Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2025, M. A... E... C..., représenté par Me Haik, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 27 octobre 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte et, dans l’attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs :
l’arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
il n’est pas suffisamment motivé ;
les conditions d’accès aux données du fichier automatisé des empreintes digitales sont irrégulières dès lors que le préfet ne justifie pas de ce que l’agent ayant consulté le fichier de traitement des antécédents judiciaires disposait d’une habilitation à cet effet et que les informations mentionnées dans le fichier n’ont pas été vérifiées auprès des services de police ou de gendarmerie ;
il ne représente pas une menace à l’ordre public ;
En ce qui concerne la décision l’obligeant à quitter le territoire français :
il a été privé du droit d’être entendu ;
elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
elle est entachée d’une erreur d’appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas présenté d’observations.
Par une ordonnance du 2 décembre 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 5 janvier 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Marmier a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C..., ressortissant mauricien, entré en France en 2009, demande l’annulation de l’arrêté du 27 octobre 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne les moyens communs :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2025-0534 du 6 février 2025, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 93-2025-02-06 de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le préfet de ce département a donné délégation à M. B... D..., adjoint au chef du bureau de l’éloignement, signataire de l’arrêté litigieux, à l’effet de signer, notamment, les obligations de quitter le territoire français, les décisions d’interdiction de retour sur le territoire français, les décisions fixant le délai de départ et les décisions fixant le pays vers lequel sera éloigné l’étranger faisant l’objet d’une mesure d’éloignement. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l’arrêté vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C..., et notamment sa situation administrative et pénale, ainsi que les autres éléments sur lesquels le préfet s’est fondé pour l’obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, pour fixer le pays de renvoi et pour l’interdire de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d’en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation ne peut qu’être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l’article R. 40-38-1 du code de procédure pénale : « Le ministre de l'intérieur (direction générale de la police nationale) est autorisé à mettre en œuvre un traitement de données à caractère personnel dénommé fichier automatisé des empreintes digitales (FAED). Ce traitement a pour finalités de faciliter : (…) 7° L’identification d’un étranger dans les conditions prévues à l’article L. 142-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. »
5. D’une part, la circonstance que l’agent ayant procédé à la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales n’aurait pas été individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l’accès à ce traitement, n’est pas, par elle-même, de nature à entacher la décision prise par le préfet de la Seine-Saint-Denis d’obliger M. C... à quitter le territoire français. D’autre part, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l’article
R. 40-29 du code de procédure pénale qui sont relatives au fichier « traitement des antécédents judiciaires » qui n’est pas celui sur lequel s’est fondé le préfet de la Seine-Saint-Denis pour prendre la décision contestée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’irrégularité de la procédure d’accès aux données du fichier automatisé des empreintes digitales doit être écarté.
6. En cinquième lieu, pour prendre l’arrêté contesté, le préfet de la Seine-Saint-Denis a relevé que M. C... figurait au fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de violences conjugales, trafic et revente sans usage de stupéfiants, association de malfaiteurs, détention de produits stupéfiants et recel de bien provenant d’un vol. Si le requérant conteste avoir commis ces faits, il se borne, pour l’établir, à soutenir qu’il n’a fait l’objet d’aucune condamnation depuis son entrée en France, sans produire aucune pièce pour le justifier, alors qu’il ressort du procès-verbal de l’avis de la commission du titre de séjour du 24 juin 2022 qu’il a été condamné à une peine de quatre mois d’emprisonnement pour détention non autorisée de stupéfiants et qu’il a été placé en mandat de dépôt pour une durée d’un mois en mai 2015. En outre, la circonstance qu’il ait bénéficié d’un titre de séjour d’une durée d’un an en septembre 2022 ne peut utilement contredire les faits qui lui sont reprochés. Dans ces conditions, le motif tiré de ce que M. C... représente une menace à l’ordre public n’est pas entaché d’une erreur d’appréciation. Le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision l’obligeant à quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l’Union. » Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : « Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d’être entendue avant qu’une mesure individuelle qui l’affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (...). ».
8. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne que ces dispositions s’adressent non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l’Union. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d’être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l’Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d’une procédure administrative avant l’adoption de toute décision susceptible d’affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l’autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d’entendre l’intéressé si celui-ci n’indique pas être en possession d’éléments qui, s’ils avaient été connus du préfet, auraient influé sur la décision attaquée.
9. En l’espèce, M. C... soutient qu’il n’a pas été auditionné préalablement à l’édiction de l’arrêté contesté ce qui l’a privé de la possibilité de justifier de son maintien sur le territoire français depuis 2009 et de sa présence en France depuis cette date ainsi que des démarches qu’il a accomplies en vue du renouvellement de son titre de séjour. Toutefois, il ressort des termes de l’arrêté attaqué qu’il mentionne l’arrivée en France de l’intéressé en 2009 et expose les conditions de son séjour en France marquées en dernier lieu par le rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par ailleurs, si le requérant soutient qu’il était titulaire d’un passeport en cours de validité et qu’il disposait d’une résidence stable, de tels éléments n’auraient pas été de nature à exercer une influence sur la mesure d’éloignement qui n’est pas fondée sur ces motifs. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».
11. Il ressort des pièces du dossier que M. C... est entré, en 2009 à l’âge de 19 ans, en France où réside sa sœur de nationalité française mariée et mère de deux enfants, et que ne demeure dans son pays d’origine que sa mère dont il soutient qu’elle est gravement malade. Toutefois, l’intéressé est célibataire et sans enfant. En outre, à la suite de sa période de scolarité jusqu’en juin 2013, il ne justifie d’aucune insertion professionnelle, se bornant à produire deux pièces établissant la recherche d’un emploi en 2022 et 2023 ainsi qu’une promesse d’embauche en date du 12 novembre 2025 postérieure à l’arrêté contesté. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. C... représente une menace à l’ordre public. Dans ces conditions, la décision l’obligeant à quitter le territoire français n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la décision sur la situation de l’intéressé doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
13. Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. » Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. »
14. D’une part, M. C... ne se prévaut d’aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à ce que ne soit pas prononcée une décision d’interdiction de retour sur le territoire français. D’autre part, s’il réside en France depuis 2009 chez sa sœur de nationalité française, il ne justifie d’aucune insertion professionnelle malgré la durée de sa présence en France et constitue une menace pour l’ordre public. Dans ces conditions, en interdisant son retour en France pour une durée d’un an, le préfet de la Seine-Saint-Denis n’a pas entaché sa décision d’une erreur d’appréciation. Le moyen sera écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 27 octobre 2025 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d’injonction sous astreinte et celles tendant à l’application des dispositions de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... E... C... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 20 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Rollet-Perraud, présidente,
M. Marmier, premier conseiller,
Mme Silvani, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.
Le rapporteur,
Signé
A. Marmier
La présidente,
Signé
C. Rollet-Perraud
La greffière,
Signé
A. Lloria
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.