Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 septembre 2025 et 1er novembre 2025, M. C... A..., représenté par Me Cohen, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 15 septembre 2025 par lequel le préfet des Yvelines l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant 24 mois ;
2°) d’enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l’intervalle, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ; à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est dépourvue de base légale en conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle repose.
La clôture de l’instruction a été fixée, en dernier lieu, au 18 novembre 2025.
Des pièces, produites par le préfet des Yvelines, ont été enregistrées le 26 février 2026 et n’ont pas été communiquées.
Un mémoire, présenté par le préfet des Yvelines, a été enregistré le 5 mars 2026 et n’a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Ghiandoni,
- et les observations de Me Assor-Doukhan, représentant M. A....
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant algérien né le 10 mars 1982, sollicite l’annulation de l’arrêté du 15 septembre 2025 du préfet des Yvelines en tant qu’il l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant deux ans.
En premier lieu, par un arrêté n° 78-2025-04-10-00003 du 10 avril 2025 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 78-2025-130 du même jour de la préfecture des Yvelines, M. D... B..., chef du bureau de l’éloignement et du contentieux, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions contenues dans l’arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté contesté doit être écarté.
En deuxième lieu, M. A..., ressortissant algérien, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut dès lors qu’être écarté comme inopérant.
En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bienêtre économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
M. A... fait valoir qu’il réside en France depuis 2022 en compagnie de son épouse de nationalité algérienne et de leur fille née le 31 août 2012 en Algérie et scolarisée sur le territoire national depuis l’année scolaire 2021-2022. Toutefois, d’une part, il ressort de la décision attaquée que M. A... a été placé en garde à vue le 14 septembre 2025 à la suite de la plainte déposée par son épouse pour des faits de « violences conjugales », « violences psychologiques » et « menaces par conjoint ». D’autre part, le requérant ne produit pas le titre de séjour de son épouse démontrant le séjour régulier de cette dernière sur le territoire national. En outre, s’il fait valoir qu’en raison de la conversion de son épouse au christianisme, sa famille encourt des risques de persécution en cas de retour en Algérie, il ne démontre pas la réalité de ses allégations par la seule production d’une attestation en ce sens de son épouse en date du 25 octobre 2025 et l’attestation de dépôt d’une demande d’asile déposée par cette dernière le 1er août 2025 en préfecture des Yvelines et enregistrée selon la procédure accélérée. Ainsi, il n’est, en tout état de cause, pas établi que la cellule familiale de M. A... ne pourrait se reconstituer dans son pays d’origine. Enfin, si M. A... se prévaut de son intégration professionnelle en France, il ressort des pièces du dossier que ce dernier n’exerce l’activité d’agent d’entretien sous contrat à durée indéterminée auprès de la société Hestia Net que depuis le 9 septembre 2024 et, au regard du chiffre d’affaires réalisé par l’intéressé entre 2022 et 2025, son activité exercée en qualité d’autoentrepreneur ne présente pas un caractère pérenne. Dans ces conditions, et alors qu’il est constant que M. A... n’a jamais sollicité la délivrance d’un titre de séjour depuis son entrée en France en 2022, il n’est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu’elle poursuit. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu’être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation de sa situation.
En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle repose doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... ne peut qu’être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 16 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Sauvageot, présidente,
Mme Lutz, première conseillère,
Mme Ghiandoni, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2026.
La rapporteure,
Signé
S. Ghiandoni
La présidente,
Signé
J. Sauvageot
La greffière,
Signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.