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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2513566

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2513566

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2513566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCHAIB HIDOUCI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles rejette la requête d'un ressortissant algérien visant l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant son admission au séjour et lui enjoignant de quitter le territoire. Le tribunal estime que la situation du requérant est régie de manière complète par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et non par les articles généraux du code de l'entrée et du séjour des étrangers (CESEDA) invoqués. Il écarte également les griefs tirés d'un défaut d'examen particulier de sa situation et d'une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Chaib Hidouci, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 14 octobre 2025 du préfet des Yvelines en tant qu’il a rejeté sa demande d’admission au séjour et l’a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d’enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention « vie privée et familiale », sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ou portant la mention « salarié » sur le fondement de l’article L. 435-4 de ce code ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de certificat de résidence algérien :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’elle n’a pas été précédée de la saisine de la commission du titre séjour ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle méconnaît le droit d’être entendu prévu par l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2025, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- l’accord franco-algérien du 27 avril 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Silvani a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant algérien, né en 1998, est entré en France, selon ses déclarations, le 1er août 2022. Le 28 mai 2025, il a sollicité son admission au séjour en qualité de conjoint de français sur le fondement de l’article 6-2 de l’accord franco-algérien. Par un arrêté du 14 octobre 2025, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. B... demande l’annulation de cet arrêté en tant qu’il a rejeté sa demande d’admission au séjour et l’a obligé à quitter le territoire.

Sur la décision portant refus de séjour :

En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet des Yvelines n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B.... Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen complet de sa situation ne peut qu’être écarté.


En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 111-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le présent code régit, sous réserve (…) et des conventions internationales, l’entrée le séjour et l’éloignement des étrangers en France (…) ». Les stipulations de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Par suite, les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, relatives à la délivrance d’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » de même que celles de l’article L. 435-4 de ce code, relatives à la délivrance d’une carte de séjour portant la mention « travailleur temporaire » ou « salarié », ne leur sont applicables. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit par suite être écarté comme inopérant.,

En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ».

M. B... soutient qu’il réside en France depuis 2022, qu’il entretient depuis plus de trois ans une relation stable avec une ressortissante française avec laquelle il s’est marié le 10 mai 2025 et qui est enceinte depuis le mois de novembre 2025. Il produit également un contrat de travail à durée indéterminée signé le 13 octobre 2022. Toutefois, ces éléments ne sauraient suffire à eux-seuls à établir un ancrage suffisamment solide et ancien de l’intéressé en France, alors qu’il se prévaut d’une durée de présence sur le territoire de seulement trois années à la date de la décision attaquée, qu’il justifie, par les pièces qu’il produit, d’une durée de mariage avec une ressortissante française de seulement cinq mois à cette même date et d’une relation avec celle-ci d’environ deux années. Enfin, l’état de grossesse de sa femme est postérieur à la décision contestée. Dans ces conditions, et alors qu’il n’établit pas ni même n’allègue être dépourvu d’attaches dans son pays d’origine dans lequel il a vécu jusqu’à l’âge de 24 ans, M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l’autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; (…) ». Il résulte de ces dispositions que l’autorité administrative n’est tenue de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour la délivrance des titres de séjour qu’elles visent, ou des stipulations équivalentes de l’accord franco-algérien, auxquels elle envisage de refuser la délivrance d’un titre de séjour. Ainsi et alors que le requérant ne conteste pas les motifs par lesquels le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de délivrance de certificat de résidence algérien sur le fondement de l’article 6-2 de l’accord franco-algérien, il n’est pas fondé à soutenir qu’il appartenait au préfet des Yvelines de consulter la commission du titre de séjour en application de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

Aux termes de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l’Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d’être entendue avant qu’une mesure individuelle qui l’affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (...) ». Si les dispositions de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l’objet d’une mesure d’éloignement telle qu’une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l’Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu’il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d’éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n’est susceptible d’affecter la régularité de la procédure à l’issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu’il lui revient, le cas échéant, d’établir devant la juridiction saisie.

M. B... a pu présenter les observations qu’il estimait utiles dans le cadre de sa demande de certificat de résidence algérien. Par ailleurs, alors qu’il ne pouvait ignorer qu’en cas de rejet de sa demande, il était susceptible de faire l’objet d’une mesure d’éloignement, il n’allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêché de présenter des observations complémentaires avant que ne soit prise la mesure d’éloignement en litige. En outre, M. B... ne se prévaut d’aucun élément pertinent qu’il aurait été empêché de faire valoir et qui aurait pu influer sur le sens de la décision prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu et de la méconnaissance de l’article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction et celles relatives aux frais d’instance.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.




Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 20 mars 2026, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,
- M. Marmier, premier conseiller,
- Mme Silvani, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.


La rapporteure,

Signé

C. Silvani



La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud



La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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