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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2602073

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2602073

lundi 16 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2602073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMEGHERBI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles, statuant en référé, a suspendu l'exécution de la décision implicite de rejet opposée à la demande de renouvellement de titre de séjour étudiant d'un ressortissant algérien. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie par présomption et qu'un doute sérieux existait sur la légalité de la décision, notamment au regard des stipulations du protocole de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. En application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, le préfet a été enjoint de réexaminer la demande dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 février 2026, M. A... B..., représenté par Me Megherbi, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision implicite du préfet des Yvelines refusant le renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet des Yvelines de procéder au réexamen de sa situation dans les plus brefs délais et de lui délivrer, dans cette attente, une attestation de prolongation d’instruction d’une durée de six mois ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 800 euros sur le fondement L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la condition d’urgence :
-la condition d’urgence est remplie dès lors qu’il bénéficie d’une présomption d’urgence, que la décision le place en situation précaire et compromet la suite de ses études ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle méconnaît les stipulations du titre III du protocole de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d’erreur de droit, le préfet étant en situation de compétence liée pour prendre la décision de renouveler son titre de séjour étudiant ;




La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Vu :
- les autres pièces du dossier ;
-la requête n°2602074 par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision implicite de rejet.

Vu :
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Mathou pour statuer sur les demandes de référés.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 12 mars 2026 à 10h00, en présence de M. Rion, greffier d’audience :
- le rapport de Mme Mathou, juge des référés ;
- les observations de Me Megherbi, représentant M. B..., qui reprend les conclusions et moyens figurant dans ses écritures et les développe ;
- le préfet des Yvelines n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.






Considérant ce qui suit :



1. M. B..., ressortissant algérien, était titulaire d’un certificat de résidence algérien d’un an en qualité d’étudiant, valable jusqu’au 21 mai 2025. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour, le 14 avril 2025, sur le site de l’administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) de la préfecture des Yvelines. Du silence gardé par le préfet des Yvelines sur cette demande est née une décision implicite de rejet dont M. B... demande la suspension de l’exécution.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».


En ce qui concerne la condition d’urgence :

3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence est en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement ou d’un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l’espèce, il est constant que M. B... a demandé le renouvellement de son titre de séjour. Il peut donc se prévaloir d’une présomption d’urgence. Le préfet des Yvelines, à qui la requête a été communiquée, ne fait état d’aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à cette présomption d’urgence. Par suite, la condition d’urgence prévue par les dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit ainsi être regardée comme étant remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

5. En l’état de l’instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du titre III du protocole de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968, est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. Les deux conditions fixées par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision de rejet née du silence gardé par le préfet des Yvelines sur la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. B....

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

7. En l’espèce, il y a lieu d’enjoindre au préfet des Yvelines de procéder au réexamen de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de le munir, durant tout le temps de cet examen, d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.

Sur les frais de l’instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. B... et non compris dans les dépens.


O R D O N N E :

Article 1er : L’exécution de la décision implicite du préfet des Yvelines refusant à M. B... la délivrance d’un titre de séjour, est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur les conclusions tendant à son annulation.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines de procéder au réexamen de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de le munir, durant tout le temps de cet examen, d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.

Article 3 : L’État versera à M. B... une somme de 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B..., au ministre de l’intérieur et au préfet de l’Essonne.


Fait à Versailles, le 16 mars 2026.


La juge des référés,



C. Mathou


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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