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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2510200

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2510200

jeudi 19 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2510200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantDOGAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté préfectoral de l'Essonne lui enjoignant de quitter le territoire français. La juridiction a estimé que la motivation de l'arrêté, qui fondait la mesure sur l'absence de titre de séjour et d'entrée régulière, était suffisante et ne révélait pas de défaut d'examen individuel de sa situation. Elle a également jugé que le droit au maintien sur le territoire prévu à l'article L. 541-1 du CESEDA n'était plus applicable après le rejet définitif de sa demande d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2025, M. B... A..., représenté par Me Dogan, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 17 août 2025 par lequel la préfète de l’Essonne l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d’enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation dans le délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées, révélant un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait son droit à se maintenir sur le territoire prévu par l’article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2025, la préfète de l’Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par M. A... ne sont pas fondés.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gibelin, rapporteur, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ressortissant turc né le 20 avril 1992, entré en France en janvier 2022 selon ses déclarations, a fait l’objet par un arrêté du 17 août 2025 de la préfète de l’Essonne de décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination. Par la présente requête, l’intéressé demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

En premier lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (…) ». Aux termes de l’article L. 721-3 du même code : « L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français (…) ».

L’arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait constituant le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. En effet, après avoir rappelé les textes dont la préfète a fait application, l’arrêté énonce les éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A.... Il indique, en particulier, l’état civil du requérant et sa nationalité, la date alléguée de son arrivée en France et le fondement juridique de la mesure d’éloignement. Il expose, par ailleurs, les éléments de fait déterminants propres à la situation du requérant ayant justifié la mesure d’éloignement, notamment la circonstance qu’il ne peut justifier d’une entrée régulière sur le territoire français et s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour. L’arrêté précise également que l’intéressé n’allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine Ainsi, ces décisions, qui n’avaient pas à mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à sa situation, répondent aux exigences de motivation posées par les dispositions citées au point précédent. Il ne ressort en outre ni des termes de l’arrêté litigieux, ni des pièces du dossier que la préfète n’aurait pas, avant de prendre les décisions contestées, procédé à un examen particulier de la situation de M. A.... Par suite, les moyens tirés de l’insuffisance de motivation et du défaut d’examen particulier doivent être écartés.


En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Le demandeur d’asile dont l’examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ». Aux termes de l’article L. 542-1 du même code : « En l’absence de recours contre la décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l’article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. (…). ». Aux termes de l’article R. 532-53 du même code : « Les décisions de la Cour nationale du droit d'asile sont lues en audience publique. Leur sens est affiché au siège de la cour le jour de leur lecture. ». Enfin, l’article R. 532-57 de ce code dispose : « La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d’asile qui figure dans le système d’information de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu’à preuve du contraire ».

Il résulte des dispositions précitées que l’étranger qui demande l’asile a le droit de se maintenir à ce titre sur le territoire national jusqu’à ce que la décision rejetant sa demande lui ait été notifiée régulièrement par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé devant la Cour nationale du droit d’asile, jusqu’à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d’asile ou, s’il est statué par ordonnance, jusqu’à la date de sa notification.

Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l’extrait de l’application « TelemOpfra » produit par la préfète de l’Essonne, dont les mentions font foi jusqu’à preuve du contraire, que la décision de la Cour nationale du droit d’asile rejetant la demande d’asile de M. A... a fait l’objet d’une lecture en audience publique le 9 avril 2024 et a été notifiée le 19 avril suivant, soit antérieurement à la décision attaquée. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait méconnu son droit au maintien sur le territoire prévu par l’article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

Si le requérant, à qui le bénéfice de l’asile a été refusé le 9 novembre 2023 par l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 9 avril 2024, soutient qu’il encourt des risques graves en cas de retour en Turquie en raison de son engagement politique pro-kurde, il ne produit aucune pièce ni aucun élément à l’appui de ses allégations et n’établit ainsi pas la réalité des craintes alléguées et des risques auxquels il serait personnellement exposé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.


Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la préfète de l’Essonne.


Délibéré après l'audience du 26 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2026.

Le rapporteur,


signé

F. GibelinLa présidente,


signé

J. Lellouch
La greffière,


signé

A. Gateau


La République mande et ordonne à la préfète de l’Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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