Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 février et 11 mars 2026, la société civile immobilière de construction-vente (SCCV) Triel Doumer 2, représentée par Me Louche, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 13 janvier 2026 par lequel le maire de la commune de Triel-sur-Seine a refusé de lui délivrer un permis de construire valant permis de démolir, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d’enjoindre au maire de la commune de Triel-sur-Seine de lui délivrer le permis sollicité dans un délai de deux mois ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de permis dans un délai de deux mois à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 800 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la condition d’urgence :
- elle est présumée en application de l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme ;
- elle est satisfaite dès lors que la commune de Triel-sur-Seine est une commune dite carencée au titre des obligations fixées par la loi SRU en matière de logements sociaux ; la réalisation du projet permettra d’améliorer la situation sur ce point et de répondre aux objectifs de mixité sociale.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté attaqué :
- l’arrêté dont il est demandé la suspension a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 424-3 du code de l’urbanisme ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation et d’une erreur manifeste au regard des dispositions des articles 4.1.1 et 4.2.1 du plan local d’urbanisme intercommunal.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2026, la commune de Triel-sur-Seine, représentée par Me Léron, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de la société requérante une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la présomption d’urgence doit être renversée dès lors que la société requérante ne se prévaut pas de ce que la décision contestée la placerait dans une situation d’urgence au regard de sa situation personnelle ou des travaux projetés ; par ailleurs, aucune procédure de carence en logements sociaux n’est actuellement engagée à son encontre ;
- aucun des moyens invoqués n’est propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 11 février 2026 sous le n° 2601864 par laquelle la SCCV Triel Doumer 2 demande l’annulation de l’arrêté attaqué.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Degorce, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 12 mars 2026 à 11 heures, en présence de Mme Petit, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Degorce, juge des référés ;
- les observations de Me Louche, représentant la SCCV Triel Doumer, qui persiste dans ses précédentes conclusions par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Gagnet, représentant la commune de Triel-sur-Seine, qui persiste dans ses précédentes conclusions par les mêmes moyens.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 13 janvier 2026, le maire de la commune de Triel-sur-Seine a refusé d’accorder à la SCCV Triel Doumer 2 un permis de construire valant permis de démolir en vue de la construction d’un immeuble de vingt-neuf logements collectifs sur le terrain sis 12 rue Paul Doumer. Par la présente requête, la SCCV Triel Doumer 2 demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».
En ce qui concerne la condition d’urgence :
3. Aux termes de l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme : « Lorsqu'un recours formé contre une décision d'opposition à déclaration préalable ou de refus de permis de construire, d'aménager ou de démolir est assorti d'un référé introduit sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est présumée satisfaite ».
4. Il résulte de ces dispositions que la condition d’urgence prévue par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite lorsqu’est demandée la suspension d’une décision portant refus de délivrance d’un permis de construire. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où l’autorité qui a formé un tel refus justifie de circonstances particulières. Il appartient alors au juge des référés, pour apprécier si la condition d’urgence est remplie, de procéder à une appréciation globale de l’ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumis.
