit heures, d'une mesure destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. De plus, s'agissant de l'absence d'AESH, il résulte des termes mêmes de la décision du 19 décembre 2024, laquelle s'est, ainsi que cela a été dit, substituée à celle du 11 juillet 2024, que la CDAPH n'a pas décidé l'attribution de cette aide humaine spécialisée, de sorte que la condition d'urgence particulière prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'apparaît pas, en l'état de l'instruction, davantage satisfaite. Enfin, et en tout état de cause, il n'appartient pas au Rectorat de l'académie de Versailles, s'agissant d'une décision de la CDAPH, de proposer une nouvelle orientation de l'enfant A vers une autre UEMA.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme et M. D doit être rejetée, par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de Mme et M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D et à M. B D.

Fait à Versailles, le 13 février 2025.

La juge des référés,

signé

E. Marc

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2501519

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