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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2510791

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2510791

jeudi 12 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2510791
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantDJIDJIRIAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant algérien, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral de juillet 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour un an. La juridiction a jugé que le préfet du Val-de-Marne était compétent pour prendre cette décision, en vertu d'un arrêté de délégation régulier de novembre 2024, et a rejeté les moyens invoqués, notamment ceux tirés d'une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle a également été rejetée pour défaut de justification.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 8 septembre 2025, enregistrée le 12 septembre 2025 au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal, en application de l’article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. C....

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun le 23 juillet 2025, M. A... C..., représenté par Me Djidjirian, demande au tribunal :

1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler l’arrêté du 21 juillet 2025 par lequel le préfet du Val-de-Marne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an en l’informant qu’il faisait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen (SIS) ;

3°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de mettre fin à son signalement aux fins de non admission dans le système d’information Schengen ;



4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Djidjirian renonce à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.

Il soutient que :
Sur l’arrêté dans son ensemble :
- il est entaché d’incompétence ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dans la mesure où elle se fonde sur des circonstances inexactes et méconnait sa situation individuelle ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation s’agissant des conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- elle est entachée d’une erreur de fait et méconnait l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il ne présente pas de risque de fuite ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2025, le préfet du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés sont infondés.


La clôture de l’instruction a été fixée au 4 novembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Geismar été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :
M. A... C..., ressortissant algérien né en 2005, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 21 juillet 2025 par lequel le préfet du Val-de-Marne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an.
Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : « L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. (…) / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ».

Si le requérant sollicite le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire, il ne justifie pas avoir déposé une demande d’aide juridictionnelle ni qu’il remplirait l’une des conditions énoncées au point précédent. Dès lors, ses conclusions ne peuvent qu’être rejetées.

Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

Par un arrêté n° 2024/03899 du 18 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 209 de la préfecture du Val-de-Marne du même jour, le préfet du Val-de-Marne a donné délégation à M. B... D..., adjoint à la cheffe du bureau de l’éloignement et du contentieux, à l’effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire des décisions contestées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Val de Marne a procédé à un examen particulier de la situation du requérant, évoquant son parcours ainsi que sa situation familiale, et notamment la circonstance, qu’étant entré irrégulièrement sur le territoire en février 2024, il n’a pas sollicité l’obtention d’un titre de séjour.

En outre, si M. C... soutient que la décision est entachée d’une erreur de droit au motif qu’elle serait fondée sur des circonstances inexactes, il n’apporte aucune explication sur ce point. Ainsi, son moyen n’est pas assorti des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé.

De même, si le requérant soutient que la décision l’obligeant à quitter le territoire français est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation compte tenu des effets graves qu’elle emporte sur sa situation, il n’apporte aucune explication circonstanciée sur ce point alors qu’il ressort des termes de l’arrêté attaqué que l’intéressé est célibataire et sans charge de famille en France, où il serait entré en février 2024.

Enfin, aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ».

Si M. C... soutient que l’arrêté en litige porte atteinte à sa vie privée et familiale, il n’établit la réalité de celle-ci par aucune pièce justificative, et ne conteste pas les termes de la décision attaquée selon lesquels il est célibataire et sans charge de famille. Dès lors, le moyen tiré de la violation de ces stipulations n’est assorti d’aucune précision permettant d’en apprécier le bien-fondé. Il y a lieu, par suite, de l’écarter.

En ce qui concerne la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :

Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :
(…) ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ». Aux termes de l’article L. 612-3 de ce code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (…) ».

La décision attaquée vise l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que l’article L. 612-3 1°. Elle énonce que le requérant, entré irrégulièrement sur le territoire français s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour, circonstance de nature à constituer un risque de soustraction à l’obligation de quitter le territoire français. Elle est donc suffisamment motivée.

Si le requérant soutient que le risque de fuite évoqué par le préfet du Val de Marne n’est pas établi, il n’apporte aucun élément de nature à contredire les éléments factuels résumés dans l’arrêté attaqué. En outre, il ressort du procès-verbal d’audition du 21 juillet 2025, que le requérant a confirmé être entré irrégulièrement sur le territoire français et a manifesté son intention de ne pas exécuter une éventuelle mesure d’éloignement prise à son encontre. Ainsi, le moyen tiré du défaut d’examen de sa situation, de l’erreur de fait, et de la méconnaissance de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doivent être écartés.

Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour :
Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à l’étranger, l’autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l’autorité administrative n’édicte pas d’interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public.». Aux termes de l’article L. 612-10 de ce code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français (…) ».
Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l’autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l’encontre de l’étranger soumis à l’obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu’elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l’un ou plusieurs d’entre eux. Ainsi la décision d’interdiction de retour doit comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l’autorité compétente, au vu de la situation de l’intéressé, de l’ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n’impose que le principe et la durée de l’interdiction de retour fassent l’objet de motivation distinctes, ni que soit indiquée l’importance accordée à chaque critère.
Il incombe ainsi à l’autorité compétente qui prend une décision d’interdiction de retour d’indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l’étranger. Elle doit, par ailleurs, faire état des éléments de la situation de l’intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, à la nature et à l’ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d’éloignement dont il a fait l’objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l’ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l’intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de chacun de ces critères, cette autorité ne retient pas certains éléments correspondant à l’un ou certains d’entre eux au nombre des motifs de sa décision, elle n’est pas tenue, à peine d’irrégularité, de le préciser expressément.
D’une part, M. C... ne justifie pas de circonstances humanitaires qui impliqueraient que l’autorité administrative ne prononce pas d’interdiction de retour à son encontre. D’autre part, s’il soutient dans des termes généraux qu’une telle décision porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, il n’apporte aucun élément relatif à l’existence de ces liens alors qu’il ressort des termes de l’arrêté attaqué, qui ne sont pas contredits et qui sont conformes aux déclarations de l’intéressé lors de son interpellation, qu’il est célibataire et sans charge de famille sur le territoire, où il est entré en 2024. Dans ces conditions, les moyens tirés du défaut d’examen approfondi de sa situation et de la violation de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C... tendant à l’annulation de l’arrêté du 21 juillet 2025 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d’injonction et celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E:


Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au préfet du Val-de-Marne.


Délibéré après l'audience du 19 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Cayla, présidente,
M. Bélot, premier conseiller,
Mme Geismar, première conseillère,


Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2026

La rapporteure,
signé
M. Geismar

La présidente


signé
F. Cayla

La greffière,

signé

G. Le Pre


La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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