Le Tribunal administratif de Versailles rejette la demande de référé-liberté formée par un candidat aux élections municipales visant à obtenir la mise à disposition d'une salle communale. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, le requérant s'étant placé lui-même dans cette situation en sollicitant la salle tardivement, en méconnaissance d'un délai de prévenance municipal de trois mois. La décision est rendue sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, relatif à la sauvegarde des libertés fondamentales.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 mars 2026 et le 10 mars 2026, M. A... B... demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative d’ordonner à la commune du Couldray-Montceaux de mettre à sa disposition une salle communale adaptée à la tenue d’une réunion publique jeudi 12 ou vendredi 13 mars 2026, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie compte tenu de la proximité immédiate des élections municipales et de la nécessité, avant la fin de campagne, de tenir une réunion d’information indispensable à l’expression démocratique et à l’information des électeurs ; il ne peut lui être reproché de ne pas avoir respecté un délai de prévenance de trois mois, excessif et qui porte atteinte au débat démocratique ; il agit de bonne foi et n’a pas créé la situation d’urgence alors que le motif qui lui a été opposé n’est pas lié au non-respect d’un délai ;
- la décision lui refusant le prêt d’une salle communale porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de réunion et au principe de sincérité du scrutin dès lors que l’absence de règlement intérieur ou de délibération ne peut légalement fonder un refus de mise à disposition d’une salle communale, alors que le maire dispose du pouvoir de prêter les salles sur le fondement de l’article L. 2144-3 du code général des collectivités territoriales ; la commune, qui admet qu’une salle était disponible le 9 mars, refuse de rechercher toute solution alternative ; le principe de neutralité est détourné dès lors qu’il ne saurait justifier la suppression de l’exercice d’une liberté fondamentale ; le grief relatif à la demande de matériel est accessoire dès lors qu’il peut assurer seul la logistique de la réunion.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2026, la commune du Couldray-Montceaux, représentée par Me Pierrepont, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
la condition d’urgence n’est pas remplie dès lors que le requérant s’est placé lui-même dans la situation d’urgence qu’il invoque en ne sollicitant le prêt d’une salle que 10 jours avant la fin de la campagne électorale, en méconnaissance de la délibération municipale du 26 juin 2025 prévoyant un délai de prévenance de trois mois, que le requérant ne saurait ignorer dès lors qu’il est conseiller municipal ;
la décision ne porte pas une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale dès lors que l’ensemble des salles municipales ne sont pas disponibles aux dates sollicitées par le requérant.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Maitre pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience publique du 10 mars 2026.
Au cours de l’audience publique tenue, en présence de Mme Petit, greffière d’audience, ont été entendus :
le rapport de M. Maitre ;
les observations de Me Violette, substituant Me Pierrepont, représentant la commune du Couldray-Montceaux qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que ses écritures en précisant que, si le motif avancé initialement par la directrice générale des services pour refuser le prêt d’une salle n’était pas le plus approprié, la décision peut être fondée sur l’absence de toute disponibilité des salles municipales aux dates demandées alors que le requérant a attendu le dernier moment pour solliciter le prêt d’une salle.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ».
Aux termes l'article L. 2144-3 du code général des collectivités territoriales : « Des locaux communaux peuvent être utilisés par les associations ou partis politiques qui en font la demande. Le maire détermine les conditions dans lesquelles ces locaux peuvent être utilisés, compte tenu des nécessités de l'administration des propriétés communales, du fonctionnement des services et du maintien de l'ordre public. ».
L’utilisation des locaux communaux, dans les conditions fixées par les dispositions citées au point précédent, est l’une des modalités d’exercice de la liberté de réunion, laquelle est une liberté fondamentale au sens des dispositions précitées de l’article L. 521-2 du code de justice administrative. Il appartient aux communes de déterminer dans quelles conditions des locaux dépendant d’elles sont susceptibles d’accueillir des réunions organisées par les groupements politiques. Lorsqu’une telle possibilité est ouverte, un refus ne peut légalement être opposé que pour des motifs tirés des exigences de l'ordre public ou des nécessités de l’administration des propriétés communales.
Il résulte de l’instruction que M. B... a, par courriel du 3 mars 2026 adressé à la directrice générale des services de la commune du Couldray-Montceaux, sollicité la mise à disposition d’une salle municipale pour la tenue d’une réunion publique dans le cadre des élections municipales, sur un créneau en soirée à partir de 20 heures soit le mardi 10 mars, soit le mercredi 11 mars soit le jeudi 12 mars 2026. Par un courriel du 4 mars 2026, la directrice générale des services a indiqué au requérant qu’en l’absence de délibération prévue pour la mise à disposition de salles municipales pour l’organisation de réunion politiques ou de réunions de campagne électorale, il ne pouvait être donné une suite favorable à sa demande. Dans son mémoire en défense, la commune du Couldray-Montceaux a toutefois entendu substituer à ce motif un autre motif tiré de ce que les salles municipales étaient toutes indisponibles aux dates sollicitées par M. B.... Il résulte en effet des plannings produits par la commune, qui ne sont pas contestés, que les deux seules salles municipales susceptibles d’accueillir des réunions publiques sont déjà prêtées pour des activités associatives planifiées depuis plusieurs mois, sur les trois créneaux sollicités par le requérant dans sa demande. Si M. B... fait valoir qu’une des salles était disponible le lundi 9 mars 2026, il est constant qu’il n’avait pas sollicité cette date à l’appui de sa demande. Dans ces conditions, alors que le requérant n’a entrepris des démarches en vue d’obtenir le prêt d’une salle municipale que très tardivement, en refusant de mettre à sa disposition une salle municipale aux dates sollicitées, la commune du Couldray-Montceaux ne saurait être regardée comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de réunion.
Par conséquent, sans qu’il soit besoin de statuer sur la condition d’urgence, les conclusions du recours présentées sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par la commune sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune du Couldray-Montceaux sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et à la commune du Couldray-Montceaux.
Fait à Versailles, le 11 mars 2026.
Le juge des référés,
B. Maitre
La République mande et ordonne au préfet de l’Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.