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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2601446

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2601446

lundi 9 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2601446
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBESSE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles, statuant en référé, a ordonné à la préfète de l'Essonne de fixer un rendez-vous à un ressortissant marocain pour l'enregistrement de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois. Le juge a estimé que la condition d'urgence de l'article L. 521-3 du code de justice administrative était remplie, compte tenu de l'attente de près de quatre ans du requérant et de l'absence de réponse de l'administration malgré ses multiples relances. La juridiction a également alloué une somme de 800 euros à l'intéressé sur le fondement de l'article L. 761-1 du même code, mais n'a pas prononcé d'astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 février 2026, M. B... A..., représenté par Me Besse, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de lui fixer un rendez-vous pour le dépôt de sa demande de titre de séjour, dans le délai de deux mois à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite dès lors qu’il est maintenu dans une situation de précarité depuis près de quatre ans et qu’il risque de faire l’objet d’une mesure d’éloignement en cas de contrôle de sa situation administrative ;
- la mesure est utile dès lors qu’il a entrepris toutes les démarches nécessaires pour régulariser sa situation, notamment en envoyant plusieurs relances ;
- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative.

La requête a été communiquée à la préfète de l’Essonne, qui n’a produit aucune observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gibelin, premier conseiller, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ». Saisi sur le fondement de ces dispositions d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

2. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. La condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous.

3. Il résulte de l’instruction que le préfet de l’Essonne a mis en place une procédure, à compter du 15 novembre 2021, qui permet aux ressortissants étrangers souhaitant demander leur admission exceptionnelle au séjour de déposer un dossier succinct sur le site « demarches-simplifiees.fr » en vue d’obtenir un rendez-vous en préfecture pour enregistrer leur demande de titre de séjour.

4. Il résulte de l’instruction que M. A..., ressortissant marocain né le 29 novembre 1979, a déposé une demande d’admission exceptionnelle au séjour sur la plateforme « demarches-simplifiees.fr », le 9 mars 2022. Il est, depuis cette date, dans l’attente d’une convocation par les services préfectoraux. En outre, il justifie avoir relancé les services de la préfecture, qui ne lui a pas opposé d’incomplétude du dossier et ne lui a demandé aucune pièce complémentaire, les 1er janvier 2024, 25 février 2025, 4 juin 2025, 1er août 2025, 22 septembre 2025, 18 novembre 2025, 28 novembre 2025, 14 janvier 2026 et 29 janvier 2026, avec pour seule réponse un mail automatique de l’équipe technique de « demarches-simplifiees.fr » l’informant d’une anomalie technique entre le 22 et le 31 octobre 2025. Dans ces conditions particulières, et eu égard à la durée actuelle de traitement des demandes d’admission exceptionnelle au séjour par la préfète de l’Essonne, la condition d’urgence posée par les dispositions précitées de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, doit être, en l’espèce, regardée comme remplie. Par ailleurs, il n’apparaît pas que la demande de l’intéressé se heurterait à une contestation sérieuse et qu’elle ferait obstacle à l’exécution d’une décision administrative.

5. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de communiquer à M. A... une date de rendez-vous pour qu’il puisse enregistrer sa demande de titre de séjour, dans un délai d’un mois, à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, à compter de cet enregistrement et sous réserve du caractère complet de sa demande, le récépissé prévu à l’article R. 431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il n’y a, en revanche, pas lieu, en l’état, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement à M. A... de la somme de 800 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l’Essonne de fixer à M. A... un rendez-vous en préfecture afin qu’il puisse y déposer une demande de titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, à compter de cet enregistrement et sous réserve du caractère complet de sa demande, le récépissé prévu à l’article R. 431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Article 2 : L’Etat versera à M. A... la somme de 800 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur et à la préfète de l’Essonne.


Fait à Versailles, le 9 mars 2026.


Le juge des référés,



F. Gibelin



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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