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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2514256

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2514256

vendredi 16 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2514256
TypeDécision
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de Mme C..., ressortissante russe, qui contestait l'arrêté du préfet des Yvelines ordonnant son transfert aux autorités allemandes pour l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé, pris par une autorité compétente et que la procédure, notamment la remise des brochures prévues par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013, avait été respectée. Il a également estimé que la présence du mari en France et le rejet antérieur de la demande d'asile en Allemagne ne constituaient pas une erreur manifeste d'appréciation. La requérante a été admise à l'aide juridictionnelle provisoire, mais ses conclusions en annulation et ses demandes d'injonction et de frais d'instance ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2025 et complétée par des pièces enregistrées le 10 décembre 2025, Mme B... C..., représentée par Me Raymond, demande au Tribunal :

de l’admettre à l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
d’annuler l’arrêté du 19 novembre 2025 par lequel le préfet des Yvelines a décidé son transfert aux autorités allemandes pour l’examen de sa demande d’asile ;
d’enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de demandeur d’asile en France dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement ;
de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2.000 euros au titre des frais d’instance.

Elle soutient que cet arrêté est :
- pris par une autorité incompétente ;
- dépourvu d’une motivation suffisante ;
entaché d’un vice de procédure car on ne lui a pas remis les brochures prévues par l’article 4 du règlement européen 604/2013 ;
entaché d’une erreur manifeste d’appréciation en raison de la présence en France de son mari, qui est en situation régulière et alors que les autorités allemandes ont déjà rejeté sa demande d’asile.

Le préfet des Yvelines, représenté par Me Claisse, a produit des pièces enregistrées le 9 décembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l’État membre responsable de l’examen d’une demande de protection internationale introduite dans l’un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Gosselin pour se prononcer sur les litiges mentionnés aux articles L. 776-1, L. 776-2, L. 771-1 à L. 777-3 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Après avoir entendu, au cours de l’audience publique du 10 décembre 2025 qui s’est tenue en présence de Mme Amegee-Gunn, greffière :
le rapport de Mme Gosselin, magistrat désigné ;
les observations de Me Ill, substituant Me Claisse, qui conclut au rejet de la requête et rappelle que que la décision attaquée n’es pas entachée d’erreur manifeste d’appréciation, que la requérante n’apporte la preuve d’aucun mauvais traitement en Allemagne et que même si elle a déjà fait l’objet d’une décision de rejet, elle peut toujours demander un réexamen de sa demande aux autorité allemandes.

La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

Mme B... C..., de nationalité russe, née le 19 octobre 2002 à Achkoy Marton (Russie), a déposé une demande d’asile le 13 octobre 2025 ; la consultation des données de l’unité centrale Eurodac lors de l’instruction de cette demande a révélé qu’elle avait franchi irrégulièrement la frontière allemande puis la frontière polonaise en venant d’un pays tiers. Si les autorités polonaises n’ont pas accepté son transfert, en revanche, les autorités allemandes, saisies par le préfet des Yvelines le 14 octobre 2025 d’une demande de reprise en charge de l’intéressée, ont donné leur accord le 16 octobre suivant pour la réadmission de la requérante. Par arrêté du 19 novembre 2025, le préfet des Yvelines a décidé de remettre Mme C... aux autorités allemandes ; par la présente instance, cette dernière en demande l’annulation.

Sur la demande d’aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l’article 3 de la loi de 1991 susvisé : « L'aide juridictionnelle est accordée sans condition de résidence…aux personnes faisant l'objet de l'une des procédures prévues aux articles L. 251-1 à L. 251-8, L. 342-5 à L. 342-15, L. 432-15, L. 572-4, L. 572-7, L. 611-1 à L. 612-12, L. 614-1 à L. 614-4, L. 632-1, L. 632-2 et L. 743-3 à L. 743-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile… »..


3. Mme C... relevant de ces dispositions, il y a lieu de l’admettre à l’aide juridictionnelle à titre provisoire.


Sur les conclusions en annulation :


4. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2025-04-10-00003 du 10 avril 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, M. D... A..., signataire de la décision attaquée, attaché principal d’administration de l’Etat et chef du bureau de l’asile, a reçu délégation du préfet des Yvelines pour signer l’arrêté attaqué. Par suite le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur doit être écarté.


5. En deuxième lieu, l’arrêté, après avoir rappelé l’état civil de Mme C..., sa situation familiale ainsi que sa situation administrative, rappelle également les dispositions de l’article 13 du règlement européen n° 604/2013 susvisé, fondement légal sur lequel il a été pris. Par suite il est suffisamment motivé.


6. En troisième lieu, aux termes de l’article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : « Dès qu’une demande de protection internationale est introduite au sens de l’article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l’application du présent règlement, et notamment : a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d’une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d’un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l’État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; b) des critères de détermination de l’État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu’une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n’est pas fondée sur ces critères ; c) de l’entretien individuel en vertu de l’article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d’exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; f) de l’existence du droit d’accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l’objet d’un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l’article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu’il la comprend. (…) / 3. La Commission rédige, au moyen d’actes d’exécution, une brochure commune (…), contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives (…) à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac (…) ». Il résulte de ces dispositions que le demandeur d’asile auquel l’administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu’il est susceptible d’entrer dans le champ d’application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l’autorité administrative décide de refuser l’admission provisoire au séjour de l’intéressé au motif que la France n’est pas responsable de sa demande d’asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu’il comprend. Cette information doit comprendre l’ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l’article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l’autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d’asile une garantie.

7. Il ressort des pièces du dossier que, lors de l’entretien individuel qui s’est tenu le 13 octobre 2025, les documents d’information A et B, intitulés respectivement « Je suis sous procédure Dublin- qu’est-ce que cela signifie ? » et « J’ai demandé l’asile dans l’Union européenne - quel pays sera responsable de l’analyse de ma demande ? », qui lui étaient nécessaires pour bénéficier d’une information complète sur l’application du règlement du 26 juin 2013, ont été remis à Mme C... en russe, langue que l’intéressée a déclaré comprendre et avec son accord, comme la signature de celle-ci sur la couvertures desdites brochures l’établit. Au regard de l’ensemble de ces éléments, il y a lieu d’écarter le moyen.

8. En quatrième lieu, Mme C... soutient que la décision attaquée serait entachée d’erreur manifeste d’appréciation dès lors que son mari serait en France, en situation régulière. Mais elle ne produit aucun élément en ce sens.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme C... n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté du préfet des Yvelines du 19 novembre 2025 et sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C... est admise à l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme C... est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2026.


Le magistrat désigné,


C. GosselinLa greffière,


E. Amegee-Gunn

La République mande et ordonne au ministre de l’Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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