5. La commune de Triel-sur-Seine fait valoir en défense que le projet en litige est porté par le promoteur immobilier Novalys dont le chiffre d’affaires s’élevait en 2024 à près de 14 millions d’euros avec un taux de croissance en augmentation constante, passant de 19,6% en 2021 à 37,6% en 2024. Elle estime ainsi qu’au regard de sa situation financière stable et des nombreux projets immobiliers qu’elle mène sur l’ensemble du territoire national, l’arrêté refusant son permis de construire ne la place pas dans une situation d’urgence. Par ailleurs, la commune fait valoir qu’aucune procédure de carence en logements sociaux n’est actuellement engagée à son encontre par le préfet des Yvelines et que si elle s’engage en faveur du développement de logements sociaux, elle souhaite voir mener des opérations de qualité afin de préserver le cadre de vie de son territoire. Toutefois, ces considérations ne sont pas, en l’état de l’instruction, de nature à renverser la présomption prévue par l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme. Ainsi, la condition d’urgence requise par l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée, en l’espèce, comme satisfaite.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
6. Aux termes de l’article 4.1.1 du règlement du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) : « Inscription du projet dans son contexte. L’objectif est de concevoir le projet afin qu’il s’inscrive dans la morphologie urbaine et les composantes du paysage, proche ou lointain, qui constituent son environnement. A ce titre, il s’agit de prendre en compte l’insertion du projet à une échelle plus large que celle du seul terrain d’assiette de la construction, et plus particulièrement : - veiller à minimiser son impact visuel dans le paysage, plus ou moins lointain, et notamment à éviter une implantation en rebord de plateau ; - choisir une implantation qui permette de préserver les perspectives sur des éléments bâtis ou végétalisés de qualité, identifiés ou non au plan de zonage ; - inscrire la construction en harmonie avec la composition urbaine et l'échelle du bâti qui l’environnent. (…) ». Aux termes du règlement du PLUi, la zone UDd « correspond aux espaces à dominante résidentielle de morphologie mixte dans lesquels les constructions de type pavillonnaire jouxtent des petits collectifs. Ce tissu est également marqué par des discontinuités qui ouvrent des vues vers des îlots verts. L'objectif est de conserver l'ambiance de ces espaces en préservant une volumétrie modeste des constructions et un front urbain aéré, tout en favorisant l'implantation de petits collectifs, maisons de ville, d'habitat intermédiaire (…) ». Aux termes de l’article 4.2.1 de la zone UDd du même règlement : « La conception des projets. Cette zone regroupe des tissus urbains dans lesquels l'ordonnancement et la volumétrie du bâti sont hétérogènes, tout en créant un front urbain sur rue en ordre discontinu. Les objectifs poursuivis, tant pour les constructions nouvelles que les extensions, sont : - de promouvoir une forme urbaine d'habitat intermédiaire ou de petits collectifs, - de constituer un front urbain structuré et discontinu pour créer transparences vers des îlots verts. Les constructions sont conçues dans la recherche d'une qualité architecturale tout en présentant une simplicité dans leur volume et le traitement de leurs façades. A ce titre, le linéaire des façades des constructions est proportionné à la morphologie du tissu urbain environnant. »
7. En l’état de l’instruction, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation commise par la commune des dispositions des articles 4.1.1 et 4.2.1 du règlement du plan local d’urbanisme est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite de refus de renouvellement de titre de séjour en litige.
8. Pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, en l’état de l’instruction, les deux autres moyens de la requête, tiré de l’incompétence du signataire et de l’insuffisance de motivation, ne paraissent pas susceptibles d’entraîner la suspension de l’arrêté attaqué.
9. Les deux conditions fixées par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l’exécution de l’arrêté du 13 janvier 2026 par lequel le maire de la commune de Triel-sur-Seine a refusé de délivrer à la SCCV Triel Doumer 2 un permis de construire valant permis de démolir.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
10. Compte-tenu des motifs énoncés ci-dessus, il y a lieu d’enjoindre au maire de Triel-sur-Seine de délivrer à la SCCV Triel Doumer 2, à titre provisoire, le permis de construire sollicité, dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n’y a pas lieu, en revanche, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais de l’instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la SCCV Triel Doumer 2 et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de l’arrêté du 13 janvier 2026 par lequel le maire de la commune de Triel-sur-Seine a refusé de délivrer à la SCCV Triel Doumer 2 un permis de construire valant permis de démolir est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Triel-sur-Seine de délivrer à titre provisoire à la SCCV Triel Doumer 2 le permis de construire sollicité dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La commune de Triel-sur-Seine versera 1 000 euros à la SCCV Triel Doumer 2 au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCCV Triel Doumer 2 et à la commune de Triel-sur-Seine.
Fait à Versailles, le 16 mars 2026.
La juge des référés,
Ch. Degorce
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.