Sujet principal : Demande d'injonction à la préfecture pour obtenir un rendez-vous en vue du dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour.
Juridiction : Tribunal administratif de Versailles (formation de référé).
Solution retenue : Le juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné à la préfète de l'Essonne de convoquer la requérante à un rendez-vous dans un délai de deux mois, sous astreinte. Le juge a estimé que la condition d'urgence était caractérisée par le délai d'instruction anormalement long (trois ans) et l'imminence de l'expiration de sa demande en ligne, l'exposant à un préjudice grave (retour en fin de file d'attente).
Textes appliqués : Article L. 521-3 du code de justice administrative (référé mesures utiles), et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'examen des demandes de séjour dans un délai raisonnable.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 février 2026, Mme A... B... épouse C..., représentée par Me Besse, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre à la préfète de l’Essonne, dans le délai de deux mois à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, de la convoquer à un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à lui verser au titre de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite dès lors que la mesure sollicitée est nécessaire à la protection de ses droits en ce qu’elle est placée dans une situation précaire, que sa demande de rendez-vous expirera le 20 février 2026 et qu’elle est exposée à un risque d’éloignement ;
- la mesure est utile en ce qu’elle lui permettra de solliciter la régularisation de sa situation administrative et que ses relances ont été présentées en vain ;
- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative.
La requête a été communiquée à la préfète de l’Essonne qui n’a pas produit d’observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l’accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d’emploi fait à Rabat le 9 octobre 1987 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Corthier pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Mme A... B... épouse C..., de nationalité marocaine, née le 22 décembre 1976, est entrée en France le 4 octobre 2017, muni d’un visa de court séjour. Elle a déposé, le 20 février 2023 via la plateforme « démarches simplifiées », une demande d’admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture de l’Essonne. En l’absence de réponse, Mme C... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de la convoquer à un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande d’admission exceptionnelle au séjour.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
D’une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ».
Saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l’article L. 521 3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 de ce code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, même celle qui refuse la mesure demandée, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave.
D’autre part, eu égard aux conséquences qu’a sur la situation d’un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l’enregistrement de sa demande et au droit qu’il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l’autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l’enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. La condition d’urgence est en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous.
Il résulte de l’instruction que le préfet de l’Essonne a mis en place une procédure qui impose aux ressortissants étrangers souhaitant demander leur admission exceptionnelle au séjour de déposer un dossier sur le site « demarches-simplifiees.fr » en vue d’obtenir un rendez-vous en préfecture pour enregistrer leur demande de titre de séjour.
En l’espèce, il résulte de l’instruction que Mme C... a déposé, le 20 février 2023 sous le numéro 11556019, une demande d’admission exceptionnelle au séjour sur le site « démarches-simplifiées » de la préfecture de l’Essonne afin d’obtenir une convocation à un rendez-vous en préfecture pour l’enregistrement de sa demande. Le récapitulatif du dépôt de sa demande d’admission exceptionnelle au séjour laisse apparaître que son dossier expire le 20 février 2026, soit trente-six mois après le dépôt de sa demande. Le dépassement de cette date expose la requérante à la perspective de devoir présenter une nouvelle demande de titre de séjour, la replaçant ainsi à la fin dans l’ordre d’examen des demandes. Par suite, compte tenu du délai anormalement long d’instruction de sa demande et de son expiration à la date de la présente ordonnance, la condition d’urgence posée par les dispositions citées ci-dessus de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, doit être regardée comme satisfaite. Par ailleurs, il n’apparaît pas que la demande de l’intéressé se heurterait à une contestation sérieuse, ni qu’elle ferait obstacle à l’exécution d’une décision administrative.
Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de fixer à Mme C... une date de rendez-vous afin qu’elle puisse y déposer sa demande de titre de séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n’y a, en revanche, pas lieu, en l’état, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés à l’instance :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 800 euros à verser à Mme C... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l’Essonne de fixer à Mme C... un rendez-vous en préfecture afin qu’elle puisse y déposer une demande de titre de séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L’Etat versera à Mme C... une somme de 800 (huit cents) euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... épouse C..., à la préfète de l’Essonne et au ministre de l'intérieur.
Fait à Versailles, le 9 mars 2026.
La juge des référés,
Z. Corthier
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision